La Presse au Qatar

Samuel Piette, le Lego du Canada

Doha — Le basketteur Shane Battier marquait environ huit points par match. Des statistiques ordinaires. Mieux qu’un réserviste, moins qu’une vedette. Pourtant, pendant une décennie, il a été parmi les meneurs de son équipe pour les minutes jouées.

Parce qu’il était un Lego.

Oui, oui, un Lego.

« Parce que lorsque Shane est sur le terrain, toutes les pièces s’imbriquent », avait remarqué son ancien patron chez les Rockets de Houston, Daryl Morey. D’où son surnom : Lego. Concrètement, Shane Battier produisait peu. Mais lorsqu’il jouait, le collectif s’améliorait, et les Rockets gagnaient plus souvent.

Ésotérique ?

Pas tant que ça. Les organisations sportives se soucient beaucoup de ces détails. Il existe même des clubs, comme les Cubs de Chicago, qui développent des algorithmes pour quantifier le leadership de chaque joueur.

L’équipe canadienne de soccer possède au moins un joueur Lego. Un vétéran qui ne remplit pas le filet adverse, mais qui renforce la formation, tant par son jeu que par ses qualités de meneur. Ce joueur, c’est Samuel Piette.

Les statistiques sont éloquentes. Lorsque le milieu de terrain québécois joue, le Canada gagne plus souvent. 79 % des fois, depuis 2018. Lorsqu’il n’est pas sur le terrain ? Ça descend à 69 %.

« Sam, c’est le coéquipier ultime », s’emballe le défenseur Alistair Johnston. « Il est incroyable pour tisser des liens entre les gens. Il est tellement important que même s’il était blessé, je suis convaincu que notre coach le prendrait dans son équipe. »

« Si j’ai besoin d’un conseil, c’est vers lui que je me tourne, renchérit Kamal Miller. Tu veux qu’il soit autour de toi. »

Un peu comme Shane Battier, Samuel Piette n’est pas le joueur le plus productif. Aucun but en plus de 10 ans, avec l’équipe senior. Ce n’est pas son rôle non plus. S’il est ici, c’est pour la qualité de sa couverture défensive et son leadership.

« Mon rôle, m’a-t-il avant d’arriver au Qatar, c’est de rassembler tout le monde grâce à ma joie de vivre. On a plusieurs groupes : des jeunes, des vétérans, des anglophones, des francophones, des joueurs qui parlent espagnol. Moi, je m’entends bien avec tout le monde. Ça fait longtemps que je suis ici, mais je n’ai que [28 ans]. Je suis encore jeune. Jeune de cœur et d’esprit. Je peux autant avoir une relation avec Jonathan David [22 ans] qu’avec Atiba Hutchinson [39 ans]. Je suis pas mal dans le milieu. C’est un rôle que j’aime, et qui est naturel pour moi. »

Le Lego qui unit tous les morceaux.

« Les gars viennent de milieux complètement différents, fait remarquer Alistair Johnston. Ça pourrait poser un problème. J’ai vu des équipes divisées par des cliques, parce que personne ne facilitait la conversation entre les groupes. C’est pourquoi on a besoin de gars comme Samuel, qui sont parlables, ouverts d’esprit et qui ont un don pour rassembler les gens. »

***

Cette Coupe du monde, Samuel Piette n’y rêvait pas lorsqu’il était enfant. Pour une raison bien simple : « Pour moi, c’était impossible que le Canada aille à la Coupe du monde. Pas parce qu’on n’avait pas le talent. C’était juste impossible. Je pensais qu’on n’avait pas le droit d’y participer. Que ce n’était pas un tournoi pour nous. Ça m’a pris du temps pour comprendre que si on n’y était pas, c’était juste parce qu’on n’était pas assez bons ! [rires] »

Il se souvient être allé voir l’équipe canadienne lors de rares visites à Montréal. Une fois contre le Honduras. Une autre fois, contre Saint-Vincent-et-les-Grenadines. « Mais de façon générale, on ne voyait pas les matchs, et on n’en entendait pas parler. »

À défaut de pouvoir encourager le Canada à la Coupe du monde, il s’est rabattu sur d’autres pays. « La France, dit-il. J’avais des amis français. Mon premier club professionnel était en France. C’est le pays que je soutenais par défaut. J’aimais aussi l’Espagne, pour son style de jeu. J’ai toujours été un fan de Xavi et Iniesta, et mon équipe préférée, c’était le FC Barcelone. »

C’est après la Coupe du monde de 2010, justement remportée par l’Espagne, que Samuel Piette a réalisé qu’il pouvait lui aussi aspirer à une carrière internationale. En 2012, il recevait sa première invitation avec l’équipe senior. C’était la période sombre du programme masculin. Entre octobre 2012 et août 2014, le Canada a disputé 15 parties. Il n’en a gagné aucune. La Coupe du monde semblait loin. Très loin.

Ce n’est que le 7 octobre 2021, près de 10 ans après sa première sélection, que Samuel Piette a commencé à croire qu’une participation à la Coupe du monde était possible.

« Ce soir-là, nous étions au stade Azteca, à Mexico. J’étais sur le banc. Nous avions fait match nul (1-1), mais nous avions dominé la rencontre. Nous aurions pu la gagner. C’était tout un contraste avec notre dernière visite. Nous avions alors perdu 2-0, mais bon, ça aurait pu être 6-0 ou 7-0. Après la partie, je me suis dit : OK, on est quand même capables de compétitionner contre les big dogs de notre région. »

Une semaine plus tard, le Canada affrontait le Panamá, à Toronto. Cette fois, Samuel Piette était dans l’alignement. Les Rouges ont dominé la rencontre, 4-1. « Après la partie, notre gardien James Pantemis est venu me rejoindre pour célébrer. On s’est dit : “Eille, on va se qualifier pour la Coupe du monde ! C’est malade !” Je me souviens, juste en le disant, j’en ai eu des frissons. »

Le voici maintenant ici, au Qatar, où la participation du Canada à la Coupe du monde n’est pas qu’un mirage dans le désert. Et où ses qualités de leader et de rassembleur pourraient faire pencher la balance.

Eustáquio et Davies, incertains contre la Belgique

Stephen Eustáquio et Alphonso Davies, blessés, continuent de représenter des cas incertains pour la partie de mercredi contre les Belges, a indiqué l’entraîneur-chef John Herdman, samedi. Le gardien Milan Borjan a quant à lui raté l’entraînement, après avoir été victime de maux de ventre dans le match amical contre le Japon, jeudi.

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