Analyse des acquisitions des Canadiens

Avec plusieurs changements inévitables à l’horizon, la liste d’épicerie des Canadiens était assez longue à l’aube du début du marché des joueurs autonomes.

Non seulement ils avaient besoin de remplacer certains défenseurs dans la formation, mais il fallait aussi ajouter de la profondeur à l’attaque.

L’équipe devait effectuer ces changements tout en se pliant aux contraintes du plafond salarial, qui devrait demeurer stable pour les prochaines années, tout en tentant de négocier avec des joueurs dont l’objectif est de maximiser leur valeur.

Ça semble plutôt facile, n’est-ce pas?

Les équipes ne se bâtissent pas uniquement grâce au marché des joueurs autonomes. Il faut être en mesure d’inclure des espoirs et des joueurs obtenus par transaction, mais il est possible d’ajouter des éléments de qualité si le prix est raisonnable. C’est ce que les Canadiens ont fait.

Au total, ils ont octroyé des contrats à cinq joueurs de la LNH, ne dépensant que 10,6 M$ dans le processus afin de combler les postes requis.

David Savard débarque à Montréal avec un nouveau contrat de quatre ans en poche et avec une grande opportunité de prouver sa valeur. Le défenseur robuste possède d’excellents atouts, comme en témoignent son excellent jeu défensif et sa capacité à générer de l’attaque. Tout dépendant de la façon dont Savard sera utilisé par l’entraîneur-chef Dominique Ducharme, il ne faut pas s’attendre à ce que le défenseur fiable marque 11 buts comme il l’a fait en 2014-2015 avec les Blue Jackets, mais s’il obtient du temps de glace en avantage numérique, il devrait être en mesure d’augmenter son nombre de tirs au but et le nombre de chances de marquer générées par l’équipe.

Cependant, sa vraie valeur, au-delà de son efficacité en désavantage numérique, sera sa capacité à jouer des minutes importantes à cinq contre cinq. Savard, dont les statistiques se sont grandement améliorées lorsqu’il s’est joint au Lightning de Tampa Bay, peut facilement jouer 20 minutes par match sans faire trop de bruit, le rêve de tout entraîneur.

Avec plusieurs défenseurs dont la valeur est importante dans le marché actuel, le salaire de 3,5 M$ par année de Savard ne devrait pas inquiéter l’organisation, faisant de lui un ajout plus que raisonnable à un moment où ce genre d’acquisition est plutôt rare.

Parlant de signature raisonnable, les Canadiens ont aussi décidé de prendre une chance en offrant un contrat à Chris Wideman, le meilleur pointeur chez les défenseurs dans la KHL la saison dernière.

Wideman, qui a joué pour Nizhny Novgorod Torpedo, a terminé au troisième rang des pointeurs de son équipe avec 9 buts et 32 mentions d’aide en 49 matchs.

Il est impossible de prédire exactement à quel point il pourrait exceller à supporter l’attaque la saison prochaine, mais en utilisant un algorithme pouvant estimer combien de points un joueur étranger pourrait obtenir dans la LNH, on découvre que Wideman serait en mesure d’obtenir 46 points au cours d’une saison de 82 matchs.

Six de ses buts ont été inscrits en avantage numérique, une situation de match au cours de laquelle il devrait être employé à profusion, mais cela ne veut toutefois pas dire qu’il ne peut pas jouer à forces égales. Wideman a joué près de 22 minutes à chaque match pour Nizhny Novgorod, un sommet chez les défenseurs de cette équipe. Il a aussi décoché 172 tirs au but, une autre marque qui le place en tête chez les défenseurs de cette équipe.

Il n’aura probablement pas le même temps de jeu ici que dans la KHL, mais son salaire de seulement 750 000 $ donne espoir qu’il puisse être l’un des défenseurs avec la meilleure valeur dans l’équipe, surtout s’il parvient à connaître du succès en avantage numérique.

Chez les attaquants, Cédric Paquette pourrait rivaliser avec Wideman en ce qui a trait au contrat avec la meilleure valeur. Paquette est un attaquant fougueux, capable de sortir les joueurs adverses de leur match fréquemment. Si ses adversaires oublient rapidement de jouer au hockey et ne pensent qu’à lui répliquer, Paquette est en mesure de générer énormément d’attaque pour un joueur de troisième ou quatrième trio.

