Chronique

Des « abus » à la garderie (2)

Je parlais samedi des effets pervers de la chasse aux « abus » et aux places dites « fantômes » dans les garderies. Je soulignais le fait que les moyens proposés par le gouvernement Couillard pour « optimiser » les services de garde n’optimisaient rien du tout, sinon l’absurde. Et que les grands perdants dans tout ça, ce sont d’abord et avant tout les enfants.

J’y reviens à la suggestion de quelques lecteurs qui s’interrogeaient sur les solutions à envisager.

Rappelons que pour régler le problème des places dites « fantômes » – ces places que Québec subventionne à temps plein même si l’enfant n’occupe la place qu’à temps partiel –, le projet de loi 27 prévoyait au départ d’imposer une amende aux parents et aux services de garde fautifs.

Devant le tollé, et dans la foulée d’un avis de la Protectrice du citoyen critiquant sévèrement son projet de loi, la ministre de la Famille Francine Charbonneau a abandonné l’idée de mettre à l’amende les parents. C’est une bonne chose. Mais dans la mesure où les sanctions sont maintenues pour les services de garde, on peut craindre que les effets pervers ne soient les mêmes. Pris avec des listes d’attente interminables, les services de garde donneront la priorité aux familles qui ont besoin d’une place à temps plein. Quant aux parents, pour éviter de perdre leur place et en l’absence d’une meilleure solution, ils devront se résigner à envoyer leur enfant à la garderie à temps plein même s’ils n’ont besoin que d’une place à temps partiel.

Résultat : aucune économie pour l’État et des enfants contraints de fréquenter la garderie cinq jours sur cinq, au nom de « l’optimisation ». Bref, le genre de remède qui est pire que le mal qu’il entend combattre.

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Quelles solutions pour régler le problème des places « fantômes » ?

On pourrait s’inspirer des recommandations éclairées faites à la ministre par le groupe de chercheurs Qualité éducative des services de garde et petite enfance. S’appuyant sur les pratiques exemplaires en matière d’accessibilité, de flexibilité et de qualité des services éducatifs à la petite enfance à travers le monde, cette équipe de chercheurs recommande d’abord et avant tout de miser sur le développement de nouvelles places dans les Centres de la petite enfance (CPE).

Pourquoi les CPE ? Parce qu’ils offrent de façon générale des milieux éducatifs de meilleure qualité et parce qu’ils sont les seuls à offrir des projets spéciaux en milieux défavorisés.

Les enfants de milieux vulnérables sont ceux qui gagneraient le plus à fréquenter une garderie de qualité. Ce sont malheureusement ceux qui y ont le moins accès. 

Avec le projet de loi 27, l’accès sera encore plus restreint, craignent les chercheurs. Cet accès restreint a un impact sur le développement des enfants les plus vulnérables. À long terme, il entraîne des coûts additionnels pour l’État tout au long du parcours scolaire de l’enfant. Ceux qui trouvent que l’investissement dans des services de garde de qualité coûte trop cher doivent se rappeler que les politiques à courte vue coûtent encore plus cher.

Une autre solution consiste à diversifier l’offre de services afin de répondre aux besoins des familles. Comme l’a souligné la Protectrice du citoyen, le projet de loi 27 se fonde sur le principe que la demande doit s’adapter à l’offre. Or, c’est précisément le contraire qu’il faut viser. La ministre de la Famille le reconnaît elle-même.

Comment y arriver ? Il faut réviser le mode de financement actuel, qui favorise l’offre de places à temps plein uniquement. Il faut encourager la garde atypique. La ministre de la Famille pourrait exiger des garderies subventionnées qu’elles offrent des places pour de la garde ponctuelle ou à temps partiel, comme le recommande la Protectrice du citoyen. Si plus de places à temps partiel étaient offertes, les familles qui en ont besoin pourraient libérer les places à temps plein occupées inutilement.

Quoi que l’on fasse, il faut s’assurer que les solutions choisies n’aillent pas à l’encontre des objectifs premiers de la Loi sur les services de garde éducatifs à l'enfance : promouvoir la qualité des services, assurer le bien-être et l’égalité des chances des enfants, tenir compte des besoins des parents, faciliter la conciliation travail-famille…

L’optimisation qu’il faut viser, c’est d’abord et avant tout celle-là.

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