ANALYSE

Une défaite révélatrice

Marc Bergevin a-t-il fini ses emplettes ? La blessure de Brendan Gallagher a ouvert de nouvelles possibilités au directeur général du Canadien sous le plafond salarial. Voilà que la série de deux matchs en 24 heures que le CH vient de disputer nous rappelle que cette équipe pourrait – dur à croire – encore avoir besoin d’aide si elle veut veiller tard ce printemps.

Il y a en effet plusieurs questions à se poser à la suite de cette deuxième défaite de suite, un revers de 4-2 du Tricolore aux mains des Jets de Winnipeg, jeudi.

Pas que le CH ait été si mauvais dans son jeu d’ensemble. Ducharme a fourni une explication aussi simple que concise de la défaite : « trois cadeaux », soit les trois buts accordés en première période. Comme c’étaient de gros cadeaux, les joueurs se sont cotisés.

Joel Edmundson et Jonathan Drouin se sont fait battre facilement en zone offensive sur le premier. Victor Mete et Jake Allen avaient visiblement pigé Trevor Lewis dans l’échange de cadeaux. Jeff Petry a offert une belle rondelle à Nikolaj Ehlers, qui sait généralement où la mettre.

Hormis ces trois erreurs, Montréal a tenu son bout, et a d’ailleurs remporté la bataille des tirs au but (38-27) pour le neuvième match de suite. Le problème, c’est qu’à l’autre bout, Connor Hellebuyck n’avait pas reçu le message concernant les cadeaux ; si la bande ne l’avait pas trahi, il aurait accordé un seul but.

Non, au-delà de la défaite en soi, c’est surtout la façon dont Ducharme a utilisé ses éléments qui incite à se poser des questions.

Le Canadien, rappelons-le, jouait un deuxième match en deux soirs, un troisième en quatre jours. Il y a eu un bref aller-retour Montréal-Toronto au passage. Ce n’est pas pour plaindre les joueurs, mais simplement pour rappeler que dans ces circonstances, les entraîneurs aiment bien répartir la charge de travail.

Or, qu’a fait Ducharme ? Il a cloué Mete au banc en troisième période. Il a tout de même réparti les minutes, mais les a réparties entre cinq défenseurs plutôt que six. Pas une formule de succès durable.

Après le match, Ducharme a expliqué que son duo formé de Mete et Alexander Romanov connaissait une dure soirée.

« On a décidé d’utiliser cinq défenseurs en troisième période, pour donner plus d’expérience à Romanov. On perdait par un but, on voulait ne pas accorder le prochain but, on voulait garder le jeu simple », a-t-il expliqué.

À l’avant, son centre de quatrième trio, Jake Evans, n’a joué que 8 min 23 s, au lendemain d’un match de 7 min 11 s. Évidemment, la blessure de Gallagher change ici les plans, car elle a forcé la mutation de Jesperi Kotkaniemi à l’aile. Le jeune homme y semble déjà à son aise, Ducharme qualifiant son match de « très solide ».

Mais si l’entraîneur doit à ce point limiter l’utilisation de son quatrième centre – rôle qui semblait fait sur mesure pour Eric Staal, rappelons-le –, est-il vraiment plus avancé ? Ne serait-il pas mieux servi s’il avait un autre ailier à sa disposition, pour ainsi ramener Kotkaniemi à sa position naturelle ?

Toujours à l’aile, Corey Perry a été l’attaquant le plus utilisé, jouant 20 min 9 s. Corey Perry, 35 ans, bientôt 36. Ducharme assure que c’était là un concours de circonstances, en raison de « longues présences en zone défensive. Sa moyenne par présence était de 1 min 3 s. Ça affecte son temps de jeu et celui des autres ».

N’empêche que Perry a obtenu 19 présences, un chiffre qu’il n’avait pas l’habitude d’atteindre jusqu’à récemment. Il constitue toute une surprise cette saison, mais il a prouvé qu’il peut générer de l’attaque même en étant limité à 13 ou 14 minutes.

Bref, la répartition des tâches ne semble pas optimale, et même si le Canadien n’est pas déclassé, il vient tout de même de subir trois défaites à ses quatre derniers matchs.

À l’interne, les solutions ne foisonnent pas. Ben Chiarot et Joel Armia sont les plus près d’un retour, mais n’ont pas encore repris l’entraînement avec leurs coéquipiers. Il faudra aussi voir quelle version on aura de l’énigmatique Armia. Toujours à l’interne, il y a bien Cole Caufield comme ailier droit à Laval, mais encore faut-il voir comment iront ses débuts professionnels dans la Ligue américaine ce vendredi. On le rappelle, la marche est haute.

La date limite des transactions est lundi, Marc Bergevin a un coussin inattendu – on demeure convaincu qu’il préférerait un Gallagher en santé à ce coussin – et il y a encore des rôles mal assortis dans l’équipe.

Les 72 prochaines heures seront intéressantes à suivre.

