Danielle Fichaud dans Aline

Le rôle de sa vie

Danielle Fichaud n’aurait jamais pu croire qu’en incarnant Sylvette Dieu – un personnage directement inspiré de Thérèse Dion – dans Aline, sa carrière d’actrice prendrait un si grand envol. Au moment où les portes du cinéma français s’ouvrent toutes grandes devant elle, l’actrice fait le point sur ce qui lui arrive et commente la sortie récente de deux des membres de la famille Dion.

Quand elle a célébré son 60e anniversaire, Danielle Fichaud s’est dit que ça n’arriverait pas, que ça n’arriverait plus. Le succès, le grand rôle qui change la trajectoire d’une carrière, non, ça ne figurait désormais plus dans les cartes.

Sept ans après ce constat, Danielle Fichaud a pourtant gravi les marches du Théâtre Lumière au Festival de Cannes, bras dessus, bras dessous avec ses partenaires de jeu d’Aline. Valérie Lemercier, scénariste, réalisatrice et actrice principale d’un film en forme de fantasme, inspiré de la vie de Céline Dion, lui a rendu hommage sur toutes les tribunes. Sa performance en « maman Dieu » a unanimement été saluée.

« Dans ce rôle, je fais exactement tout ce que j’aime », a confié à La Presse l’actrice, lors d’un bref passage à Montréal avant de regagner Paris de nouveau. « J’ai fait du stand up à une certaine époque et j’ai réalisé que ça ne m’intéressait pas de faire seulement de l’humour. Faire du drame uniquement pour faire pleurer non plus. Mais passer de l’un à l’autre, comme dans ce film, ça, j’aime ça. En plus, j’ai dû apprendre à jouer du violon, on m’a fait péter des coches, j’ai cuisiné, et Valérie m’a même montré à coudre. Et puis, faire des essayages pour 55 costumes, j’ai adoré ça. Vraiment, c’est le rôle de ma vie ! »

Du respect avant tout

Même si elle était déjà une grande admiratrice de Valérie Lemercier (Palais royal !, Marie-Francine) quand l’improbable appel l’invitant à passer une audition pour un « gros » projet est arrivé, Danielle Fichaud n’a pas accepté la proposition tout de suite. Malgré son admiration totale pour la scénariste et cinéaste, dont elle avait vu tous les longs métrages, celle qui fut révélée à la télé il y a une quarantaine d’années grâce au personnage de Rosemonde dans Chez Denise a quand même tenu à lire un scénario avant de se commettre.

« S’il n’avait pas été respectueux pour le Québec et la famille, je n’aurais pas accepté de jouer dans ce film, malgré l’ampleur de la production. La famille Dion, c’est notre royauté !  »

– Danielle Fichaud

Aussi ne cache-t-elle pas avoir ressenti sur le coup un petit pincement au cœur quand les virulentes critiques que Claudette et Michel Dion ont exprimées envers Aline lui sont parvenues. Mais il fut vite effacé au gré des commentaires affectueux que lui ont fait les spectateurs ayant vu le film.

« Ce film est une fiction de A à Z, faite avec plein d’amour et de respect. Valérie [Lemercier] a réinventé une vie à partir de ce qu’elle connaissait du personnage, et j’ai fait la même chose en réinventant une mère à partir de ce que je connaissais. Jamais Valérie ne m’a demandé de faire une imitation. Cela dit, tout le monde a droit à son opinion et personne n’est obligé d’aimer ça. »

Pour son audition, à laquelle Sylvain Marcel (alors déjà choisi pour tenir le rôle de Guy-Claude) a aussi participé, Danielle Fichaud a préparé quatre des plus grandes scènes contenues dans le scénario en se donnant une mission très précise : faire rire et pleurer Valérie Lemercier dans une même scène.

« J’avais entendu dire que Valérie avait de la difficulté à pleurer au cinéma. J’ai joué, elle a ri, elle a aussi pleuré. En fait, quand elle a senti les larmes monter, elle a tout arrêté et m’a fait reprendre la scène depuis le début. Je crois qu’elle voulait voir si je pouvais refaire la même chose. Quand elle m’a appelée le lendemain pour m’offrir le rôle, elle a simplement dit : ‟Maman ? C’est Aline !” »

Vedette en France ? Un ti-peu…

Célébrant cette année ses 45 ans de métier, dirigeant depuis 33 ans – et depuis cinq ans à Lyon – des ateliers où de nombreux comédiens viennent plus particulièrement parfaire leur art devant la caméra, Danielle Fichaud est maintenant représentée en France par Artmedia, l’une des plus grandes agences artistiques. Aline faisant un carton dans l’Hexagone depuis sa sortie le 10 novembre, l’actrice commence à être reconnue par le public là-bas. Quand on lui demande si elle est désormais une vedette outre-Atlantique, elle répond modestement : « Oui, un ti-peu… »

« C’est drôle, parce que les hommes qui viennent me voir me disent tous la même affaire : “Moi, madame, je ne pleure jamais au cinéma, mais vous, vous m’avez fait pleurer trois fois !” Les femmes, elles, me demandent si j’accepterais d’être leur maman. Depuis mon retour chez nous il y a quelques jours, je me rends compte que les gens réagissent ici exactement de la même façon. »

– Danielle Fichaud

Un peu comme le fut Juliette Huot en son temps, Danielle Fichaud deviendrait-elle la nouvelle maman emblématique du Québec ? La comparaison la fait rire, mais l’actrice précise avoir beaucoup pensé à maman Plouffe en abordant son rôle. Une chose est certaine, le succès d’Aline en France la ravit et provoque chez elle une réaction qui, on le sent bien, vient des tripes.

« On bat les Marvel ! Avec une distribution à 90 % québécoise, on bat les Marvel. En France !

– Ça vous rend fière ?

– Oh christie, oui. Oh que oui ! »

« Je suis fière d’être Québécoise, explique-t-elle. Je trouve qu’on est beaux. Ce que j’aime dans Aline, c’est que Valérie a mis l’accent sur les beaux humains que nous sommes, sur la solidarité qu’on peut trouver dans les familles, même plus modestes. Je crois qu’il fallait une Française pour poser ce regard sur le Québec. Elle ne montre pas la pauvreté comme une tristesse, mais comme une source d’élan solidaire. Et puis, on a chez nous des acteurs qui sont mauditement bons ! »

Une « Tatie Danielle » québécoise

Danielle Fichaud reprendra bientôt, à Paris, le tournage de Noël Joyeux, une comédie de Clément Michel (La stratégie de la poussette) dans laquelle elle donne la réplique à Franck Dubosc, Emmanuelle Devos et Danièle Lebrun.

« J’y joue tout le contraire de maman Dion, prévient-elle. Mon personnage est une espèce de Tatie Danielle québécoise, installée en France depuis très longtemps, dans une comédie qui est une sorte de mélange entre Le dîner de cons et Le père Noël est une ordure. On a un fun fou ! »

Aline prend l’affiche en salle vendredi.

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