Il est le joueur parfait pour jouer sur le quatrième trio, mais peut remplacer ailleurs dans la formation, au besoin, puisqu’il est le genre de joueur fiable qu’apprécient les entraîneurs, incluant en désavantage numérique.

Lorsque Paquette s’est retrouvé sur la patinoire pour les Hurricanes la saison dernière, son équipe a obtenu près de 54 % des tirs, 55 % des chances de marquer et 57 % des buts attendus. Il ne faut pas oublier le fait qu’ils ont aussi obtenu près de 58 % des chances de marquer de qualité.

Il est aussi l’un des joueurs distribuant le plus de mises en échec dans toute la Ligue, ce qui peut servir d’avertissement pour certains attaquants de troisième ou quatrième trio. Certains ne font que plaquer des joueurs adverses bien après que la rondelle ne soit sortie de la zone offensive. Ils terminent les matchs avec peu de statistiques reluisantes, à l’exception des mises en échec. Mais Paquette arrive à maintenir de bonnes statistiques à plusieurs niveaux, ce qui devrait lui permettre de s’ajuster rapidement au style de jeu des Canadiens.

En d’autres mots, Paquette représente de la profondeur de qualité pour les Canadiens. Aussi, son contrat qui lui rapportera 950 000 $ fait en sorte que sa valeur pourrait être très haute lors de la saison.

On peut en dire tout autant au sujet de Mathieu Perreault, un vétéran qui a signé un contrat d’un an, d’une valeur de 950 000 $. C’est le genre de joueur qu’apprécient énormément les spécialistes des statistiques avancées, ayant de bonnes statistiques peu importe la situation. De plus, Perreault est capable d’obtenir des statistiques très raisonnables à cinq contre cinq.

Même s’il n’a joué en moyenne que 9 min 53 s à cinq contre cinq la saison dernière, Perreault a terminé la saison avec 14 points, plus que la plupart des attaquants de troisième ou quatrième trio des Canadiens.

Enfin, la dernière pièce du casse-tête a été nulle autre que Mike Hoffman. Le marqueur de buts, qui a paraphé un contrat de trois ans lui rapportant 4,5 M$ de dollars par année, réussit à marquer beaucoup de buts peu importe l’équipe avec laquelle il joue. Au cours d’une saison de 82 matchs, Hoffman parvient à marquer en moyenne 28 buts.

Il devrait être très important en avantage numérique étant donné qu’un grand nombre de ses buts sont survenus avec l’avantage d’un homme. En effet, 67 de ses 189 buts ont été inscrits en supériorité numérique.

Ses statistiques à cinq contre cinq ont légèrement baissé lors de la dernière saison avec les Blues de Saint-Louis, mais, au cours de sa carrière, Hoffman parvient à obtenir plus de tirs au but et des chances de marquer que l’adversaire lorsqu’il se trouve sur la glace.

Il est aussi un marqueur né, se fiant sur sa précision et sur son tir rapide pour déjouer les gardiens plutôt que de tirer fréquemment. Son salaire annuel de 4,5 M$ devrait facilement être justifiable lorsque les partisans découvriront ce qu’il peut apporter à l’équipe.

C’est ici que débute la partie excitante dans tout ça.

Oui, les Canadiens ont ajouté plusieurs éléments, mais cela signifie également qu’ils en ont perdu d’autres, notamment Phillip Danault et Corey Perry. Ils ne seront pas facile à remplacer, mais ces changements offrent des opportunités à saisir. Parmi les jeunes joueurs de l’équipe, notamment Nick Suzuki, les opportunités seront grandes.

Le vrai défi sera de compenser pour la qualité de jeu en défensive qu’apportait Phillip Danault lors des saisons précédentes, tout en générant suffisamment d’attaque comme nous sommes en droit de nous attendre de la part d’un joueur de centre disputant des minutes importantes dans le « top 6 » de la formation.

Avec le fait que les acquisitions enlèveront un peu de pression, cela devrait créer une opportunité idéale pour les jeunes joueurs de passer à la prochaine étape dans leur carrière.

(Toutes les statistiques sont tirées de NaturalStatTrick.com)

Un texte de Marc Dumont, collaboration spéciale traduite par François Lafleur du magazine des Canadiens.

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