Chronique réconfortante

Vous avez été nombreux à m’écrire ces derniers jours pour me dire que vous aviez besoin de réconfort, d’espoir et d’inspiration. Je vous ai pris au mot. Alors que le confinement est prolongé, qu’un couvre-feu est instauré et que janvier arrive avec ses gros sabots, voici des témoignages de lecteurs et de lectrices qui devraient vous procurer un peu de chaleur. La question que j’ai soumise est toute simple : que faites-vous pour passer à travers cette épreuve ? Vous allez voir, les recettes ne sont pas compliquées. Mais elles semblent porter leurs fruits. Vous allez voir que la pandémie a permis à beaucoup de gens de se découvrir un talent ou d’explorer une zone qui leur était inconnue jusqu’ici.

« Honnêtement, je me considère comme très privilégiée de ne pas avoir perdu mon emploi, d’être en santé et d’avoir un mari qui est mon meilleur ami depuis 20 ans. Je dois l’avouer, l’année 2020 a été belle, malgré tout. Je tente toujours de trouver le côté positif des choses, mais avec tout ce que l’on entend aux nouvelles, j’éprouve un certain malaise à vous [en faire part]. […] Le printemps dernier, j’ai passé des heures à nettoyer le sous-bois, j’ai fait mon sirop d’érable, mon pain… Disons que les talons hauts prennent de la poussière, les rouges à lèvres sont inutiles et la casquette a remplacé la mise en plis le temps d’une pandémie. »

— Marie-Pier Mailhot, Boucherville

« J’ai eu 25 ans en pleine pandémie mondiale ! Trois mois à être entièrement encabanée, six mois à ne pas travailler et les quatre autres à intervenir en milieu scolaire auprès de jeunes enfants qui ne connaissent pas mon sourire. Et là, je ne compte plus les mois sans voir mes amies. En mars, je vous aurais parlé de ma peur de la solitude, de l’ennui et de l’éloignement. Aujourd’hui, je peux vous dire que finalement, 2020 a été l’année la plus fructueuse pour moi et que grâce à elle, j’aurai trouvé une recette pour colorer ma vie en rose pour des décennies à venir. La méditation, l’activité physique (le plus possible à l’extérieur), un sommeil de qualité et la diminution de ma consommation d’alcool sont devenus les acteurs de mon positivisme au quotidien. Évidemment, j’ai aussi des journées grises comme tout le monde. Mon truc : m’écouter, ralentir, accepter ces journées et les honorer. »

— Jade Boudreault, Laval

« Je suis retraité depuis 2010. Le bénévolat m’occupe beaucoup, notamment pour la maison Victor-Gadbois à Saint-Mathieu-de-Belœil. Avec un groupe, nous avons planté et entretenu les jardins autour de cette maison de soins palliatifs. Depuis le printemps dernier, je marche dans les pistes cyclables avec les voisins. Cela a donné lieu à un cercle de rencontres. Après 52 ans de mariage, ma femme Claire et moi sommes toujours heureux. On a deux fils qui nous alimentent de photos des petits-enfants et de leur quotidien. C’est bon pour le moral. »

— Yvan Sauvageau, Chambly

« Quand j’ai pris ma retraite du droit, il y a deux ans, j’avais quelques petits projets, dont celui de devenir nanobrasseur. Je dis bien nanobrasseur, pas nonobrasseur. Je me suis donc équipé. Je me suis aussi mis à la lecture, et six mois plus tard, j’étais opérationnel. J’étais donc bien préparé à vivre en confiné quand, en mars dernier, le malheur de devoir se retirer en soi-même nous est tombé dessus. Nous sommes en quelque sorte devenus des moines malgré nous. Aussi bien, donc, faire comme ces moines d’Europe qui se sont dévoués depuis des centaines d’années à la cause de la bière. Vendredi, j’en étais à ma douzième brassée depuis le 14 mars 2020. Il s’agira d’une flamande rousse. Juste y penser me fait du bien. »

— Jean Lavigne, Montréal

« Le début de la pandémie m’a fait sentir bien vite dans quelle catégorie d’âge j’étais (j’ai 75 ans). Étant de nature optimiste, je me suis adaptée rapidement. J’ai vite organisé mes journées, même si je sentais de la déprime autour de moi. Dans mon petit atelier, mon aquarelle, mes encres et moi étions en rendez-vous constants. Ces heures passent si vite avec une belle musique en toile de fond. L’art est un grand baume, il me fait un bien immense, car j’ai comme l’impression de mettre un peu de beauté sur ce que nous vivons. J’ai aussi une grande passion pour la lecture. J’ai un panier à côté de mon fauteuil rempli de livres à lire et classés par ordre d’envie. Présentement, je lis La traversée des écrivains, reçu en cadeau d’un Gaspésien très cher ! »

