Budget 2016-2017

Québec doit se tourner vers l’avenir

Il est heureux que les finances du gouvernement du Québec soient revenues à l’équilibre après plusieurs années passées à pallier le choc de la crise financière de 2008.

Moins astreint par des impératifs de court terme, le gouvernement peut en profiter pour élaborer le prochain budget en adoptant des mesures qui permettront à l’économie du Québec de mieux affronter les défis qui l’attendent au cours des prochaines années. C’est principalement sur cet horizon de moyen terme qu’est basé l’avis que l’Association des économistes québécois a transmis récemment au ministre des Finances en vue de la préparation du budget qui doit être dévoilé le 17 mars prochain et dont nous présentons ci-après quelques points saillants.

MIEUX UTILISER LA FISCALITÉ

Dans le rapport rendu public en mars 2015, la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise a recommandé de renoncer en partie aux recettes provenant de l’impôt sur le revenu des individus et des entreprises et de plutôt compter davantage sur les taxes à la consommation, sur la tarification des services et sur l’abolition de certaines dépenses fiscales. L’Association souscrit d’autant plus à ces recommandations que les travaux de la Commission ont mis en lumière qu’un tel réaménagement des revenus fiscaux pourrait se traduire par une croissance économique accrue.

Nous croyons aussi que le gouvernement pourrait utiliser ses outils fiscaux pour une poursuite plus efficace de ses objectifs en matière d’environnement et de santé publique. Ainsi, le bas niveau des prix pétroliers représente une occasion exceptionnelle pour l’instauration d’une taxe sur le carbone pouvant inciter les citoyens à réduire leur consommation de produits pétroliers et à se tourner davantage vers le transport en commun.

Sans avoir les inconvénients liés à la gestion du Fonds vert ni les effets incertains de la Bourse du carbone sur la compétitivité des entreprises, la taxation directe du carbone a l’avantage d’envoyer un signal clair aux consommateurs.

Le caractère incitatif de la fiscalité pourrait aussi être mis à profit en taxant le sucre et le sel afin de contrer l’incidence des nombreuses pathologies découlant de leur usage excessif dans les secteurs de la transformation alimentaire et de la restauration. Outre l’amélioration à moyen terme de la santé des Québécois, des économies en résulteraient en marge du principal poste de dépenses du gouvernement. Pour ces raisons, nous invitons le gouvernement à examiner la faisabilité d’une telle mesure et sa rentabilité tant sous l’angle budgétaire que sous celui de la santé publique.

DONNER PRIORITÉ À L’ÉDUCATION

Le gouvernement a signalé dernièrement qu’il entend désormais accorder un haut degré de priorité à l’éducation. L’Association souscrit pleinement à cette orientation étant donné les effets positifs qui en découleront à moyen terme sur la productivité et sur la capacité d’innovation et d’adaptation de l’économie québécoise.

Ce réinvestissement dans l’éducation doit être substantiel et il doit se faire à tous les niveaux d’enseignement, incluant les services à la petite enfance. Lors de notre congrès de 2010, le prix Nobel James Heckman a bien montré que plus les services éducatifs arrivaient tôt dans la vie d’un enfant, plus ils pouvaient avoir des effets positifs pour lui et pour la société dans le futur. Les mauvais départs dans la vie peuvent entraîner par la suite des coûts et des manques à gagner très élevés du fait du décrochage, de pertes de productivité, de sous-qualification et de problèmes sociaux de diverses natures. Plutôt que de le restreindre, il faut accentuer le soutien aux garderies éducatives et aux maternelles, plus particulièrement pour les enfants des milieux défavorisés.

PRÉPARER L’AVENIR

L’action du gouvernement en matière budgétaire, financière et économique sera d’autant plus efficace si elle se fait à partir d’une vision stratégique des occasions favorables et des menaces auxquelles les agents économiques québécois seront confrontés dans les prochaines années du fait des changements technologiques, du déplacement des pôles de croissance, de l’évolution démographique et des impératifs du développement durable. Tout laisse présager que tant les changements internes que les chocs extérieurs feront en sorte que l’économie québécoise devra être très différente dans 10 ans de ce qu’elle est présentement.

La préparation de l’avenir devrait commencer dans les meilleurs délais par l’élaboration d’une stratégie de développement économique faisant appel à l’ensemble des moyens d’action à la disposition du gouvernement : fiscalité, tarification, aide financière et technique, règlementation, infrastructures, ressources humaines, recherche, coopération intergouvernementale, etc.

Cette stratégie devrait préciser comment le gouvernement compte utiliser ces divers moyens pour aider à développer l’entrepreneuriat, stimuler l’innovation, rehausser la productivité, accroitre les exportations, susciter une plus grande transformation des ressources, enrichir les activités productives et relancer l’investissement privé.

Nous croyons donc que le gouvernement doit réaménager le régime fiscal, réinvestir à tous les niveaux du système d’éducation et se doter d’une stratégie économique pour le moyen terme. Ces priorités n’épuisent évidemment pas l’ensemble des besoins auxquels le gouvernement doit accorder une grande attention dans le prochain budget. À titre d’exemple, le gouvernement doit aussi s’attaquer aux inégalités de revenus et de richesse et s’assurer que les infrastructures, notamment dans les transports et dans le réseau de l’éducation, soient à la hauteur des besoins des citoyens et des entreprises.

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