Mon clin d’œil

Loto-Québec abandonne l’idée de faire un jeu à gratter « La 4e vague ».

Écoutons nos infirmières

De nombreuses infirmières ont réagi à la lettre des médecins des urgences du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal qui apportaient leurs solutions pour éviter le naufrage du système de santé*. Elles ne sont pas tendres envers les agences de placement…

Une situation qui perdure

Je suis une infirmière retraitée depuis 2005. Déjà à cette époque, les urgences débordaient pour les mêmes raisons qu’actuellement. La pénurie de personnel a débuté en 1997 en raison des départs massifs des infirmières expérimentées mises à la retraite par le gouvernement de M. Bouchard et nous devions avoir recours aux agences pour pourvoir les postes vacants.

Le développement et le recours aux agences se sont amplifiés depuis, à la suite des réformes multiples qui ont déstabilisé le réseau et le personnel. On leur demandait de faire plus avec moins. La perte d’expertise du personnel et la compression des ressources a contribué à la détérioration des conditions de travail.

Je ne comprends pas l’inaction du gouvernement qui tarde à intervenir depuis des années pour empêcher la fuite des infirmières vers les agences en resserrant les conditions d’embauche. Il est urgent d’agir. Après 15 ans, on n’a toujours rien réglé. C’est vraiment décourageant !

— Nicole Lauzon, infirmière retraitée

Un vrai scandale

C’est désolant de constater comment le système de santé est gangréné par des problèmes qui perdurent depuis des décennies. Le recours aux agences de placement est un vrai scandale et devrait cesser une fois pour toutes. La facture est exorbitante. Le contrôle de la qualité des services échappe aux gestionnaires de soins et la cohabitation du personnel régulier avec le personnel des agences plombe le climat de travail.

Il n’y a aucune volonté des gouvernements (passés et actuel) de régler le problème des agences, entreprise privée oblige. Et c’est encore une fois les patients qui en paient le prix en fin de compte en plus de voir se dégrader notre système de santé encore davantage. J’ai une pensée sincère pour mes collègues infirmières…

— Andrée Lalonde

Des propositions paternalistes

Étant moi-même infirmière, j’ai lu avec consternation la lettre sur le naufrage du système de santé. La proposition voulant que le gouvernement n’accepte l’aide des agences que pour les quarts de travail dégarnis m’a jetée par terre. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les infirmières qui quittent leur milieu de travail, souvent à contrecœur, le font pour se doter d’une qualité de vie, pour pouvoir préserver un équilibre travail-famille. Si on les campe dans des horaires impossibles, non seulement elles n’iront plus en agence, mais elles quitteront simplement la profession.

Je trouve paternalistes les propositions énoncées dans cette lettre. Parlez-nous de salaires décents, d’affichage de postes et d’horaires intéressants, de surplus d’employés pour des ratios infirmière-patients respectueux du travail à accomplir.

Je ne crois pas qu’en interdisant l’accès aux agences aux infirmières on réglera le problème. Les infirmières quitteront la profession, c’est tout.

— Stéphanie van Rensselaer, B. Sc. infirmières, DESS R & D

Des noms dans des cases

Je travaille pour le CIUSSS de la Capitale Nationale comme infirmière vaccinatrice. Je constate que nous, le personnel, ne sommes que des noms que l’on place dans de petites cases pour des horaires de travail. Il est presque impossible de parler à quelqu’un derrière le système informatique. Les boîtes vocales sont de mise.

Beaucoup de personnel dans les bureaux derrière les écrans d’ordinateur et peu de personnel sur le terrain. Les hôpitaux sont en train de devenir de gros bureaux.

— Christiane Masson, infirmière retraitée

L'exception est devenue la règle

Voilà des années que les agences privées d’infirmières sont apparues et on n’a rien fait. Il semble évident que les soins dispensés par des équipes qui changent au gré du vent, qui travaillent dans plusieurs secteurs dans un même mois, parfois dans plusieurs hôpitaux, qui n’ont pas d’appartenance, sauf celle de leur horaire, ne sont pas des éléments favorables à une bonne qualité de soins pour les patients. Et que dire des chefs de service qui doivent jongler avec des équipes jamais complètes, plutôt formées à chaque quart de travail par des infirmières d’agences qu’ils n’ont parfois jamais vues ? Ont-elles les qualifications pour venir pourvoir le quart de travail de l’unité spécialisée comme la chirurgie, l’urgence, la pédiatrie, etc. ?

Par expérience, la réponse est non. Cette expérience, c’est la mienne, celle d’une infirmière d’urgence pendant 19 ans et celle d’une infirmière de pratique autonome en milieu carcéral fédéral depuis les 13 dernières années. Oui, j’ai quitté le réseau en 2008 devant ce qui était, à l’époque, le début de tous ces malaises, dont entre autres, les quarts pourvus par des agences… et à ce qu’on peut voir, ça s’est juste empiré malheureusement.

Le fait de combler des quarts de travail par des infirmières d’agence devrait être exceptionnel. C’est plutôt la règle. Alors cessons de nous comporter comme si des solutions n’existaient pas. Donnons aux infirmières en place des raisons de demeurer dans le réseau, des conditions de travail viables, un salaire reconnu en tant que professionnelles (non, ce ne sont pas des anges, les infirmières). La santé, c’est l’entreprise de notre société. Il faut s’en occuper, c’est urgent.

— Nathalie Grégoire, infirmière

L'essence perdue de notre profession

Ma conjointe et moi sommes infirmiers depuis 1991. À notre arrivée dans le réseau, nous étions heureux d’avoir terminé nos études et de commencer à travailler. À l’époque nous étions même heureux de faire des quarts de nuit occasionnels, car l’atmosphère de nuit en était une de camaraderie et l’établissement hospitalier était calme.

Et puis les années passent, la profession laisse aller en expertise différentes tâches à toutes sortes de professions et l’infirmier devient de plus en plus quelqu’un qui court (comme en usine) pour accomplir des techniques et donner leur médication aux patients. Nous n’avons plus de temps pour prendre soin des personnes, mais seulement du temps pour donner des traitements à des personnes qui ont peur, qui font face à des évènements traumatisants de santé, qui ont des deuils et qui font face à la mort.

De réforme en réforme, nous perdrons l’essence de notre profession. Le comble de l’insulte a été la réforme Barrette, ce politicien n’ayant aucun respect pour rien. Il est venu remettre pas loin de 1 milliard annuellement en revenu à des médecins qui n’en avaient aucun besoin.

Pendant ce temps, les infirmiers (et plusieurs professions de la santé) de notre province sont peu payés pour ce qu’ils font, contraints aux heures supplémentaires obligatoires, font un week-end de travail toutes les deux semaines et bien qu'ils soient considérés comme des anges gardiens, la profession est fuie par les étudiants en devenir.

Commençons par bien payer ce personnel, par respecter les promesses d’emploi faites, par éliminer les heures supplémentaires obligatoires et ainsi la jeune génération retrouvera cette passion que nous avions tous de PRENDRE SOIN de nos gens.

— Stéphane Dugas

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