Beauté 

Donner une pause à sa peau

L’occasion est là, indéniablement : si on profitait de ce confinement forcé pour donner une pause à sa peau, la laisser respirer et la traiter avec des soins naturels qui font du bien ?

Rose Gwet, fondatrice de Luxcey Beauty, une entreprise montréalaise qui propose des soins de la peau inspirés des rituels de beauté de son pays d’origine, le Cameroun, a vu son entreprise changer « complètement en 48 heures ».

Heureusement, celle qui a vécu des quarantaines durant les épidémies de choléra au Cameroun a vu les choses venir et s’est préparée en conséquence. « En Afrique et en Asie, les quarantaines, c’est plus courant. J’ai vu mes parents, mon père souffrir de cela. Il y a sept semaines, j’ai fait un plan d’action, avec plusieurs scénarios possibles. On est rendus à l’avant-dernier des pires scénarios… »

Pas le choix, pour survivre à cette crise, les entreprises du domaine de la beauté et du bien-être doivent miser sur le numérique et le virtuel. Luxcey avait déjà une très forte présence sur Instagram, où Rose a l’habitude de publier des « stories » où elle partage différents rituels à faire à la maison, du massage facial à l’huile et au gua sha (un outil de massage utilisé en médecine chinoise traditionnelle), en passant par un massage glacé avec des glaçons.

Pour elle, les produits, c’est bien, mais ce n’est pas tout. « Les vraies transformations de peau que je vois, c’est sur les gens qui se massent, utilisent le gua sha. Il faut que tu t’occupes de ta peau avec tes deux mains ! »

En faire moins

Rose Gwet a lancé la semaine dernière le #défipeaunue sur ses réseaux, afin d’inciter les femmes à « utiliser le moins de produits possible et laisser la peau au repos afin de voir comment elle se transforme ». Une centaine de personnes relèvent actuellement le défi.

« Ça me permet de parler d’un sujet qui me tient à cœur : le maquillage, ajoute-t-elle. Moi, je ne me maquille pas. On met tellement de produits irritants sur notre peau. Pour une fois, on peut peser sur le bouton Pause. »

« J’espère qu’à l’issue de cette quarantaine, les femmes vont arrêter de se couvrir la peau. Il n’y a jamais eu autant de produits sur les tablettes, mais les problèmes de peau sont en recrudescence. Le produit miracle, il n’existe pas ! »

— Rose Gwet, fondatrice de Luxcey Beauty

Une très bonne idée selon Jennifer Brodeur, esthéticienne, derrière la marque JB Skin Guru, qui a lancé en février son livre La peau et ses secrets. « L’idée, c’est de donner à la peau le temps de se réparer et de prévenir pour le futur, c’est un peu comme un marathon. »

Elle suggère en ce sens une routine absolument minimaliste. « C’est vraiment le temps d’en faire le moins possible ! », lance-t-elle. Donc, seulement rincer son visage à l’eau froide le matin, un nettoyage doux et une huile le soir, sans oublier de mettre de la crème solaire lorsqu’on sort pour une promenade.

« Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que si on est stressé, qu’on ne dort pas bien, le système immunitaire est fragilisé et cela a un impact direct sur la peau. On est plus susceptible d’attraper un coup de soleil. Et ce n’est vraiment pas le temps de se faire un peeling maison ! », ajoute-t-elle.

L’autogestion de la santé : à double tranchant

Alors qu’on a du temps plus que jamais, les apôtres de l’autogestion de la santé ( self-care ) inondent les réseaux sociaux. Mais a-t-on vraiment besoin de performer aussi dans ce domaine en ces temps pour le moins houleux ?

« Je n’ai jamais aimé ce terme, avoue Jennifer Brodeur. Ça se peut qu’on ne soit pas tous heureux chez nous à se faire des masques, et on a le droit ! Le self-care, ça varie vraiment d’une personne à l’autre. »

Maryline Bouchard, de BKIND, partage la même opinion. « Pour moi, le self care, ça peut être boire du vin en écoutant Netflix avec les cheveux sales ! Cela dit, il y a moyen de partager des petites recettes maison simples, comme se faire un masque pour les cheveux avec des avocats. »

C’est aussi la direction que prend Mme Brodeur, qui proposera chaque vendredi midi sur Facebook une mini « master class » en français sur des sujets divers. La semaine passée, elle a discuté des effets du stress sur la peau. Ce vendredi, elle expliquera comment se concocter un masque à partir d’ingrédients disponibles à la maison ; au cours des prochaines semaines, elle parlera de routine printanière et de sommeil.

« Le self-care, c’est apprendre à savoir ce qui nous fait du bien. Ce n’est pas obligé d’être un masque… mais ça se peut que ce soit un masque aussi ! Et on peut prendre le temps de pause de 15 minutes du masque pour faire une méditation en lien avec ce que l’on vit en ce moment », remarque Léa Bégin, derrière le blogue Beauties et l’entreprise Beauties Lab.

Elle a transformé ces dernières semaines son entreprise pour la rendre entièrement virtuelle. Elle collabore avec ses clients – des marques québécoises de beauté verte – afin d’organiser des « live » sur Instagram autour de différents sujets comme l’utilisation du gua sha et du kasan, des outils d’automassage, les masques capillaires et leurs bienfaits, ou encore le rituel du bain, qu’on peut faire avec des produits à portée de main comme des fruits et des fleurs séchées, du lait d’avoine… Elle offre aussi à ses clientes de la consultation virtuelle.

« Dans le brouhaha de la vie, les gens n’ont pas toujours le temps. On peut profiter de cette période pour, par exemple, passer au déodorant naturel – il y a souvent une période de transition où on sent plus fort –, ou même laisser pousser ses sourcils afin de pouvoir, au terme de tout cela, aller se faire tracer une nouvelle ligne », conclut-elle.

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