Rénovation

La pandémie a changé leurs plans… pour le mieux

Pendant le confinement, au printemps, plusieurs ont visionné en rafale des séries et des films. Ève Joly, Vincent Jalbert-Murray et leur famille respective se sont plutôt relevé les manches et ont entrepris la rénovation d’une maison des années 1950, à Dorval. Résultat : le jeune couple a emménagé à la mi-septembre dans la demeure, encore surpris de la tournure des évènements.

Les deux amoureux de 25 et 27 ans ne prévoyaient pas acquérir la propriété achetée par les parents d’Ève, en décembre 2019, quelques mois avant le début de la pandémie. Ces derniers habitent en face de la maison de deux niveaux, qui a abrité pendant 50 ans un de leurs voisins, mort en 2018, à l’âge de 92 ans. L’habitation était cachée par des arbres, qui n’avaient pas été taillés depuis belle lurette. Lorsqu’elle a été mise en vente, Chantal Blouin et Richard Joly, parents d’Ève Joly, sont passés à l’action.

« On voulait faire un flip », explique M. Joly, en précisant que sa conjointe et lui ont passablement d’expérience, ayant fait construire leur propre demeure, en 2011, et trois chalets.

« On voulait démolir la maison et bâtir à neuf, précise-t-il. Plusieurs font cela dans le quartier. Ève et Vincent se sont joints à nous. Ils désiraient participer et apprendre. Ils ont tous les deux investi une somme d’argent, dans le but de partager les profits avec nous. »

Chacun avait un rôle dans la recherche d’architectes, de prix et d’ouvriers. Une semaine avant de signer pour démolir la maison et faire faire des plans, la COVID-19 a tout freiné.

« Cela devenait risqué, souligne Richard Joly. En calculant l’achat du terrain et des matériaux, en plus du coût de la main-d’œuvre, une maison neuve aurait coûté 950 000 $. On pensait la vendre 1,2 ou 1,3 million. Mais on était tout d’un coup dans l’inconnu. Peut-être que la propriété prendrait du temps à se vendre. On s’est dit qu’il valait mieux la rénover. »

Opération démolition

Il se rappelle le fameux samedi soir où, tanné de regarder Netflix, il a pris une masse et a traversé la rue pour défoncer un mur de la cuisine. « On savait qu’on allait le démolir », dit-il.

À partir de ce moment-là, tout a déboulé. Les parents de Vincent, Marie Jalbert et Kelly Murray, heureux de meubler leur temps libre et de donner un coup de main, ont rapidement rejoint le quatuor initial pour poursuivre la démolition.

« On a travaillé pendant quatre ou cinq fins de semaine et on a empli six conteneurs, précise Chantal Blouin, mère d’Ève Joly. On a tout vidé. Il n’y avait pas d’isolation. On a trouvé des vieux journaux datant de 1957 dans les murs. »

Réduite à un squelette, la maison a été isolée. Le grenier a été décontaminé. Dans le sous-sol, les investisseurs ont pris soin d’installer la lisse ventilée Teksill, sous les 2 X 4, afin de protéger les murs, en cas d’infiltration d’eau. « On a aussi mis un plancher en vinyle qui s’enlève pour sécher et se réinstalle, précise Richard Joly, père d’Ève Joly. Le sous-sol est à l’épreuve de l’eau. Cela nous a permis d’éviter d’installer un drain français, qui aurait coûté des milliers de dollars. »

L’équipe a tenu les cordons de la bourse serrés. Pour économiser, tous les six se retrouvaient sur le chantier les fins de semaine afin de préparer le terrain pour les ouvriers et effectuer ce qu’ils étaient en mesure de faire.

« On a économisé du temps et de l’argent », indique Vincent, particulièrement fier des travaux de terrassement qu’ils ont effectués à la sueur de leur front.

« On a loué une pépine, on a fait venir 28 verges de terre, on a tout nivelé, on a mis de la tourbe à l’avant et on a ensemencé à l’arrière. C’était une jungle dans la cour. »

— Vincent Jalbert-Murray

Parfaite pour eux, sans le savoir

Dès le début, Ève était consciente du risque de tomber amoureuse de la demeure, qu’elle aménageait et décorait avec soin. Mais elle pensait qu’il était trop tôt pour acheter une maison.

« Nos amis et les voisins nous voyaient mettre tellement de temps dans ce projet, ils nous demandaient quand nous allions déménager, souligne-t-elle. Mais nous n’avions pas cela en tête. »

Sauf que... Ève était à l’étroit dans son condo de 650 pi2 au centre-ville de Montréal, où son îlot de cuisine faisait office de bureau. Vincent, transféré à Laval, avait emménagé avec elle en janvier. Ils ont observé plus attentivement le marché immobilier.

« On s’est mis à regarder des maisons dans l’ouest de l’île, où nous avons tous les deux grandi, souligne la jeune femme, qui travaille à distance jusqu’à nouvel ordre. J’ai visité des maisons avec une courtière immobilière et j’ai réalisé que tout ce que nous avions les moyens d’acheter, c’était une maison des années 1950, 1960 ou 1970 nécessitant beaucoup de travaux, comme celle que nous étions en train de rénover. Or, celle-ci est pratiquement neuve, dans un coin qu’on aime, en face de mes parents et proche des parents de Vincent, qui habitent à Pierrefonds. »

Le fait que la maison ait été rénovée dans le but de la revendre a joué en faveur du couple. « On était très conscients du prix quand on choisissait les matériaux et les ouvriers, précise Ève. On a fait faire plusieurs soumissions, et il y a eu beaucoup de magasinage en ligne. On a fait certains compromis pour réaliser un profit. Heureusement. C’est ce qui nous a permis d’acheter la maison. »

Leur plus grand succès ? La cuisine, qui est méconnaissable. « Chantal et Richard ont l’œil pour optimiser l’espace et voir à ce que ce soit fonctionnel », indique Vincent. Ève et lui sont aussi heureux d’avoir suivi le conseil de la courtière immobilière, qui a recommandé d’aménager deux salles de bains adjacentes à l’étage, plutôt qu’une seule très spacieuse avec une laveuse et une sécheuse, en vue de la revente.

Les astres étaient alignés, fait remarquer Richard Joly. Tout s’est déroulé rapidement, sans embûche. Comme si la maison était destinée à ses nouveaux propriétaires.

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