Tour de France

Kämna sauve les Bora

C’était un peu l’étape de la dernière chance. Celle pour les vaincus de racheter leur Tour de France. Comme les Ineos d’Egan Bernal. Ou les Groupama de Thibaut Pinot.

Ce furent plutôt les Bora de Peter Sagan, incapables de récupérer le maillot vert depuis la relégation du célèbre sprinteur slovaque la semaine dernière à Poitiers.

Frustré par un Daniel Martínez (EF) trop puissant à Puy Mary vendredi, Lennard Kämna a enfin été récompensé, remportant la 16e étape à Villard-de-Lans, jeudi. Le jeune grimpeur allemand s’est habilement défait de l’Équatorien Richard Carapaz (Ineos) dans l’ultime difficulté du jour, à 20 kilomètres de l’arrivée, pour s’imposer avec une avance d’une minute et demie.

« C’est un énorme soulagement pour l’équipe et pour moi aussi », a réagi Kämna, à peine 24 ans, qui confirme ainsi son potentiel après sa victoire d’étape au Critérium du Dauphiné, il y a un mois.

« Je ne peux pas croire les pas que j’ai franchis cette année. Je suis béni de pouvoir gagner aujourd’hui. »

Libéré de ses responsabilités face à Bernal, le tenant du titre qui s’est carrément relevé mardi (127e à 27 minutes), Carapaz semblait bien lancé dans la montée de Saint-Nizier-du-Moucherotte (11 km à 6,5 %). L’Équatorien s’était entre autres débarrassé de Julian Alaphilippe (10e) et du champion suisse Sébastien Reichenbach (Groupama), troisième de l’étape.

Mais Kämna s’est accroché à la roue du gagnant du dernier Giro avant de bondir à quelques centaines de mètres du sommet. « C’était clair que je ne voulais pas refaire un sprint comme celui contre Martínez. Quand j’ai vu que Carapaz perdait un peu de vitesse, je me suis dit : OK, c’est le moment d’y aller, et j’ai juste tout donné. »

Incapable de se débarrasser du maillot vert Sam Bennett, les Bora tiennent donc leur première victoire. À souligner le travail de Daniel Oss, fidèle lieutenant de Sagan, dans l’échappée à 23 coureurs. Pour les Ineos et les Groupama, qui ont aussi perdu David Gaudu, la rédemption devra attendre, mais il commence à se faire tard.

« Bon pour le moral »

Pour le classement général, rien de majeur à signaler, sinon une nouvelle attaque de Tadej Pogačar (UAE) sur la dernière rampe vers l’arrivée. Le maillot jaune Primož Roglič, encore une fois bien escorté par son convoi Jumbo-Visma, n’a eu aucun mal à répondre à son dauphin, qui n’a visiblement pas froid aux yeux. L’écart reste donc à 44 secondes.

Les deux Slovènes se sont donné rendez-vous mercredi au sommet du col de la Loze, arrivée inédite à 2304 mètres d’altitude, toit de ce Tour 2020.

« C’est assurément l’étape reine, super dure à la fin, où on roulera dans une piste cyclable sur les trois ou quatre derniers kilomètres », a résumé Roglič, qui connaît bien l’endroit pour avoir voltigé sur le tremplin de Courchevel à l’époque où il était sauteur à ski.

Après les deux banderilles de Pogačar, Miguel Ángel López a tenté sa chance à 200 mètres du fil, histoire de se rapprocher un peu de la troisième place de Rigoberto Urán (EF). Pas de succès pour le leader d’Astana, même pas crédité d’une seconde pour le petit écart qu’il a réussi à provoquer.

« De toute façon, au niveau mental, ça lui fait du bien », a cependant noté son coéquipier Hugo Houle, 57e de l’étape. « C’est toujours bon avant une grosse journée. Les directeurs sportifs étaient contents. Ça les met en confiance de voir que leur poulain a mis une attaque. C’est bon pour le moral. »

Sur des routes qu’il connaissait bien pour y avoir roulé lorsqu’il vivait dans la région de Grenoble, le Québécois de 29 ans s’est encore montré à son avantage. Avec Luis León Sánchez et Gorka Izagirre, il s’est assuré de garder Lopez au chaud jusqu’à deux kilomètres du fil.

« J’étais en très bonne forme, [j’étais] assez facile je dirais. J’ai fait ce qui m’a été demandé pour Miguel : rester avec lui dans le peloton, essayer de le placer pour qu’il puisse être plus tranquille et qu’il n’ait pas besoin de frotter avec quiconque. Ça a bien été. »

Un seul petit incident a ponctué la journée des meneurs : l’Américain Sepp Kuss a accroché la roue de son coéquipier Roglič dans la dernière montée, ce qui a obligé López, Houle et quelques autres à brusquement changer de trajectoire.

« Il faut toujours être vigilant, les chutes comme ça arrivent vite, a dit le Canadien d’Astana. À la troisième semaine, tout le monde est fatigué. Des fois, tu as envie de relâcher la concentration. Les journées sont longues, parfois cinq heures à toujours devoir rester alerte. Souvent, c’est un petit moment d’inattention comme ça qui crée une chute. C’est rarement quand on se bat à haute vitesse ou qu’on joue fort du coude. »

Économiser son énergie

Après avoir fourni un bidon frais à chacun de ses trois coéquipiers, Houle a grimpé les deux derniers kilomètres à son rythme. « Toute l’équipe doit être vigilante ; il faut économiser un maximum d’énergie parce que les deux prochaines étapes feront certainement la différence au classement général. »

L’athlète de Sainte-Perpétue, 49e, ne s’attend pas à devoir tenir un grand rôle dans l’étape de mercredi, qui inclut le franchissement du col de la Madeleine.

« L’objectif sera sûrement de passer la Madeleine si ça ne roule pas trop. Après, dans le dernier col, je tourne les jambes, je récupère, je mange et je prépare le lendemain. Ça ne me donne rien d’essayer d’arriver 38e ou 25e. Je peux arriver 175e et c’est clair que l’équipe sera bien contente [quand même]. »

Houle prévoit d’avoir davantage d’« impact » jeudi, où le parcours sera plus technique. « Ce sera la grosse journée pour les équipiers. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.