Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Québec limite l’agrandissement prévu

Québec — Québec impose une cure minceur au projet d’agrandissement et de modernisation de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), refusant d’essuyer une facture beaucoup plus élevée que prévu. La décision provoque des remous à l’interne, a appris La Presse.

Août 2021. Le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé annonce en grande pompe que le gouvernement Legault donne le feu vert au projet très attendu dans l’est de Montréal. Le budget : 2,5 milliards pour notamment augmenter la capacité hospitalière de l’hôpital.

Un an plus tard, l’analyse financière du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal et de la Société québécoise des infrastructures (SQI) arrive à une tout autre somme. En raison notamment de la surchauffe dans l’industrie de la construction, le projet est maintenant estimé à 4,2 milliards.

Québec refuse de débourser une telle somme et demande au CIUSSS de lui soumettre un projet qui respecte le budget initial. Résultat : la direction de l’établissement analyse actuellement un projet d’agrandissement beaucoup moins ambitieux qui prévoit dorénavant la rénovation de la partie la plus vétuste de HRM, le bâtiment principal en croix, le cruciforme.

La Presse a pu confirmer que le scénario sur la table à dessin ne permettrait pas d’ajouter 720 nouveaux lits d’hospitalisation dans un pavillon tout neuf, mais plutôt au mieux de 150 à 320.

Les autres lits seront réaménagés dans le cruciforme, qui contient actuellement 455 lits. La priorité absolue, tant pour Québec que pour l’établissement, demeure d’accroître le plus possible la capacité hospitalière. Le projet global autorisé par le gouvernement prévoit un ajout net de 176 lits à HMR.

On miserait alors sur une deuxième phase pour compléter les 720 lits si on n’y arrive pas et pour terminer la modernisation des autres bâtiments.

Critiques

À l’interne, ce scénario est vivement critiqué. Alors que le projet d’agrandissement et de modernisation de HMR est attendu depuis des lustres, on craint de ne jamais voir se concrétiser une phase 2. Cela implique aussi une construction beaucoup plus complexe et longue.

Rénover le cruciforme, dont la démolition avait même été envisagée à une certaine époque, complexifie les opérations. Il sera difficile d’élargir les corridors ou même de hausser les plafonds. De l’amiante est aussi présent dans les murs et un grillage métallique recouvre la façade. Réaménager les chambres tout en renforçant le bâtiment sera ardu alors que des patients risquent fort d’être toujours hospitalisés.

Le projet initial prévoyait qu’on déplace les 455 lits du cruciforme dans la partie agrandie. Une fois le nouveau bâtiment construit, il aurait alors été plus simple de déplacer les patients.

Pour l’heure, la première pelletée de terre est toujours prévue pour 2024.

La Presse a pu confirmer de source sûre que le CIUSSS a plaidé pour la réalisation du projet en une seule phase en demandant à Québec de débloquer les 4,2 milliards.

Le cabinet de Christian Dubé assure, dans une déclaration transmise à La Presse, que HMR « sera modernisé » et réitère « qu’une première tranche » de 2,5 milliards a été autorisée par le gouvernement Legault.

« On sait très bien qu’il y a une surchauffe dans l’industrie de la construction et nous sommes prêts à engager toutes les sommes nécessaires, à terme, pour que la rénovation complète soit réalisée. Le message est clair : HMR deviendra une institution phare pour l’Est de Montréal », écrit-on.

Le projet est d’ailleurs toujours à l’« étape de planification », soutient la SQI, qui explique « travailler en fonction du budget alloué » par l’État.

« La prochaine étape, c’est d’aller en appel d’offres pour les plans et devis. Ainsi le projet débutera le plus rapidement possible, c’est ça la priorité », affirme le cabinet de Christian Dubé.

TSO et pénurie de personnel

L’hôpital Maisonneuve-Rosemont est plongé dans la tourmente depuis une semaine alors qu’une centaine d’infirmières des urgences ont menacé de démissionner en raison du recours abusif au « temps supplémentaire obligatoire ».

La direction doit composer avec une grave pénurie de personnel et un bassin de population qui excède la capacité de l’établissement. Le projet d’agrandissement et de modernisation apparaît comme un élément clé pour retenir et attirer de la main-d’œuvre.

