Une rentrée sous le signe du virus

Malgré le nombre de cas élevés chez les enfants de moins de 10 ans, les experts consultés par La Presse sont optimistes : le bénéfice qu’il y a à garder les écoles ouvertes surpasse les risques de contamination, notamment en raison de la couverture vaccinale de la population. Il n’en demeure pas moins que le Québec continue d’observer une forte hausse des hospitalisations, principalement chez les non-vaccinés.

Explosion de cas chez les enfants

Des experts se font néanmoins rassurants

Depuis deux semaines, le Québec a recensé 1365 nouveaux cas de COVID-19 chez les enfants de moins de 10 ans, contre 155 à la même période l’an dernier. À ce moment de la rentrée en 2020, on recensait en moyenne 13 nouveaux cas par jour chez les jeunes, contre 107 actuellement. Mais cette rentrée qui se déroule sous le signe de la COVID-19 est loin d’alarmer les experts.

« On s’y attendait […] La quatrième vague a commencé plus tôt que la vague de l’an dernier », résume la Dre Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine.

« C’est normal. Parce que le variant Delta qui est là cette année est beaucoup plus contagieux », ajoute Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Mais même avec le variant Delta, « le risque que ces jeunes aillent à l’hôpital et souffrent de complications reste faible », note le DJesse Papenburg, pédiatre et infectiologue-microbiologiste à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Au cours des deux dernières semaines, le Québec a rapporté 6 hospitalisations chez les moins de 10 ans. C’est nettement moins que dans les autres groupes d’âge, où on rapporte pourtant moins de cas.

Des conséquences sur les écoles

Porte-parole du CISSS de la Montérégie-Centre, Chantal Vallée explique que les taux de contamination les plus élevés actuellement « se trouvent chez les 0-9 ans et les 18-29 ans, suivis des 30-39 ans », ce qui « est le reflet des couvertures vaccinales ».

Le fait qu’un certain nombre d’enfants soient contaminés en ce début d’année n’est pas sans conséquence sur le réseau scolaire. En date du 7 septembre, quelques jours à peine après le début de la rentrée scolaire, près de 500 écoles comptaient au moins un cas confirmé de COVID-19 dans la province.

Nombre d’écoles avec au moins un cas actif de COVID-19 en date du 7 septembre

Montréal : 159

Montérégie : 84

Laurentides : 63

Laval : 54

Lanaudière : 32

Estrie : 23

Centre-du-Québec : 23

Capitale-Nationale : 22

Mauricie : 18

Chaudière-Appalaches : 16

Outaouais : 15

Nord-du-Québec : 3

Saguenay–Lac-Saint-Jean : 1

Source : ministère de la Santé et des Services sociaux

À Montréal, on comptait jeudi 157 cas d’enfants atteints de la COVID-19 dans les écoles primaires, 105 dans les écoles secondaires et 97 en milieux de garde. Porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Jean-Nicolas Aubé précise toutefois que la très grande majorité de ces cas « ne sont pas acquis dans ces milieux-là et ne mènent pas à une éclosion ».

À Laval, 8 écoles seulement sont en situation d’éclosion pour un total de 17 cas. « Ce qu’il faut répéter encore et encore, c’est l’importance d’aller se faire dépister dès l’apparition de symptômes. De plus en plus, les enquêteurs épidémiologiques remarquent que les gens attendent plusieurs jours, ce qui contribue à augmenter leurs contacts dans la communauté ou à l’école », note la porte-parole du CISSS de Laval, Judith Goudreau.

Ces enfants qui contractent la COVID-19 risquent-ils de devenir des vecteurs et à terme de mener à une multiplication des cas dans la province et à l’engorgement des hôpitaux ? Les experts croient que les chances sont minces. « La population est très vaccinée. Les plus vulnérables sont vaccinés. Et le vaccin prévient les hospitalisations », dit le DPapenburg.

Tant le DPapenburg que la Dre Quach rappellent qu’avec la situation actuelle, le bénéfice de garder les écoles ouvertes surpasse les risques.

« La fermeture des écoles et les différentes mesures ont entraîné des retards scolaires et ont eu des impacts sur la santé mentale des enfants. Il faut privilégier la scolarisation en personne. »

— Le Dr Jesse Papenburg, pédiatre et infectiologue-microbiologiste à l’Hôpital de Montréal pour enfants

Ce dernier rappelle qu’un autre élément s’ajoutera éventuellement au portrait, alors que la vaccination des enfants de 5 à 11 ans pourrait être autorisée cet automne, une fois les démarches d’autorisation complétées.

