Une éclosion ? Consultez l’arrêt-court !

Dimanche matin, les Marlins de Miami ont reçu les résultats des tests de COVID-19 de leurs joueurs.

Jose Urena : positif.

Garrett Cooper : positif.

Harold Ramirez : positif.

En plus de Jorge Alfaro, déjà infecté.

Qu’ont fait les dirigeants de l’équipe ? Ils ont consulté Miguel Rojas. Un médecin ? Un épidémiologiste ? Non. Leur arrêt-court. « C’est comme notre capitaine non officiel », a expliqué le gérant Don Mattingly.

Miguel Rojas a donc envoyé un message texte à ses coéquipiers. Les boys, vous pensez quoi de tout ça ? Sans surprise, les gars ont décidé de jouer. « Ça n’a jamais été notre mentalité [de ne pas jouer] », a indiqué l’arrêt-court au Philadelphia Inquirer, qui a sorti l’histoire en premier.

Ses propos ont suffi à rassurer la direction des Marlins. Le baseball majeur. L’Association des joueurs. Le match a donc eu lieu. Les Marlins ont battu les Phillies, 11-6.

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Lundi matin, les Marlins ont obtenu de nouveaux résultats. Pires que ceux de la veille. Huit autres joueurs et deux entraîneurs sont aussi porteurs du virus. Pour un total de 14 cas positifs. En trois jours.

C’est énorme.

Sans compter les cas potentiels parmi les joueurs des Phillies et des Braves d’Atlanta, qui ont affronté les Marlins au cours de la dernière semaine. Les résultats de leurs tests seront connus au cours des prochaines heures.

Cette éclosion a forcé le baseball majeur à remettre deux parties lundi soir. Sauf que la Ligue prévoit un retour à la normale dès mardi soir. Pourquoi si vite ? Parce que chaque club doit disputer 60 matchs en 66 jours. Pas le temps d’attendre. Il faut enchaîner – et vite. OK, mais qui jouera pour les Marlins lors des trois prochaines semaines ? Pas grave. Ils rempliront leur alignement avec des joueurs des mineures et d’autres réclamés au ballottage.

Cet épisode met en relief la vacuité du plan de retour du baseball majeur.

Les 113 pages du document donnent l’illusion qu’il s’agit d’un protocole solide. La réalité est tout autre. Jouer dans 30 stades différents plutôt que dans une bulle, c’est risqué. Déplacer 1500 personnes chaque semaine, aussi.

D’ailleurs, au moins 90 joueurs ont contracté le virus. Et ce ne sont que les cas confirmés. C’est plus de 10 % des ligues majeures. Une proportion démesurée. C’est vrai, il y a plusieurs cas asymptomatiques, car les athlètes sont jeunes et en santé. Sauf qu’il y a eu des cas plus sévères. Notamment celui de Freddie Freeman, joueur étoile des Braves, qui a pensé mourir. « Ma fièvre est montée à 104,5 °F, a-t-il raconté en conférence de presse. Cette nuit-là, j’ai dû réciter une prière, car ma température était très élevée. Je disais : s’il vous plaît, ne m’amenez pas ce soir. Je ne suis pas prêt. C’était troublant. »

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Les événements des derniers jours doivent servir de leçon.

D’abord aux ligues. Surtout celles qui prévoient présenter des matchs dans plusieurs villes. Je pense ici à la NFL. À la LHJMQ. À la MLS, après son tournoi. Il n’est pas trop tard pour réviser les plans. Restreindre le nombre d’adversaires, de parties et de déplacements.

La LNH doit aussi prendre des notes. Je le concède, sa bulle la protège davantage que le baseball majeur. Mais elle n’est pas à l’abri d’une éclosion importante au sein d’une équipe. Que fera-t-elle si 12 joueurs d’une même équipe sont infectés en même temps ? Ce n’est pas indiqué dans le protocole. Ce serait bien de statuer dès maintenant – plutôt qu’au cœur d’un 3 de 5 ou d’un 4 de 7.

Enfin, c’est une grosse leçon pour les autorités de santé publique. Souvent trop complaisantes avec les ligues professionnelles. Elles ont accepté des protocoles inadéquats. Pensez à la Floride, qui n’a pas imposé une quatorzaine obligatoire aux clubs de la MLS à leur arrivée à Orlando. À tous ces États qui acceptent les va-et-vient des équipes du baseball majeur. À toutes ces autorités qui s’apprêtent à autoriser les spectateurs dans les stades pour les matchs de football universitaire.

Les gouvernements doivent exiger des protocoles plus stricts.

Et s’assurer que plus jamais, on s’en remette à un arrêt-court pour gérer une éclosion.

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