Main-d’œuvre chez Dollarama

Les actionnaires contre un rapport sur les agences de placement

Alors que Dollarama annonçait mercredi une hausse de ses ventes de 13 % pour le premier trimestre de son exercice financier, les actionnaires de l’entreprise ont rejeté dans une proportion de 79 %, lors de l’assemblée annuelle, une résolution enjoignant à la société d’« établir un rapport décrivant la façon dont elle évalue et atténue les risques liés aux droits de la personne découlant de son recours à des agences de placement tierces pour combler ses besoins en main-d’œuvre ».

Déjà au printemps, l’enseigne spécialisée dans les articles à 1 $ ou plus faisait l’objet de vives critiques de la part d’organismes de défense comme le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTI). On reprochait à l’entreprise d’embaucher ses employés, destinés à travailler au centre de distribution et dans les entrepôts, en passant par des agences de placement qui se livrent une concurrence. Et lorsqu’un travailleur veut porter plainte en ce qui a trait à ses conditions de travail, Dollarama et l’agence se déresponsabilisent et se renvoient la balle, avait alors expliqué Jessie Stein, organisatrice communautaire du CTI. Sans pouvoir donner de chiffres, elle rappelle que beaucoup de ces travailleurs sont des immigrés au statut précaire, rendant le processus de plainte encore plus problématique.

Voilà que le sujet a refait surface lors de la présentation des résultats de l’entreprise qui exploite 1368 magasins à travers le pays. C’est qu’un syndicat de la Colombie-Britannique, la British Columbia Government and Service Employees’ Union (BCGEU) – qui investit dans Dollarama –, a présenté une motion demandant à l’entreprise de faire preuve de plus de transparence en ce qui a trait au recours aux agences afin de s’assurer que les droits des travailleurs soient respectés.

« Que les actionnaires demandent à Dollarama d’établir un rapport décrivant la façon dont elle évalue et atténue les risques liés aux droits de la personne découlant de son recours à des agences de placement tierces pour combler ses besoins en main-d’œuvre à ses entrepôts et à son centre de distribution », stipulait la résolution présentée par Emma Pullman, chargée du suivi des entreprises dans lesquelles le BCGEU investit.

Celle-ci a été rejetée dans une proportion de 79 %. Un résultat qui encourage néanmoins le syndicat et le CTI.

« Quand 21 % des détenteurs d’actions, qui représentent des milliards de dollars dans l’entreprise, envoient le message qu’ils ont des préoccupations par rapport à ce dossier, ça envoie un message fort à l’entreprise pour qu’elle agisse. »

– Emma Pullman, chargée du suivi des entreprises

« Ce n’est pas quelque chose qu’on peut complètement nier quand 21 % des actionnaires [se prononcent pour son adoption], ajoute Jessie Stein. Pour nous, ça ne veut pas dire que c’est la fin de la lutte. On trouve ça quand même encourageant. On est contents d’avoir du soutien de plusieurs actionnaires. Et on espère que dans le futur, on en aura encore plus. »

Dollarama persiste et signe

De son côté, Dollarama, dont le conseil d’administration avait invité ses actionnaires à voter contre la résolution, continue de défendre sa décision de recourir à des agences de placement. « La Société s’appuie sur l’expertise d’un nombre limité d’agences de placement tierces vérifiées et réputées situées au Québec pour embaucher et former des travailleurs afin de répondre aux besoins continus en personnel de son centre de distribution et de ses entrepôts dans la région de Montréal », lit-on dans la circulaire de sollicitation, destinée aux actionnaires.

« Dollarama s’engage à fournir un environnement de travail sécuritaire et efficace à tous les travailleurs, qu’il s’agisse d’employés ou de travailleurs des agences de placement, en appliquant des routines de fonctionnement cohérentes et en tenant compte de la santé et de la sécurité dans chaque activité », indique-t-on.

Dollarama ne compte qu’un seul centre de distribution. Situé à Mont-Royal, il sert les 1368 magasins de l’entreprise partout au Canada. De 1150 à 1450 personnes travaillent au centre de distribution et dans les six entrepôts.

Hausse des ventes

Par ailleurs, les ventes ont augmenté de 13 % pour s’établir à 954,2 millions de dollars pour le premier trimestre clos le 2 mai 2021, par rapport à la même période lors de l’exercice précédent. Les ventes de magasins comparables ont enregistré une hausse de 5,8 %.

La société explique cette augmentation des ventes par l’ouverture de nouveaux magasins, dont le nombre est passé de 1301 au 3 mai 2020 à 1368 au 2 mai 2021, ainsi que par la hausse des ventes d’articles saisonniers, notamment les articles liés à Pâques. Dans ses fourchettes prévisionnelles pour l’exercice 2022, la société prévoit ouvrir entre 60 et 70 nouveaux magasins.

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