Internationaux d’Australie

La malédiction de Netflix

Ils étaient dix. Aucun ne s’est qualifié pour la deuxième semaine des Internationaux d’Australie. Ces dix joueurs mis en vedette dans la nouvelle série Break Point, de Netflix, ont tous connu une fin de tournoi précoce et imprévisible.

Nick Kyrgios, Paula Badosa et Ajla Tomljanovic ont déclaré forfait avant le début du tournoi, blessés. Matteo Berrettini (13) s’est fait montrer la porte de sortie au premier tour contre l’immortel Andy Murray.

L’Écossais a aussi éliminé Thanasi Kokkinakis au deuxième tour. Taylor Fritz (8), Ons Jabeur (2) et Casper Rudd (2) ont aussi perdu à leur deuxième match.

Maria Sakkari (6) a été éliminée au troisième tour.

Félix Auger-Aliassime (6) a été le dernier à tomber, au quatrième tour, contre Jiri Lehecka.

Dans les cinq premiers épisodes de Break Point dévoilés le 13 janvier dernier, Netflix met en lumière ces dix athlètes. Tous ces joueurs avaient une chance légitime de faire un bon bout de chemin lors du premier tournoi du grand chelem de la saison.

En lançant la série quelques jours seulement avant le début du tournoi, les producteurs souhaitaient assurément voir l’une de leurs vedettes soulever le précieux trophée. Ce ne sera pas le cas. C’est la malédiction de Netflix.

Ces joueurs ont en commun leur jeunesse, leur potentiel et leurs espérances. Il fallait s’attendre à la sortie de quelques bons joueurs. Jamais, cependant, on n’aurait pu parier sur l’absence de l’ensemble du groupe en deuxième semaine.

Un tournoi historique

Aucune des deux premières têtes de série, chez les hommes et chez les femmes, ne sera des quarts de finale d’un tournoi du grand chelem pour la première fois depuis le début de l’ère moderne en 1968.

Rafael Nadal et Casper Rudd n’ont pas été la hauteur. Iga Świątek et Ons Jabeur ont été battues par plus fortes qu’elles.

Notre réflexe premier serait de mettre en cause la parité et l’effervescence du nouveau tennis mondial. Il faut plutôt remettre les choses en perspective.

L’écart de talent entre les joueurs du top 10 et ceux du reste du classement s’amoindrit à vue d’œil d’année en année. Aujourd’hui, la plupart des joueurs du top 50 peuvent rivaliser avec ceux de l’élite. Une tendance observée chez les deux sexes.

Toutefois, du côté masculin, ni Nadal ni Ruud n’aurait été identifié comme l’une des deux premières têtes de séries si tout s’était déroulé normalement.

En vertu des points suspendus au dernier tournoi de Wimbledon, le gagnant du tournoi, Novak Djokovic, serait le premier joueur au classement mondial. Il doit cependant se contenter d’être la quatrième tête de série.

Ainsi, son plus proche poursuivant, le jeune Carlos Alcaraz, serait le deuxième favori. L’Espagnol a toutefois dû déclarer forfait en raison d’une blessure avant le tournoi.

Nadal et Ruud sont extrêmement bien positionnés au classement, avec raison, mais ils ont hérité de ces positions avantageuses par défaut et ils n’ont pas su en profiter.

Du côté féminin, la favorite Iga Świątek a été confrontée à Elena Rybakina (22) dès le quatrième tour. La Kazakhe d’origine russe pointe au 25e rang mondial. Toutefois, elle a remporté, comme Djokovic, le tournoi de Wimbledon l’été dernier.

En raison de toute la controverse entourant l’absence des athlètes russes, l’ATP et la WTA avaient décidé de suspendre l’attribution des points pour cette édition. Ainsi, si elle avait pu bénéficier des 2000 points habituellement alloués, la joueuse de 23 ans serait installée au huitième rang mondial.

Cette situation désavantage grandement Rybakina, car elle doit affronter des adversaires beaucoup mieux classées, plus tôt dans les tournois. En Australie, le sort s’est retourné contre Świątek, car elle a dû conclure la semaine en jouant contre une joueuse de calibre top 10 au lieu d’affronter une joueuse située réellement à l’extérieur du top 20.

Au moins, Rybakina a eu l’occasion de prouver de quoi elle était véritablement capable. Son titre à Wimbledon n’était pas une erreur de parcours ou un feu de paille. Elle fait vraiment partie des meilleures joueuses au monde. Elle a la chance de pouvoir montrer toute l’étendue de son talent à Melbourne. Avec cette lancée, elle pourra enfin s’asseoir sur un classement plus représentatif de son rendement et de ses capacités.

Djokovic en mission

Pour en revenir à Netflix, la production a fait le choix de regarder vers l’avant. Le tennis d’aujourd’hui n’est plus celui du fameux Big Three. Et pourtant. Le meilleur joueur au monde demeure Djokovic.

Depuis le début de la semaine, il survole la surface australienne et humilie ses adversaires.

Avec les nombreuses surprises survenues depuis une semaine, le tableau est grand ouvert pour le Serbe. La plupart des experts croyaient, avant le tournoi, que Djokovic remporterait son 10e titre aux Internationaux d’Australie et son 22e titre en tournoi du grand chelem.

La route sera finalement encore plus simple que prévu.

Motivé par la révocation de son visa l’année dernière et ses points volés à Wimbledon, Djoko est en mission. Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour ses adversaires.

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