Ils ont dit

« Je suis déçu de mon début de match, ma performance était inacceptable. »

— Jake Allen

« Ce sont deux joueurs importants tout comme Ben Chiarot. Ce ne sont pas des excuses. Les gars doivent se lever. Jake a fait tout un travail. Il faut redoubler d’ardeur pour marquer des buts en l’absence de Gallagher. »

— Shea Weber, au sujet de l’absence de Carey Price et de Brendan Gallagher

« C’est une adaptation. Gallagher va toujours au filet. On sait où il est. Tatar et moi, on joue à l’extérieur. Là, il faut faire des rotations. L’un doit aller au but. Ce sont des ajustements. Peu importe qui est ailier droit, on va pousser match après match. »

— Phillip Danault, à propos de l’ajustement en l’absence de Gallagher

« On va prendre les deux points… Ils ont travaillé fort et on sait qu’ils jouent tout le temps avec beaucoup d’intensité au Centre Bell. Dans mon cas, ç’a été super de pouvoir obtenir un but rapide en partant. Mathieu Perreault a fait une passe incroyable. »

— Josh Morrissey

« Je fais attention avec les mauvais bonds de la rondelle sur la baie vitrée, surtout ici, mais des fois, on dirait que ça arrive même si on essaie de s’y attendre. J’ai été un peu fâché sur ce jeu et le but que ça a donné [à Paul Byron], je n’avais pas le contrôle du jeu, mais il faut oublier ça quand ça arrive. »

— Connor Hellebuyck

« C’est toujours difficile de jouer sans ses joueurs de premier plan. Blake [Wheeler] nous manque. Mais on a survécu à la tempête et Connor devant le filet a été énorme pour nous. »

— Trevor Lewis

« Connor a été si bon pour nous depuis qu’il est ici, et nous avons beaucoup de profondeur aussi. On a aimé notre première période, moins la deuxième. Ç’a été un match plate et sur la route, parfois, c’est une bonne chose… »

— Paul Maurice, entraîneur-chef des Jets

Propos recueillis par Guillaume Lefrançois et Richard Labbé, La Presse

Dans le détail

Soirée difficile pour Drouin

Un joueur offensif qui ne produit pas de points doit être capable de produire quelque chose d’autre, et dans le cas de Jonathan Drouin, on peut se demander ce qu’il produit au juste en ce moment. Jeudi soir, le joueur québécois n’a patiné que pendant 12 min 12 s. Il n’a obtenu un temps de jeu plus court qu’une seule fois depuis le début de la saison actuelle. Il a de nouveau été blanchi de la feuille de pointage, ce qui signifie qu’il n’a obtenu aucun point à ses six derniers matchs. En plus, son dernier but remonte au 23 février. Ce n’est évidemment pas ce qui est attendu d’un joueur de talent comme lui. « On a parlé de son engagement, de la façon dont il patine, a expliqué l’entraîneur-chef Dominique Ducharme après le match de jeudi soir au Centre Bell. Il a eu des hauts et des bas ce soir dans ces aspects du jeu. Je suis certain que ça le dérange, cette séquence-là, mais il va s’en sortir. »

Des blessés… mais pas tant que ça

On le sait, ça tombe comme des mouches chez le CH ces temps-ci. Après Ben Chiarot, Joel Armia et Brendan Gallagher, on a appris jeudi que le gardien Carey Price ne serait pas de retour au jeu avant la semaine prochaine. Malchance ? Sans doute un peu, mais ce n’est pas le Canadien qui a été le plus touché à ce chapitre. Ainsi, selon le site spécialisé Man-Games Lost, les joueurs du Canadien ont raté un total de 34 matchs cette saison en raison de blessures ou de maladies, le plus petit total de toute la LNH. En guise de comparaison, les joueurs des Blackhawks de Chicago, l’équipe la plus « blessée » de la ligue, ont raté un total de… 264 matchs depuis le début de la saison ! Rappelons que les Jets de Winnipeg, eux, ont eu à disputer le match de jeudi soir sans leur capitaine, Blake Wheeler, qui a subi une commotion cérébrale plus tôt cette semaine lors d’un match contre les Sénateurs.

Enfin une série CH-Leafs ?

Avec la défaite de jeudi soir et celle de la veille à Toronto, le Canadien se retrouve bien campé au quatrième rang de sa division. La bonne nouvelle ? Avec huit points d’avance sur les Canucks de Vancouver et huit points aussi sur les Flames de Calgary (avec trois matchs de plus à disputer dans ce cas, de surcroît), ça prendrait un désastre pour que le club montréalais ne soit pas des séries. La mauvaise nouvelle ? Le Canadien ne pourra sans doute pas rattraper les Oilers et les Jets, qui arrivent respectivement au deuxième et au troisième rang de la division, ce qui signifie qu’à moins d’une grosse surprise, le Canadien amorcera les prochaines séries face aux Maple Leafs de Toronto. Il serait temps, puisque les deux vieux rivaux ne se sont pas affrontés en séries depuis 1979. Le Canadien avait alors facilement remporté la série quatre matchs à zéro. Ça risque d’être un peu moins facile cette fois-ci…

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