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Projet familial électrisant

À Mascouche, une équipe veut prouver que les maisons écologiques ultra-performantes et que les autos électriques, ensemble, permettent de réaliser des économies substantielles tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

Séduite à l’idée de produire sa propre énergie, une famille déjà propriétaire d’une voiture électrique aidera à en faire la démonstration. L’habitation jumelée Net Zéro qu’elle a acquise coûte moins de 400 000 $. Elle a été conçue et construite pour déboulonner un mythe tenace : celui voulant que les maisons écologiques coûtent nécessairement très cher.

José Legris, sa conjointe, Aurora Pinzon, et les deux fils de cette dernière, Jhonatan et Jhosua, sont conscients qu’ils devront faire attention à leur consommation d’énergie et changer certaines habitudes. Jhonatan, qui a 26 ans, devra prendre des douches moins longtemps. Jhosua, qui a 17 ans, devra s’habituer à éteindre les lumières lorsqu’il quitte une pièce.

« C’est une décision que nous avons prise ensemble et qui nous emballe, indique José Legris. On a commencé par une voiture électrique et je ne reviendrai jamais en arrière. Il y a eu un apprentissage et on transpose maintenant cela à la maison. On sera capable de s’adapter. »

La famille habite à Terrebonne et emménagera dans sa nouvelle maison le printemps prochain. C’est Jhonatan qui a convaincu son beau-père d’acheter une voiture électrique, puisque celui-ci travaille à Sorel-Tracy et parcourt 1000 km par semaine. « Tout changement fait peur, mais cette expérience me donne confiance dans la technologie solaire, précise M. Legris. La maison en soi est innovante. La récupération de la chaleur de l’eau et la bonne isolation sont deux des éléments qui feront qu’à la fin, on obtiendra de grands résultats. »

La maison, se réjouit-il, vise une certification LEED Platine. Le fait qu’elle soit accueillante et très éclairée lui plaît aussi beaucoup. Aurora Pinzon a quant à elle eu un coup de cœur – entre autres – pour le dosseret dans la cuisine et la lumière qui entre à travers les fenêtres à triple vitrage au rez-de-chaussée.

« La maison est en avance au chapitre des technologies utilisées et des normes, précise M. Legris. Mais ce qu’on recherchait avant tout, c’était le confort. Nous avons fait l’achat en famille, en regardant les pour et les contre. Nous pensons que c’est un bon investissement. »

Mode de vie branché

La maison Net Zéro des Pinzon-Legris fait partie du projet Mode de vie branché, mis au point par Écohabitation (financé par Ressources Naturelles Canada), en partenariat avec Owens Corning, l’un des leaders en matière d’isolation des bâtiments, et le constructeur et promoteur Groupe Trémä.

Emmanuel Cosgrove, directeur général d’Écohabitation et évaluateur sénior LEED Canada pour les habitations, est conscient qu’il va en choquer plusieurs en mettant de l’avant un projet de maisons unifamiliales écologiques en banlieue. Mais, constate-t-il, la crise climatique ne disparaît pas ni l’attrait pour la banlieue, qu’a confirmé un sondage Léger effectué pour l’organisme à but non lucratif.

« Plus de 60 % des Québécois ont grandi en banlieue et veulent y retourner pour élever leur famille. Ce mode de vie, où chacun a sa piscine et deux voitures devant la porte, est culturellement enraciné. On ne peut pas convertir les gens à 100 %, mais on peut rendre beaucoup moins grave l’émission de gaz à effet de serre. La solution passe par l’électrification des transports et la réduction de la consommation énergétique des maisons. »

— Emmanuel Cosgrove, directeur général d’Écohabitation

D’énormes efforts ont été déployés par tous les participants pour optimiser la première maison Net Zéro et celle attenante, prête pour le Net Zéro, construites dans le quartier Jardins du Coteau, à Mascouche. Owens Corning a porté une attention particulière à l’isolation et à l’étanchéité à l’air des fondations, des murs hors sol et du toit. L’habitation jumelée de 1615 pi2 Net Zéro compte 22 panneaux solaires, installés sur le toit par Écosolaris. Un système sans batterie fournit l’électricité utilisée dans la maison. Dans le cadre du programme mesurage net, tout surplus est envoyé vers Hydro-Québec, qui accorde en retour un crédit à la consommation. Une maison Net Zéro consomme autant d’énergie (pour l’électricité et le chauffage) qu’elle en produit au cours d’une année.

