Société

Une artiste se penche sur les abus en procréation assistée

L’artiste montréalaise Heidi Barkun poursuit son exploration de l’expérience de la procréation assistée avec Mère à tout prix, projet de recherche-création sur l’abus et les violences obstétricales.

Juste avant que la pandémie frappe, Heidi Barkun présentait à la galerie de l’UQAM LET’S GET YOU PREGNANT !, une exposition résultant de sa maîtrise-création dans laquelle elle explorait les échecs de la fécondation in vitro et la pression sociale associée à la maternité. On y retrouvait le récit et les artéfacts de 28 femmes, dont l’artiste elle-même, qui ne sont pas devenues mères au terme du processus.

À la suite de ce projet, Heidi Barkun a répondu à l’appel de la Chaire McConnell-Université de Montréal en recherche-création sur la réappropriation de la maternité, laquelle s’intéresse aux violences obstétricales dans le contexte plus général des violences faites aux femmes. En devenant l’une des trois artistes en résidence de la Chaire, elle aura l’occasion de se pencher sur ce type de violence, vécue dans un contexte de procréation assistée.

Des histoires d’abus, il y en avait, dit-elle, dans les témoignages qu’elle a recueillis pour LET’S GET YOU PREGNANT !

« Les femmes ont témoigné d’examens à froid, d’un manque de sensibilité [de la part du personnel médical], de commentaires déplacés et même de ce qu’on pourrait qualifier de situation financière abusive, la pression de prendre des extras ou des interventions qui sont plus ou moins connues et qui coûtent beaucoup d’argent. »

— Heidi Barkun

Mais comment définir l’abus et le reconnaître ? Ce n’est que depuis quelques années que le voile s’est levé sur les violences obstétricales et, dans un contexte de procréation assistée, c’est une réalité encore moins étudiée, précise Heidi Barkun, qui est également lauréate de la bourse Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain.

« Il n’y a aucune étude primaire qui a été faite sur le sujet et aucune définition formelle de l’abus en procréation assistée. Aussi, il n’existe aucune donnée sur la fréquence des abus [dans ce contexte]. »

En 2019, deux chercheurs britanniques ont publié, dans le Journal de gynécologie obstétrique et biologie de la reproduction, une revue systématique sur l’abus dans le cadre de la procréation médicalement assistée. Ils en ont dégagé trois catégories d’abus (physiques, psychologiques et financiers) sur lesquelles Heidi Barkun s’appuie dans sa démarche.

Elle précise n’être ni éthicienne ni sociologue, mais espère, par son projet, amorcer une conversation et libérer la parole. Pour ce faire, elle est à la recherche de femmes et de personnes non binaires, fluides dans le genre ou bispirituelles qui croient avoir vécu de l’abus physique, psychologique ou financier durant leurs traitements de procréation assistée au Québec.

À celles qui doutent, elle répond ceci : « Le doute fait partie de l’expérience d’abus, et j’espère que les personnes qui doutent ne se privent pas de l’occasion de participer au projet. On trouvera les mots et les définitions ensemble. »

Heidi Barkun souhaite aussi recruter des travailleurs du système de santé qui connaissent bien la procréation assistée. Le moment est venu, croit-elle, de tenir ces conversations et d’aller au-delà de la question du remboursement par le gouvernement des cycles de fécondation in vitro (FIV) pour les couples infertiles. Rappelons qu’en mars dernier, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi rétablissant la couverture publique pour un cycle de FIV. Ce programme devrait entrer en vigueur d’ici l’automne 2021.

« C’est le temps de parler du vécu des personnes qui utilisent la procréation assistée, de parler de ce qui peut arriver dans le système et de la façon dont on peut le changer en mieux. »

— Heidi Barkun

Les résultats de ce projet de recherche seront présentés à divers moments au Centre d’exposition de l’Université de Montréal (CEUM).

La première exposition se tiendra en ligne en septembre prochain. D’autres sont prévues en 2022, 2023 et 2024, alors qu’aura lieu l’exposition finale réunissant les trois artistes en résidence.

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