Voyage Plein air

Eudore Fortin, père de la Traversée de Charlevoix

Dans l’arrière-pays de Charlevoix, de beaux sommets attendent les randonneurs, comme le mont du Dôme, le mont du Four, le mont du Lac-à-l’Empêche ou encore le mont Eudore-Fortin.

À vrai dire, Eudore-Fortin n’est pas un nom officiel. Selon les règles de la Commission de toponymie du Québec, seuls les noms de personnes mortes depuis au moins un an peuvent servir à identifier des lieux. Et Eudore Fortin, père de la Traversée de Charlevoix, est bel et bien vivant.

« Je ne suis pas pressé », lance l’homme de 90 ans.

C’est discrètement qu’un groupe de bénévoles, le Club des Amis de la Traversée de Charlevoix, a tracé un sentier pour atteindre le sommet de cette montagne que M. Fortin affectionnait particulièrement.

« Il avait toujours eu envie d’y faire un sentier, ça le chicotait, mais il se faisait plus âgé », raconte Johanne Leduc, qui a travaillé plus de 20 ans dans l’organisation de la Traversée de Charlevoix auprès d’Eudore Fortin, notamment en tant que directrice générale.

Les Amis de la Traversée ont placé une plaque commémorative au sommet de la montagne et ont nommé celle-ci, informellement, Eudore-Fortin. « Ils m’ont fait une surprise », s’exclame Eudore Fortin.

Mme Leduc explique qu’il s’agissait surtout de souligner l’œuvre de M. Fortin. « Il a véritablement ouvert le territoire aux amateurs de plein air, affirme-t-elle. Il a fait aimer et découvrir l’arrière-pays de Charlevoix, qui était resté un trésor bien caché pendant plusieurs années. »

Eudore Fortin est né à Saint-Urbain, au cœur de cet arrière-pays.

« J’ai été élevé dans le bois. Mon père était gérant d’un chalet de chasse et de pêche, mon grand-père aussi. Je connaissais la forêt, elle me connaissait aussi. »

— Eudore Fortin

Il ne s’est pas attardé sur les bancs de l’école. Encore très jeune, il a été gardien de la tour à feu qui était alors au sommet du mont du Lac-des-Cygnes. Il a aussi été trappeur, draveur, et a effectué une variété d’autres métiers.

Une aventure de 40 ans

En 1976, la Fédération québécoise de la montagne cherchait quelqu’un pour ouvrir des sentiers d’approche pour rejoindre des parois d’escalade de roche dans Charlevoix. « J’avais un restaurant-bar, mais il avait passé au feu et j’avais tout perdu, raconte M. Fortin. J’ai donc pris ça pour six mois. Mais ça a duré 40 ans. »

Au cours de cette première saison, Eudore Fortin a tracé des sentiers d’approche et construit un refuge qu’on a appelé « L’Eudore ».

Puis, au cours d’une rencontre avec les gens de la fédération, quelqu’un a évoqué la possibilité de créer un sentier de longue randonnée à ski dans l’arrière-pays. « Il disait que le terrain se présentait bien pour ça », se souvient M. Fortin. Grâce à des subventions, il a pu réunir une équipe et établir 80 km de sentiers en 1977, en plus de construire quatre refuges.

Le sentier de la Traversée de Charlevoix a fini par s’étendre sur 105 km. Ça n’a toutefois pas été de tout repos. « Nous avons eu beaucoup de problèmes avec les compagnies forestières, se rappelle M. Fortin. Elles faisaient des coupes sur les sentiers, sans aucune compensation financière. Il y a des refuges que j’avais bâtis de mes propres mains que j’ai dû incendier parce que toute la forêt avait été coupée autour. Sur 105 km, j’ai perdu environ 60 km, que j’ai dû refaire pour passer dans des endroits différents. Ça faisait partie de l’aventure. »

Cette résilience caractérise Eudore Fortin ; il est combatif, note Johanne Leduc. « C’est un homme d’une grande persévérance, précise-t-elle. Il y en a plus d’un qui aurait décroché bien avant ça. »

Le sentier de la Traversée de Charlevoix est maintenant protégé. Il figure dans les schémas d’aménagement des MRC de la région. Lorsqu’il y a des coupes forestières, les entreprises doivent conserver une petite lisière de bois le long du sentier. « Je pense que le sentier, l’œuvre d’Eudore, est là pour rester », déclare-t-elle.

M. Fortin est aussi optimiste : « Ici, les compagnies forestières ont presque toutes disparu, mais moi, je suis resté là. »

D’autres contributions

Eudore Fortin ne s’est pas limité à la Traversée elle-même. Il avait remarqué les beaux sommets qu’on pouvait admirer dès le début du sentier, à l’accueil de la Zec des Martres. Il a peu à peu aménagé des sentiers pour atteindre des sommets comme le mont du Dôme, le mont du Lac-à-l’Écluse, La Grive, le mont du Four, le mont du Lac-à-l’Empêche.

« C’est intéressant pour les gens qui veulent faire des randonnées à la journée, sans avoir à transporter de bagages », note M. Fortin.

À la fin des années 1980, la Fédération québécoise de la montagne a remis la gestion de la Traversée de Charlevoix à un organisme à but non lucratif local, un développement très bien accueilli par Eudore Fortin et son équipe.

Il s’est retiré relativement récemment de l’organisation, mais il demeure très intéressé et s’inquiète lorsqu’il ne neige pas assez à son goût sur les sentiers. Il ne cache pas sa fierté au sujet de la Traversée. « C’est un fleuron pour Charlevoix, c’est reconnu internationalement, affirme-t-il. N’oubliez pas de mentionner Johanne Leduc. Pendant les 20 dernières années, elle a été un gros morceau pour le bon fonctionnement de la Traversée », précise-t-il avant de raccrocher.

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