Sophie Day

Chanter Clémence

Quand Sophie Day a décidé de réaliser un album-hommage à Clémence DesRochers, elle a évidemment mis la principale intéressée au courant. La réponse de la poète, chansonnière et monologuiste fut « un grand merci de la chanter, parce que c’était quelque chose de rare ». « Et je trouve ça dommage parce que c’est tellement une grande chansonnière et parolière », commente celle qui fera paraître le disque Clémence le 18 septembre. Sophie Day y a gravé une dizaine de ses coups de cœur tirés de son répertoire.

« Clémence n’est pas assez entendue, selon moi, ajoute-t-elle. Tout le monde devrait connaître au moins une de ses chansons, comme pour Félix Leclerc. Les gens ne savent pas à quel point elle a été une pionnière et combien d’autres artistes elle a inspirés, dont Michel Tremblay. »

Il est vrai qu’à part Renée Claude, qui a consacré à la fille d’Alfred DesRochers un spectacle et un album au début des années 1980 (Moi, c’est Clémence que j’aime le mieux !), et quelques consœurs comme Louise Forestier ou Fabienne Thibeault qui ont repris une chanson de-ci de-là, il n’y a guère que Clémence qui a chanté Clémence. Sophie Day avoue qu’elle n’a saisi que récemment toute l’ampleur et l’immensité de l’œuvre.

« En fait, j’ai découvert Clémence quand j’ai fait le Festival de Petite-Vallée, en 2002 [elle avait alors remporté le Prix du public et le Prix du jury]. À l’époque, chaque participant devait intégrer à sa prestation une pièce de l’artiste à l’honneur. Et c’était justement Clémence cette année-là. On m’avait remis ses chansons sur une cassette. Ça m’avait beaucoup plu. En fait, je ne suis pas arrivée à me brancher sur une seule et j’ai proposé un pot-pourri », raconte cette native de Saint-Gédéon, au Lac-Saint-Jean, qui était connue alors sous son véritable nom de Sophie Tremblay.

« Par la suite, je me suis consacrée au jazz et à mon propre répertoire, mais j’avais encore quelques partitions de Clémence, que je proposais parfois à des étudiants », poursuit celle qui est aussi professeure de chant jazz à l’Université McGill. « Jusqu’au jour où je suis tombée sur la chanson Full Day of mélancolie, qui a été un gros coup de cœur. Puis il y a eu La vie d’factrie. »

« À l’époque, j’étais à la recherche d’une œuvre poétique pour un projet musical. Mon intention de départ n’était pas un hommage à Clémence, mais à force de regarder ses chansons, j’ai vite pressenti tout ce que je pouvais faire. C’est devenu évident que ce serait juste elle. »

— Sophie Day

Sophie Day pense que la maturité acquise avec les années de métier a joué un rôle dans ce coup de foudre pour le répertoire de Clémence DesRochers.

D’un lac à l’autre

« Avant, j’étais davantage accrochée par la musique, mais les mots ont fini par prendre plus d’ampleur dans mon parcours. Et pour moi, le génie de Clémence, ce sont des mots simples remplis d’images immenses et percutantes, dans un vocabulaire tellement de chez nous. Il y avait une sorte de retour aux sources aussi. J’entends mes parents et mes grands-parents dans cette langue. Clémence raconte souvent son lac Memphrémagog, alors que moi, j’ai mon lac Saint-Jean. Le côté rural m’a également beaucoup parlé. »

L’interprète en a profité, avec ce projet, pour repousser ses limites en tant qu’artiste, assumant les arrangements pour orchestre de chambre et section rythmique, mais aussi la coréalisation, avec Jon Day et Padraig Buttner-Schnirer.

Sophie Day a ainsi recruté un ensemble de 10 musiciens, soit un petit orchestre de chambre (violon, alto, violoncelle, clarinette, cor, basson), auquel se sont joints piano, guitare, contrebasse et batterie. Le résultat porte les couleurs du jazz, mais aussi du classique contemporain.

Les 10 plages de Clémence ont été enregistrées sur deux automnes, ceux de 2018 et 2019. La deuxième fois, Sophie Day a eu envie de pousser encore plus loin les collaborations musicales en invitant cinq artistes de ses amis : Bruno Pelletier (La ville depuis), Catherine Major (Deux vieilles), Ranee Lee (On a eu un bien bel été), Kathleen Fortin (L’homme de ma vie) et le baryton Étienne Dupuis (Ça sent l’printemps).

« Bruno, c’est un artiste d’une belle ouverture, sensible et curieux, qui s’intéresse à toutes sortes de styles, dont le jazz. Quant à Kathleen Fortin, nous avons partagé la scène des Misérables. C’est mon âme sœur musicale, à qui j’ai offert un petit moment plus théâtral. »

Catherine Major et Sophie Day ont participé à Petite-Vallée la même année. « Catherine avait remporté le prix comme auteure-compositrice-interprète. C’est une artiste que j’ai toujours admirée, qui avait déjà, très jeune, une évidente maturité musicale. Quant à Ranee Lee, elle a été ma professeure à l’université. C’est un mentor, une grande amie, qui a même officié à mon mariage. C’était naturel pour moi de l’inviter. »

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