— Marthe Thiboutot, Québec

« Mon activité libératrice, avant la pandémie, était d’aller au théâtre et d’amener avec moi des centaines de personnes en organisant des groupes. Avec la pandémie et la fermeture des théâtres, nous avons été confinés, mon conjoint, mes deux enfants (10 et 13 ans) et moi-même, à la maison. Nous conjuguons télétravail et école à la maison. Pour moi, ce qui demeure libérateur est d’aller marcher au bord de la rivière des Mille Îles. Saison après saison, cette rivière, combinée avec le soleil, est magnifique et énergisante. Ça peut paraître banal, mais les bienfaits de la marche extérieure ont été une révélation pour moi. Cette rivière est devenue un lieu de recueillement et de ressourcement pour naviguer à travers ces journées plus que chargées. »

— Lucie Leblanc, Terrebonne

« Ce qui me fait du bien ? Ouvrir la porte et sortir dehors. Ce n’est pas très original, mais personne ne peut m’enlever cette liberté. Je vais parfois marcher au bord du fleuve, parfois dans le bois et jamais sans mon appareil photo. Ça me rend attentive à la lumière, aux paysages et aux sons des oiseaux qui m’entourent. Je prends des photos et lorsque je reviens avec un pic flamboyant en image ou une petite mésange, ça fait ma journée. Mon autre activité ? Cuisiner pour les autres ! J’avais déjà lu quelque part que s’oublier en pensant aux autres était salutaire. Eh bien, je confirme. Demeurons solidaires, demeurons bienveillants et ayons confiance ! »

— Chantal Côté, Québec

« Lors du deuxième confinement cet automne, j’ai eu peur de perdre contact avec les êtres humains. Je constatais que certains de mes amis se contentaient de leurs “vêtements mous” et de leurs rencontres Zoom. Ça m’a affolée ! Dans des cours de yoga à distance, j’enseignais la force du groupe et celle de respirer ensemble. Le confinement m’amenait à faire le contraire. J’ai donc lancé l’initiative #marcheavecmoi ! Il s’agit d’inviter une personne à venir marcher avec moi et de nous abreuver ensemble du lever du soleil. Je marche tous les jours depuis plusieurs semaines avec une personne différente de mon entourage ou inconnue. Je partage avec elle ce moment au cours duquel tout peut se dire, tout peut s’exprimer. Égoïstement, je dois dire que la présence de ces êtres humains à mes côtés me fait beaucoup de bien. Leurs histoires me nourrissent. Le lever du soleil me donne une énergie incroyable et me montre que chaque jour est une journée neuve. »

— Stéphanie Kitembo, Montréal

« Normalement, en décembre, mon conjoint et moi avons les deux pieds dans le sable à St. Augustine, en Floride. Cette année, nous avons les deux pieds dans la neige… On se prépare maintenant à faire du sirop d’érable. À la suite de notre retour précipité de mars dernier, nous avons tenté l’expérience. Nous avons eu du fun et je n’ai jamais vu mon chum passer autant de temps dans le bois. Alors, cette année, on récidive. Il a fendu du bois, marqué des arbres pour des chemins à prendre. Nous avons acheté des pots Mason (qui sont devenus une denrée rare). Surtout, nous avons eu du plaisir tout en prenant l’air. Depuis ce temps, nous déjeunons tous les matins dans la cabane, réchauffée par le poêle à bois. Ce confinement nous a finalement permis de rester en santé. Et aussi de nous sucrer le bec [d’ici] la prochaine récolte. »

— Aurora Beaulieu, Sainte-Angèle-de-Prémont

« Nous sommes un couple qui, avant cette pandémie, était très actif et nous voyagions beaucoup. Tous les hivers, nous allions en Asie pour une durée de quatre à cinq mois, alors qu’en été, nous faisions un voyage de trois semaines en Europe. L’été dernier, nous sommes restés très actifs. Dans mon cas, cinq jours de golf par semaine, alors que mon épouse se consacre au jardinage et à la marche. En ce moment, je fais de l’exercice préski puisque j’ai l’intention de skier. Aussitôt que les conditions le permettront, nous ferons de la raquette et du patin.