« On a choisi des installations performantes, comme un chauffe-eau intelligent, pour que les occupants ne se rendent pas compte que leur maison est alimentée par leur toit, indique Emmanuel Cosgrove. On voulait que la maison soit offerte à un prix accessible et qu’elle ressemble aux autres dans la rue, à quelques détails près. Elle n’a pas l’air d’un vaisseau spatial. »

Option offerte à tous

Selon Écohabitation, chaque maison écologique combinée avec une voiture électrique émet 12 fois moins de gaz à effet de serre que la combinaison habituelle. Groupe Trémä s’était engagé à bâtir 35 habitations prêtes pour le Net Zéro dans le cadre du projet Mode de vie branché. Or, l’entreprise a décidé de pousser plus loin son engagement.

Ne construisant que des habitations certifiées Novoclimat, ses coprésidents, Jean-Sébastien Tremblay et Philippe Marsan, offrent dorénavant l’option d’acheter une maison Net Zéro ou prête pour le Net Zéro (il ne restera qu’à ajouter les panneaux solaires, si désirés), que ce soit à Mascouche ou ailleurs.

« De 25 à 30 % de la clientèle est rendue là, estime Jean-Sébastien Tremblay. Les gens veulent consommer moins d’énergie. Ils savent aussi qu’une maison prête pour le Net Zéro est construite selon les normes qui seront en vigueur en 2030. Leur habitation ne sera pas désuète quand ils vont la vendre. La technologie et la performance sont 10 ans en avance. »

Dans le cadre du programme Mode de vie branché, les coûts réels d’achat et d’utilisation d’une maison standard et d’une maison écologique certifiée Novoclimat sont comparés, tout comme ceux de voitures à moteur et électriques. En tenant compte des subventions, de l’aide financière et des rabais accordés par divers programmes et organismes, les économies combinées sautent aux yeux. Une maison jumelée Novoclimat (consommant jusqu’à 25 % moins d’énergie que des habitations conventionnelles) coûte entre 304 900 $ et 349 900 $. Il faut débourser de 20 000 $ à 23 000 $ de plus pour que la maison soit prête pour le Net Zéro. Pour que la maison soit Net Zéro, il ne reste qu’à ajouter un système d’alimentation électrique photovoltaïque, qui coûte 20 900 $.

Montrer la voie

Les propriétaires qui produisent de l’électricité en demeurant reliés au réseau d’Hydro-Québec s’avèrent encore peu nombreux. Ils sont 720, en date du 3 novembre, à avoir opté pour le programme Mesurage net, révèle Cendrix Bouchard, porte-parole de la société d’État. C’est six de plus qu’au 31 décembre 2019 (714 participants). Il y en avait 699 à la fin de 2018. De mars à octobre, ceux-ci produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment, alors ils renvoient le surplus vers le réseau hydroélectrique. En retour, ils peuvent compter sur un crédit de novembre à la fin de février, lorsqu’ils produisent moins d’énergie.

« On constate une adoption moins rapide de la technologie solaire, comparativement à ce qui se passe dans d’autres [États]. Il faut dire que les tarifs résidentiels sont les plus bas en Amérique du Nord. L’intérêt financier n’est pas le même qu’ailleurs. »

— Cendrix Bouchard, porte-parole d’Hydro-Québec

Dans le cadre de la Stratégie canadienne pour les bâtiments, mise à jour en août 2018, les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux ont convenu d’élaborer et d’adopter des codes de construction modèles de plus en plus rigoureux afin que tous adoptent un code de construction modèle à consommation énergétique zéro d’ici 2030. Signé à la fin d’octobre, l’accord pancanadien de conciliation sur les codes de construction, qui tend à uniformiser les normes de construction partout au pays à compter de 2025, s’inscrit dans cette démarche.

« Cette entente est tout un élan qui va motiver les autorités à modifier les codes plus rapidement pour qu’on aille vers le Net Zéro », se réjouit François Bernier, vice-président principal aux Affaires publiques de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ).

« En attendant, les projets comme celui de Groupe Trémä demeurent volontaires et montrent l’exemple », poursuit-il.

Les coprésidents de l’entreprise, Jean-Sébastien Tremblay et Philippe Marsan, tous deux très actifs au sein de l’association régionale Montréal Métropolitain de l’APCHQ, « se donnent le trouble d’apprendre et partagent généreusement leurs connaissances, précise M. Bernier. On ne peut qu’être fiers ».

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