Prestations aux vacanciers

Ottawa resserre les critères d’admissibilité

Ottawa — Le gouvernement Trudeau va colmater la brèche qui permettait aux voyageurs ayant choisi de prendre des vacances au soleil durant le temps des Fêtes de réclamer la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique durant leur quarantaine obligatoire de 14 jours.

La ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’Inclusion des personnes handicapées, Carla Qualtrough, déposera, dès la reprise des travaux parlementaires le 26 janvier, des mesures législatives afin de colmater cette brèche qui a soulevé l’indignation de nombreux Canadiens qui respectent les directives du gouvernement fédéral de ne pas effectuer de voyages non essentiels durant la pandémie. Les mesures législatives seront rétroactives au 3 janvier.

Dans l’intervalle, l’Agence du revenu du Canada (ARC) a modifié lundi le processus de demande de cette prestation pour contrer les abus. En effet, les personnes qui soumettent une demande pour la période débutant le 3 janvier ou à une date ultérieure devront préciser si elles étaient en isolement ou en quarantaine en raison d’un voyage à l’étranger.

En outre, l’ARC a annoncé qu’elle retarderait le traitement de ces demandes jusqu’à ce que les mesures législatives que compte adopter le gouvernement Trudeau entrent en vigueur. La Chambre des communes doit reprendre ses travaux le 26 janvier.

« La Prestation canadienne de maladie pour la relance économique a été créée pour offrir aux travailleurs la possibilité de prendre un congé de maladie payé. Nous l’avons créée pour que les travailleurs n’aient pas à choisir entre se rendre au travail alors qu’ils sont touchés par la COVID-19 et nourrir leur famille. La prestation ne visait pas à encourager les Canadiens à désobéir aux lignes directrices de la Santé publique et à celles liées aux voyages à l’étranger », a affirmé la ministre Qualtrough.

Le Parti conservateur et le Bloc québécois, qui ont dénoncé cette brèche et ont réclamé des mesures correctives dans les plus brefs délais, ont salué les changements proposés par le gouvernement Trudeau.

« Nous appuyons ces mesures pour colmater la brèche. Les gens étaient furieux d’apprendre que cela existait. Mon cellulaire était plein de messages de colère des gens. Je persiste à croire que le gouvernement était au courant bien avant le 2 janvier de l’existence de cette brèche », a affirmé à La Presse le député conservateur Richard Martel, qui est aussi le lieutenant politique du chef conservateur Erin O’Toole au Québec.

« Un gouvernement responsable doit, lorsqu’il s’aperçoit qu’il y a une brèche dans un programme, faire les ajustements qui s’imposent. […] On nous accuse faussement de faire de l’obstruction quand on exige des détails lorsqu’un programme est lancé. Mais c’est justement pour éviter ce genre de situation », a-t-il ajouté.

Le leader parlementaire du Bloc québécois, Alain Therrien, a indiqué que son parti était prêt à adopter les mesures correctives rapidement, dès la première journée de la reprise des travaux parlementaires.

« Nous disons : enfin, la lumière a jailli du tunnel », s’est exclamé M. Therrien, qui avait offert au gouvernement de rappeler la Chambre des communes plus tôt pour régler ce dossier.

« On est assez satisfaits, mais on ne comprend pas pourquoi le gouvernement a retenu la date du 3 janvier et non pas la mi-décembre, par exemple. Les voyages ont commencé bien avant Noël. On trouve que ce n’est pas suffisant. On invite d’ailleurs le gouvernement à expliquer pourquoi on ne recule pas plus loin. »

— Alain Therrien, leader parlementaire du Bloc québécois

Aux ministres du gouvernement libéral qui se sont défendus d’avoir fait preuve de laxisme en soulignant que les partis de l’opposition avaient aussi appuyé la mesure, M. Therrien a répliqué : « Ce sont eux qui ont dormi au gaz. La responsabilité de s’assurer que l’évolution d’un programme ne va pas dans le sens contraire à l’intérêt public incombe au gouvernement. Il a fallu que ce soient les journalistes qui sonnent l’alarme. »

Le gouvernement Trudeau a été la cible de vives critiques après que La Presse eut révélé que les voyageurs qui reviennent d’un séjour dans le Sud étaient admissibles à une prestation de 500 $ par semaine pendant la durée de leur quarantaine obligatoire de 14 jours.

La semaine dernière, le premier ministre Justin Trudeau a certifié que ceux qui font fi des directives des autorités sanitaires en effectuant des voyages non essentiels à l’étranger n’auront pas droit à cette prestation. Il n’avait toutefois pas précisé les moyens que son gouvernement entendait prendre pour colmater la brèche dans la loi visant à créer la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique.

« Nous avons entendu les Canadiens ; à ce titre, nous resserrons les critères d’admissibilité pour nos prestations de la relance liées à la COVID. Nous allons nous assurer que ces mesures n’aient pas de conséquences non intentionnelles et nous allons cibler les individus qui voyagent pour des raisons discrétionnaires et non essentielles. Ce n’est pas le moment de voyager à l’étranger, et si vous choisissez de le faire, vous ne serez pas admissible à ces prestations pendant votre période de quarantaine obligatoire », a souligné la ministre Qualtrough dans un communiqué de presse.

« Les mesures annoncées [lundi] feront en sorte que les prestations canadiennes de la relance économique aideront les travailleurs qui en ont le plus besoin, et non ceux qui contreviennent aux directives de santé publique sur les voyages à l’étranger », a pour sa part affirmé la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier.

Le gouvernement Trudeau continue de presser les Canadiens d’éviter tout voyage non essentiel et de suivre les lignes directrices de la Santé publique et celles liées aux voyages internationaux.

Pour dissuader tout voyage non essentiel à l’étranger, le gouvernement Trudeau exige depuis le 7 janvier que tous les voyageurs âgés de 5 ans et plus présentent un résultat négatif à un test de dépistage de COVID-19 avant d’embarquer dans un avion pour rentrer au Canada.

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