« P.-S. Puisque je suis incapable de planter un clou droit, mon épouse m’interdit de faire des travaux de rénovation… Elle a raison. »

— Jacques Guénette, Shefford

« Mon époux et moi avons deux enfants dont l’un demeure avec femme et enfants aux États-Unis et l’autre à Melbourne, en Australie. Alors ceux qui disent “je voyage, car je m’ennuie”… Ça fait combien de temps, croyez-vous, que je n’ai pas serré mes enfants et mes petits-enfants dans mes bras ? Je fais partie d’un groupe de femmes qui s’appelle Club du Midi. Récemment, nous devions écrire quelque chose pour la journée de l’amitié. Cela m’a inspiré un texte où je dis, entre autres, que 2020 a été une année faite de vulnérabilité, d’inquiétudes, de manquements et de solitude, mais aussi de sollicitude. Bref de [prise de conscience] de notre humanité. »

— Sylvie Deschênes, Ottawa

« Vivant seule, ce qui me motive, c’est la nature et la connexion privilégiée avec mon fils, dont je suis très proche, non pas géographiquement, puisqu’il vit à Toronto et moi à Ottawa, mais émotivement. Ce qui m’aide à vivre, c’est de voir la Beauté et l’Abondance sous toutes ses formes, partout où on veut bien la voir. C’est aussi de faire le choix, chaque jour, d’être heureuse avec ce que j’ai et de l’apprécier. Être dans la reconnaissance et la gratitude m’aide à rester vivante, vibrante, confiante et calme. Je viens de démarrer un groupe sur Facebook : La Bienveillance. J’essaie de trouver des façons de rester positive, de faire le tri et de maintenir l’équilibre dans ce que je lis ou regarde comme information. Bref, je me sens privilégiée malgré les contraintes de la COVID-19. Quand j’ai des moments de tristesse ou de solitude, j’essaie de ne pas l’oublier et cela m’aide à relativiser. »

— Johanne Bussières, Ottawa

« J’ai 76 ans et mon mari 84 ans. Nous sommes en santé ! Merci, la vie. Durant cette pandémie, nous aimons être serviables. Réaliser [qu’on est] capable de créer et [qu’on a] du talent pour certaines choses est extraordinaire. J’ai découvert que j’étais capable de faire du pain, de peindre sur des coussins décoratifs. Mon mari a conçu une table pour notre nouvelle télé. C’est dur de ne pas pouvoir faire des câlins à nos enfants et nos petits-enfants. À l’anniversaire de mon mari, nous étions seuls. Mais pourquoi se plaindre ? Nous savons que […] la victoire est proche et que nous aurons le bonheur de la savourer. »

— Claudette et Gérald, Laval

« Un seul remède : remplir le quotidien de gestes qui nous apportent du plaisir. Jouer du piano (j’ai appris cela à 50 ans), entreprendre un tricot si considérable que lorsqu’il sera terminé, on sera tous vaccinés, m’efforcer d’aller dehors tous les jours sur les conseils de mes filles qui s’inquiètent de mon moral. Enfin, maintenir cette habitude de lire tous les soirs par FaceTime une histoire à mes petites-filles. La plus grande montre maintenant avec fierté ses capacités de lecture. La plus petite réclame souvent plusieurs jours de suite la même histoire. J’ai fait la découverte d’Élise Gravel. On termine cela par des bisous soufflés, des cœurs et des souhaits de bonne nuit. C’est le moment bonbon de la journée. »

— Monique Levasseur, Montréal

« J’ai 73 ans. Je suis veuve, fille unique et sans enfants. J’habite seule dans ma maison en face d’un parc. J’ai aussi la chance d’avoir une bonne santé. Depuis le début de la pandémie, je respecte les consignes de confinement. J’avais une vie sociale bien remplie, avec un bon réseau amical. Maintenant, j’occupe mon temps avec la lecture, le piano, l’étude de l’espagnol, les mots croisés et les promenades au parc. Je garde contact avec mes amis par internet et FaceTime. Finalement, le temps passe vite. »

— Carole Fradette, Westmount

P.-S. Désolé pour les lettres que je n’ai pu reproduire dans cette chronique. J’ai dû faire des choix déchirants.

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