Cirque

« Du cirque pour nos grands-mères »

Les artistes de cirque ont beau vivre en situation précaire, ils n’ont pas dit leur dernier mot. Un quatuor d’acrobates vient de fonder la PCU – pour la Performance circassienne d’urgence (appréciez le clin d’œil au programme d’aide fédéral). Leur projet a débuté spontanément pour distraire leurs grands-mères. Il vise maintenant aussi les jeunes et les personnes les plus démunies.

Ils sont deux couples dans la vie : Francis Gadbois et Louana Seclet, puis Jean-Philippe Cuerrier et Mélodie Lamoureux. Quatre artistes de cirque, donc, diplômés des écoles de cirque de Montréal et de Québec, mais aussi amis et voisins de la rue Rivard, sur le Plateau Mont-Royal.

Leurs spectacles respectifs avec le Cirque du Soleil et le Cirque Alfonse ayant été annulés, ils se sont retrouvés avec un peu de temps libre…

Lorsque le regroupement national des arts du cirque En Piste a lancé un appel aux artistes pour faire des performances de leur balcon lors de la Journée mondiale du cirque (le 18 avril dernier), les quatre amis ont joué le jeu et même poussé la note en faisant des petites performances improvisées dans la rue.

« Les gens du voisinage et les enfants ont vraiment apprécié, dit Francis Gadbois. Ils nous ont encouragés à en faire d’autres, ce qu’on a fait, mais à un moment donné, c’est vers les personnes qui étaient les plus isolées qu’on avait envie de jouer, en particulier nos grands-mères, qui habitaient dans des résidences pour personnes âgées. »

Petit à petit, l’idée de faire des performances dans des stationnements de résidences pour personnes âgées (RPA) ou des CHSLD a germé. La PCU est née, puis le spectacle de 35 à 40 minutes intitulé Au show chez vous.

Jeudi, le groupe a fait une performance pour la grand-mère de Francis à Châteauguay ; vendredi, c’était pour la grand-mère d’une amie dans l’est de Montréal ; dans les prochains jours, ils iront voir la grand-mère de Mélodie à Granby… 

« Les gens n’ont qu’à sortir sur leur balcon, regarder par leur fenêtre ou sortir en se tenant à distance pour nous voir, nous dit Francis Gadbois. Nous, on respecte les règles de distanciation physique, on veut juste faire sourire les gens, amener un peu de bonheur. »

« On veut aussi jouer dans des cours de CPE, de HLM et de coops. Notre but est de rejoindre les personnes âgées, les enfants et les personnes les plus démunies. »

— Francis Gadbois, acrobate

Évidemment, entre les membres de chaque couple, il y a une proximité entendue, mais pas avec « l’autre » couple. Ils font de la jonglerie, du vélo acrobatique, du hula-hoop, des équilibres, de l’antipodisme (jonglerie avec les pieds), des acrobaties au sol, enfin, un peu de tout, formé dans la polyvalence. Tout ce dont ils ont besoin, c’est d’un espace de 5 m2.

Le projet parrainé par le Monastère est prêt à être déployé sur l’île de Montréal. Seul hic, le collectif n’est pas encore autorisé à facturer des frais…

« Il y a un flou en ce moment sur notre rémunération, explique Francis Gadbois. Aujourd’hui, on présente notre répétition sur une base volontaire, à titre d’artistes indépendants, mais on espère que le projet pourra voir le jour dès que les règles nous le permettront. En attendant, on va continuer de répéter nos numéros là où on peut, dans la rue, dans des cours intérieures, comme des pop up, mais on espère que ça débloque, on veut pouvoir le faire pendant qu’il y a encore des gens vulnérables en confinement. »

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