Opinion Sylvain Charlebois

Bienvenue aux Jeux olympiques sans gluten et sans sushis

Par miracle, les Jeux olympiques de Tokyo se déroulent au milieu de la pandémie. Ce rendez-vous olympique diffère de tous les précédents et la nourriture servie dans le village ne fait pas exception.

Les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo débutent et l’attention se tourne vers les athlètes, les sports, les tribunes vides et, bien sûr, vers la COVID-19. Évidemment, chaque présentation des Jeux olympiques comporte la tâche gigantesque de nourrir tout un village d’athlètes venus du monde entier. À Tokyo, cela signifie que les organisateurs doivent nourrir 48 000 personnes chaque jour au milieu d’une pandémie.

Contrairement à d’autres Jeux, les athlètes ne sont pas autorisés à aller dans les restaurants en dehors du village, donc l’offre de nourriture doit être savoureuse, complète et adaptée à tous les régimes. Les responsables proposent plus de 700 options de menu, un record selon les organisateurs.

Vous pouvez obtenir presque tout dans le village, même du rôti fraîchement sorti d’un four d’argile et des conchiglie en accompagnement. Peu importe d’où vous venez, vous devriez pouvoir trouver tout ce dont vous avez besoin pendant la période des Jeux. Les régimes alimentaires se divisent en trois groupes principaux : occidentaux, japonais et asiatiques. Ces derniers comprennent des plats vietnamiens, indiens et chinois.

Comme pour tous les aspects de ces Jeux olympiques reportés à cause de la pandémie, le virus jettera aussi une ombre sur la façon de nourrir les gens. La plupart des repas servis pendant les Jeux seront des plats habituels, il n'y aura aucune haute gastronomie. La cafétéria principale sur deux étages compte 3000 places assises et aux heures de pointe, 2000 employés répondront aux besoins des locataires du village. Les grandes délégations comme les États-Unis, la Russie et la Chine ont leurs propres installations.

La nourriture est offerte gratuitement, 24 heures sur 24 dans le village. En fait, le nombre de places assises ayant été réduit, les athlètes doivent garder les pauses repas aussi courtes que possible.

Puisque les athlètes quitteront le village dans les 48 heures suivant la fin de leur épreuve sportive, les installations de restauration deviendront probablement moins occupées à mesure que les Jeux se dérouleront.

Tous ceux qui résident au village ont accès à des aliments de base tels que des nouilles ramen et udon, accompagnés de miso, une pâte de soja fermentée bien connue qui se retrouve au cœur de la cuisine japonaise. Du bœuf wagyu grillé, de l’okonomiyaki et de l’oden sont également offerts, sans oublier la boîte à bento très convoitée, ainsi que le zaru soba, sukiyaki et takoyaki. Tous ces plats traditionnels japonais sont bien connus et appréciés par de nombreuses personnes partout dans le monde.

Règles de salubrité

Cependant, en raison des règles strictes de salubrité alimentaire, les sushis ne figurent pas au menu. Seulement du thon en conserve et des crevettes cuites se retrouvent sur la liste. Ce sera probablement une déception pour plusieurs, car le sushi reste sans doute le plat japonais le plus connu des Occidentaux. Bien évidemment, une contamination alimentaire constitue la dernière chose que les organisateurs olympiques veulent gérer pendant une pandémie, afin que les services de santé restent prêts et en alerte pour une éventuelle éclosion de COVID-19.

Comme pour tout ce qui touche l’alimentation de nos jours, les repas respectent presque toutes les restrictions religieuses et alimentaires. Tokyo devient donc le premier hôte à offrir à ses visiteurs une section entière sans gluten.

Au-delà du village se trouve l’incroyable complexité de faire fonctionner une chaîne d’approvisionnement alimentaire pour nourrir les athlètes olympiques. Les experts en approvisionnement savent que 30 % des coûts et plus de 70 % des problèmes de transport surviennent dans la dernière étape, soit entre les entrepôts et le village olympique. Et voici Tokyo, l’une des villes les plus peuplées du monde avec ses 38 millions d’habitants où les déplacements dans la région peuvent prendre des heures ! Ainsi, pour obtenir des aliments frais et salubres, ceux-ci doivent être livrés quotidiennement au village.

Pour ajouter à la difficulté, il existe également une couche supplémentaire de surveillance et d’assurance qualité. Étant donné que certaines délégations utilisent sans remords des drogues anabolisantes, la tentation d’altérer les aliments d’un compétiteur reste donc omniprésente. N’importe qui est toujours à un burrito de perdre une médaille ; par conséquent, l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire doit rester constamment hautement sécurisé.

Comme si la COVID-19 ne constituait pas un obstacle suffisant, Tokyo devrait connaître une météo de plus de 30 °C durant la majeure partie des Jeux. Garder tout le monde au frais représentera également un défi. Les nations sont autorisées à apporter des boissons de récupération et des collations. Au moins, certains éléments du régime alimentaire proviennent des délégations elles-mêmes.

Tokyo présente les Jeux de la XXXIIe olympiade de l’ère moderne de manière très différente et le volet gastronomique n’y fait pas exception. Au moins, les organisateurs n’ont pas besoin de se soucier de nourrir des milliers de spectateurs, car il n’y en aura aucun. Espérons que la COVID-19 ne ruinera pas les Jeux, d’une façon ou d’une autre. Ironiquement, plusieurs espèrent voir davantage de cas de stéroïdes que de tests positifs à la COVID-19.

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