Train de vie

L’autonomie financière à 45 ans ? Oui, mais…

En chiffres

Actifs financiers :

Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) : 95 000 $

Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) : 96 000 $

Compte d’épargne courante : 10 000 $

Régime de retraite d’employeur : RREGOP du secteur public québécois

Actifs non financiers :

Part de copropriété de la maison maternelle : environ 30 000 $

Aucun passif

Revenus :

Salaire : 110 000 $ (incluant primes d’éloignement)

Principaux débours :

Liés au logement : 12 500 $ par an (loyer, énergie, télécoms, assurances)

Liés au style de vie personnel : 12 500 $ par an (alimentation et vêtements, loisirs/divertissements/voyages, transports, etc.)

La situation

Jeanne1, 33 ans, est une employée à temps plein des services de santé publique en région éloignée.

Célibataire, et sans personne à charge (enfant, conjoint, parent), Jeanne envisage un retour dans la région de Montréal d’ici deux ans. Elle mettrait alors un terme à une décennie de travail en région éloignée, mais aussi à un salaire bonifié par des primes d’éloignement.

Avec cette rémunération bonifiée, et un train de vie modeste, Jeanne a pu accélérer l’accumulation d’un capital indépendant de sa participation au régime de retraite du secteur public québécois (RREGOP).

La valeur nette de ce patrimoine personnel atteint les 230 000 $, dont 200 000 $ en actifs financiers (REER, CELI, épargne courante) et 30 000 $ attribuables à sa part de copropriétaire minoritaire (environ 13 %) de la maison de sa mère sexagénaire.

Jeanne peut déjà comptabiliser dans son actif en épargne-retraite la valeur de sa future rente viagère du RREGOP qui lui sera accessible à partir de 55 ans ou de 65 ans, avec des montants ajustés selon l’âge.

À court terme, cependant, Jeanne est surtout préoccupée par l’optimisation de sa capacité d’épargne et de placement en vue de deux projets personnels d’ici une quinzaine d’années.

Les projets

En premier lieu, Jeanne souhaite atteindre l’autonomie financière à ses 45 ans.

« Je ne sais pas encore si ce projet prendrait la forme d’une retraite partielle ou hâtive de mon travail en santé publique. Ce que je souhaite, c’est d’acquérir suffisamment d’autonomie financière afin de pouvoir choisir le type de travail ou d’occupation qui m’intéresserait le plus après mon 45e anniversaire, sans avoir à me préoccuper de l’impact salarial dans mon budget. »

En second projet personnel, Jeanne souhaite se constituer un capital suffisant pour une mise de fonds sur l’éventuel achat d’une résidence dans la région de Montréal, après son retour d’une décennie de travail en région éloignée.

« Après mon retour du Nord, j’ai déjà un logement à coût modeste pour résider durant la période qui sera nécessaire pour la recherche et l’achat d’une propriété adéquate selon mes besoins et mes moyens financiers, précise Jeanne.

« D’autant que je sais d’avance que mon revenu salarial sera réduit d’un tiers environ avec la fin des primes de travail en région éloignée. »

Les questions

Pour réaliser son projet d’autonomie financière, Jeanne cherche conseil sur la façon d’organiser et de prioriser ses capacités d’épargne et de placement au cours des prochaines années. Aussi, en tenant compte de l’optimisation de sa situation fiscale de salariée célibataire et sans personne à charge.

« J’aimerais surtout savoir la somme qu’il me faudrait dans une dizaine d’années pour réaliser mon projet d’autonomie financière, tout en maintenant le train de vie modeste [environ 25 000 $ par an] auquel je suis habituée », indique Jeanne.

La situation de Jeanne a été soumise pour analyse-conseil à Nathalie Bachand, qui est planificatrice financière et associée chez Groupe conseil Bachand Lafleur, à Boucherville.

Mme Bachand est aussi présidente du conseil de l’organisme ÉducÉpargne, qui regroupe plusieurs partenaires, dont Retraite Québec (RRQ) du gouvernement québécois.

Les conseils

D’emblée, Nathalie Bachand souligne que le budget de Jeanne, avec un revenu de 110 000 $ et un train de vie modeste d’environ 25 000 $ par an, lui permet de disposer de 45 000 $ par an en capacité d’épargne à optimiser dans le but d’atteindre son objectif d’autonomie financière.

Mais comment s’y prendre ?

En premier lieu, « considérant que Jeanne a l’intention de revenir à Montréal dans deux ans, ce qui réduira son salaire d’un tiers, il faudrait prioriser le rattrapage de ses cotisations inutilisées à son REER », indique Mme Bachand.

Selon ses estimations, Jeanne pourrait verser environ 11 500 $ par an au cours des deux prochaines années, en plus de ses cotisations allouées annuelles. Une fois ce rattrapage fait, les cotisations de Jeanne à son REER seront ensuite limitées à environ 3000 $ par an, compte tenu de sa participation à un régime de retraite d’employeur.

En plus des cotisations maximales au REER, Nathalie Bachand suggère à Jeanne de continuer à maximiser ses cotisations à son compte d’épargne libre d’impôt (CELI), soit 6000 $ par an.

« Il lui restera ensuite une capacité d’épargne d’environ 29 000 $ par an pour des placements non enregistrés pendant les prochaines années jusqu’à son retour à Montréal, et la réduction de son salaire avec la fin des primes d’éloignement », souligne Mme Bachand.

D’autant que, selon ses estimations, cette réduction de salaire prévisible de Jeanne « aura pour effet de limiter sa capacité d’épargne à 3000 $ dans le REER, à 6000 $ dans le CELI et environ 13 000 $ dans des placements non enregistrés ».

Selon Nathalie Bachand, « à ce rythme d’épargne et de placement, en considérant aussi un rendement moyen d’environ 3,3 % par an, Jeanne pourrait accumuler un capital d’un peu plus de 700 000 $ à l’approche de son 45anniversaire ».

Un tel montant de capital devrait être suffisant pour que Jeanne réalise son projet d’autonomie financière à partir de ses 45 ans, anticipe Nathalie Bachand.

« Avec son train de vie modeste, Jeanne pourrait subvenir à ses besoins avec ce capital en comptes enregistrés (REER, CELI) et en placements non enregistrés pendant la quinzaine d’années jusqu’à son 65e anniversaire, et le début des rentes de son régime de retraite d’employeur (RREGOP), du régime de rentes québécois (RRQ) et de la pension fédérale (PSV). »

— Nathalie Bachand, planificatrice financière et associée chez Groupe conseil Bachand Lafleur

Quant à la possibilité que Jeanne achète une propriété résidentielle après son retour dans la région de Montréal, Nathalie Bachand estime que la maximisation de sa capacité d’épargne au fil des prochaines années lui permettra d’accumuler un capital pouvant servir de « mise de fonds intéressante sur l’achat d’une propriété d’une valeur de 250 000 $ à 300 000 $ ».

Mais avant que Jeanne prenne une telle décision d’achat, Nathalie Bachand lui conseille de procéder à « une analyse plus détaillée pour évaluer si l’achat d’une résidence aurait pour effet d’augmenter ses dépenses annuelles, et réduire d’autant sa capacité d’épargne pour son premier projet d’autonomie financière à 45 ans ».

1Bien que les cas mis en lumière dans cette rubrique soient réels, les prénoms utilisés sont fictifs.

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