Mots de camelots

Quatre ans

Le 20 mars 2018, j’arrive à L’Itinéraire sans trop savoir à quoi m’attendre. Quelqu’un m’en avait parlé en décembre 2017 et j’avais déjà lu la revue auparavant. Donc j’arrive là et c’est une membre de l’équipe qui me reçoit. Elle m’explique le fonctionnement de la place, la vente des revues et tout ce que L’Itinéraire a à offrir. Ça a l’air cool.

Je me dis « bon, essayons pour voir si j’aime ça » parce que, pour vous dire la vérité, je ne suis pas un vendeur dans l’âme. On me présente à quelques personnes, on m’offre le déjeuner, je m’assois, je mange et je m’imprègne de l’atmosphère. Ce qui m’a le plus frappé, ce sont tous ces gens qui parlent sans filtre, sans le foutu politiquement correct. Laissez-moi vous dire que j’ai adoré.

Après une courte rencontre d’accueil, on me donne 10 revues, un point de vente et c’est parti. J’arrive à mon spot un peu nerveux et je me lance : « Bonjour, L’Itinéraire ! » Après plusieurs refus, je vends ma première revue et je m’aperçois que j’aime ça, le contact avec le peuple, des discussions intéressantes… bon, pas toujours, mais souvent.

Depuis, disons que j’ai cheminé : mentorat, formation et surtout écriture dans le magazine. Là encore, je n’avais à peu près rien écrit nulle part. Un gros merci à Anita, bénévole à la rédaction, qui me soutient dans l’écriture, pour son aide précieuse. Je ne suis pas prêt d’arrêter ! Pour finir, j’adresse un gros merci à mes fidèles clients qui m’achètent la revue et me lisent, ça me motive à ne pas abandonner.

— Christian Tarte, camelot pharmacie Jean Coutu 28e Avenue/Beaubien

Le printemps sera différent cette année*

J’aime le printemps quand je peux aller dehors plus souvent. Cela change les choses quand on s’habille plus légèrement et qu’on se sent plus à l’aise. Mes parents vivent au Canada depuis environ 60 ans et ont toujours attendu cette saison avec impatience.

Même s’ils sont venus ici d’un pays plus chaud, ils ne sont jamais partis dans un endroit plus au sud pendant les mois plus froids. Au lieu de cela, ils ont travaillé dur pour nous élever, mon frère et moi, et nous ont toujours aidés dans nos tâches ménagères et ont prêté main-forte à un voisin.

Lorsque le beau temps s’installait, mes parents sortaient sur le balcon et discutaient avec d’autres voisins pour passer le temps. Habituellement, à la fin du mois de mai, lorsqu’il n’y a pas de gel nocturne, ils achetaient des fleurs et des légumes à planter. Je ne suis pas un grand jardinier et je m’implique moins dans ce domaine. Ils ont besoin de moi pour les aider à apporter les fleurs, les légumes, la terre, l’engrais et le fumier pour que le jardin soit prêt. Mes parents ont toujours fait un grand jardin avec beaucoup de tomates, un peu de céleri, de l’aneth, du persil et des blettes.

Mais, malheureusement, mon père s’est éteint le 29 mars. Il est parti soudainement. Nous ne nous attendions pas à ce qu’il meure si tôt. Il va beaucoup nous manquer, à mon frère Peter, à ma mère et à moi. Les choses ne seront plus les mêmes.

Mon père était un travailleur acharné. Lorsqu’il est arrivé au Canada, en 1960, il a travaillé dans des mines au Manitoba et en Alberta. Il a épousé ma mère en 1963. Il a ensuite travaillé aux États-Unis pendant deux ans lorsque j’étais très jeune, dans les années 1970.

Pendant la majeure partie de sa vie, il a travaillé dans des restaurants grecs à Montréal pour s’assurer que la famille ne manque de rien.

Il aimait son jardin et s’occuper de la maison. Le premier jardin, il y a 40 ans, je m’en souviens, il ne plantait que du maïs. Il jouait aussi de la flûte quand il était berger dans le village de Kallithea dans la province de Laconie, en Grèce, d’où il vient. Il jouait encore quand il est venu à Montréal. Il a acheté une clarinette et s’est aussi fabriqué une flûte en bois. Il jouait dans les restaurants, dans les fêtes. Il était assez bon. Les gens l’appréciaient.

Il va me manquer. Repose en paix Athanasios (Tom) Economou.

— Bill Economou, camelot Marché Atwater

* Texte traduit de l'anglais

Candidature spontanée

Ce matin, un écureuil m’a convaincue de répondre à votre annonce. Néanmoins, il trouve que le salaire n’est pas assez élevé. Il me suggère de négocier. Il est prêt à accepter une partie de la rémunération en biscuits et en peanuts, qu’on partagera. Ça lui donne des maux de foie et d’estomac, pourtant il en raffole. Il est impossible de le raisonner à ce sujet.

Sans emploi, je viens de me rendre compte que je n’ai plus d’argent. Évidemment, je préférerais ne pas rester là à me tourner les pouces de temps en temps, parce que je ne suis pas capable de ne rien faire ! C’est pourquoi je réponds à votre annonce.

Je sors d’une expérience au fond d’une grotte sans lumière, faisant suite à une expédition de spéléologie amateur ayant mal tourné. Pendant ce temps, presque personne n’a daigné me venir en aide, surtout pas ceux qui font semblant de lancer une canne à pêche pour essayer de m’aider. Personne ne s’est soucié que je tombe dans ce trou. Dernièrement, j’ai crevé de faim, j’aurais pu mourir, ça n’aurait rien fait. C’est pourquoi ma recherche d’emploi devient urgente !

Forte de mes expériences en tant que descendante d’un singe psychotique avec un bonnet, je suis de nature affable avec des qualités de mérou sans tête qui envoie une fusée au plus haut point. Et je suis tout à fait capable d’élaborer une stratégie de communication. Je parle aux perroquets, aux plantes, à la télévision : pendant un film, je leur dis quoi faire comme si j’étais dans le film.

Je reste à votre disposition pour tout renseignement ou entretien, même si je ne suis pas souvent disponible.

Voilà ! Donnez-moi des nouvelles, ça me fera plaisir.

L’écureuil (conseiller en emploi) et Manon, qui vous envoient des peanuts.

— Manon Fortier, camelot Jean Coutu Sherbrooke/Lepailleur et Métro Angrignon

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