27 %

Proportion de la population montréalaise desservie par HMR alors que l’établissement n’a que 17 % des lits de courte durée de disponible

Source : CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

Encore mardi, le député de Rosemont, Vincent Marissal, a dénoncé la lenteur du projet, affirmant même qu’il « recule ». L’élu solidaire déplorait le choix de rénover « le cruciforme parce que le budget, l’échéancier n’est pas là, et surtout, la volonté politique de la CAQ n’est pas là ».

Conserver le cruciforme

En raison de son aspect patrimonial, on envisageait lors du projet initial de conserver des sections du cruciforme et d’y aménager des bureaux administratifs et un service de consultation externe.

Des problèmes d’humidité ont été signalés dans les chambres du bâtiment en 2016, des salles d’opération avaient aussi été fermées en 2018 en raison de problème de ventilation. C’est en 2018 qu’un grillage métallique a été apposé à la façade du pavillon Maisonneuve. Cette mesure a été prise pour éviter que des morceaux de bétons se détachent de la structure et tombent sur le sol.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a confirmé à La Presse que le cruciforme serait bel et bien rénové pour accueillir des « unités fonctionnelles », dont le laboratoire et la pharmacie et « d’autres unités pas encore définies ».

« De plus, une mise à niveau technique du cruciforme est prévue (ventilation, climatisation), ce qui permettra d’améliorer le confort de la clientèle et du personnel, notamment pour les lits qui resteront aux étages supérieurs de l’existant », écrit par courriel le MSSS.

Toujours selon le MSSS, le bloc opératoire, l’unité de retraitement des dispositifs médicaux et l’imagerie médicale seront déménagés dans le nouvel agrandissement. Selon « l’option privilégiée » pour l’heure, les urgences demeurent dans leur emplacement actuel, écrit-on.

Le projet d’agrandissement de HMR avait fait l’objet d’une première annonce en 2018 par l’ex-ministre libéral de la Santé, Gaétan Barrette.

Crise à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont

D’autres nouvelles du jour

Le CIUSSS fait appel aux volontaires

En pleine crise, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont fait appel aux volontaires dans l’espoir de soulager la pression sur son personnel. « Nous sommes dans une situation de gestion d’heure en heure qui demeure difficile compte tenu des effectifs disponibles présentement », a indiqué Jean-François Fortin-Verreault, président-directeur général du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. Dans un communiqué diffusé jeudi, il a sollicité l’aide de travailleurs de la santé volontaires afin de venir prêter main-forte au personnel à bout de souffle de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Plusieurs infirmières du réseau ont déjà comblé quelques quarts de travail.

— Léa Carrier, La Presse

Sit-in des infirmières sur toute la côte de la Baie d’Hudson

Les infirmières des 7 villages de la côte de la baie d’Hudson étaient jeudi soir en sit-in pour protester contre leurs conditions de travail et la grave pénurie de personnel qui touche leur région. « On refuse de faire les gardes cette nuit […] Et on est prêts à démissionner en bloc si rien ne bouge », a dit à La Presse le représentant syndical de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec à Inukjuak, Maxime Godin. Depuis la fin de leur quart de travail de jour, à 17 h, les infirmières des sept communautés de la baie d’Hudson ne répondent plus au téléphone de garde de leur communauté. À Puvirnituq, par exemple, seulement trois infirmières sont présentent actuellement alors qu’elles sont normalement six.

— Ariane Lacoursière, La Presse

Infirmières du Québec

« Nous vous attendons les bras ouverts », dit Doug Ford

L’Ontario souhaite créer des voies accélérées pour permettre aux travailleurs de la santé de partout au pays d’exercer plus rapidement dans la province. Un projet de loi doit être déposé en février. En conférence de presse jeudi, le premier ministre Doug Ford a notamment interpellé les infirmières du Québec qui songent à travailler en Ontario. « Nous vous attendons les bras ouverts », a-t-il dit. Sur Twitter, le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, a répliqué à l’annonce. « Toutes les provinces au Canada font face au même enjeu de pénurie de [main-d’œuvre] dans leur réseau de la santé. On a tous intérêt à recruter du personnel à l’international », a-t-il déclaré.

— Léa Carrier, La Presse

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