Un autre virus de la partie

Pour le DPapenburg, bien plus que la COVID-19, ce qui est du « jamais vu » actuellement, c’est le nombre élevé d’enfants venus en consultation à l’hôpital après avoir contracté le virus respiratoire syncytial. Plus de 30 % des patients qui se font tester pour la maladie reçoivent un diagnostic positif à ce virus actuellement.

En temps normal, le virus respiratoire syncytial frappe bien plus tard en hiver. Mais déjà, des cas sévères se présentent dans les hôpitaux, note le DPapenburg, qui juge la situation « hors du commun ». Les patients atteints de ce virus présentent des symptômes de rhume. Chez les moins de 3 ans, le virus peut entraîner notamment des bronchiolites nécessitant une hospitalisation.

Le spécialiste explique cette circulation des virus, de la COVID-19 et autres, essentiellement par le fait que les gens ont maintenant plus de contacts sociaux que lors des périodes de confinement de la dernière année. Les mesures de santé publique sont aussi allégées.

À ce sujet, le DPapenburg estime que la décision de faire porter le masque aux enfants à l’école est la bonne. « Car on le sait, à part la famille, le milieu où les enfants ont le plus de contacts sociaux, c’est l’école », dit-il. Un avis partagé par Roxane Borgès Da Silva : « Cette mesure est peu coûteuse et très efficace », dit-elle.

Mme Borgès Da Silva rappelle qu’un enfant sur 15 qui contracte la COVID-19 développe des symptômes de COVID longue. « Il faut juste éviter de l’attraper », dit-elle.

Forte hausse des hospitalisations

Par ailleurs, le Québec a observé jeudi une forte hausse des hospitalisations, principalement chez les non-vaccinés. On compte actuellement 198 personnes hospitalisées en raison de la COVID-19, soit 20 de plus que la veille. Le nombre d’hospitalisations a ainsi augmenté de 44 % en une semaine. Les trois quarts des nouvelles hospitalisations se concentrent chez les personnes n’ayant pas reçu le vaccin. Et ce, bien qu’ils représentent moins du quart de la population.

En ce moment, un peu plus de 17 non-vaccinés sont hospitalisés chaque jour, contre 5 personnes pleinement vaccinées. Cette hausse des hospitalisations survient alors que la province rapporte jeudi 703 nouveaux cas, portant la moyenne quotidienne à 648. La tendance est en hausse de 14 % par rapport à la semaine dernière, signe d’un ralentissement de la propagation. Tout comme les hospitalisations, les trois quarts des nouveaux cas de COVID, soit 470 par jour, se concentrent chez les Québécois non vaccinés.

Devant la hausse soutenue des nouveaux cas de COVID-19, l’Institut national d’excellence en santé publique (INESSS) appréhende une augmentation marquée des hospitalisations ces trois prochaines semaines, surtout dans le Grand Montréal. Le nombre de décès demeure bas pour le moment, le Québec en rapportant en moyenne un par jour.

— Avec Pierre-André Normandin et Marie-Eve Morasse, La Presse

Balises de l’enseignement à distance inchangées

Pour les enfants devant être retirés de l’école à cause de la COVID-19, les balises de l’enseignement à distance mises en place par le gouvernement cette année sont semblables à celles de l’an dernier. Ainsi, dans le cas de la fermeture d’une classe ou d’une école, Québec demande que des services éducatifs « selon les seuils minimaux » – en partie de l’enseignement à distance – soient donnés aux enfants dans un délai de 48 heures. Si un ou quelques élèves sont retirés d’un groupe pour être isolés et que cette absence se prolonge au-delà de deux jours, des « services sur une base quotidienne » doivent être fournis, dit le ministère de l’Éducation. Il peut s’agir, par exemple, d’assurer un contact quotidien pour faire le suivi des élèves, ou de fournir du matériel pédagogique pour que les élèves fassent des travaux de la maison.

Données encourageantes pour les victimes de thrombose

Les patients qui ont eu des thromboses après avoir reçu le vaccin d’AstraZeneca peuvent interrompre le traitement antithrombose après moins de trois mois, selon une étude allemande publiée jeudi dans le New England Journal of Medicine. L’étude a aussi constaté que les patients qui ont reçu en deuxième dose un vaccin à ARN messager comme ceux de Pfizer et de Moderna n’ont pas eu de nouvelle thrombose. « C’est un très petit nombre de patients, mais comme c’est une réaction très rare, c’est normal », précise Marc Rodger, chef du département de médecine du Centre universitaire de santé McGill et spécialiste de la thrombose. « Le niveau d’anticorps semble diminuer. » Selon le Dr Rodger, il y a eu 10 cas de thrombose au Québec sur les 580 000 doses d’AstraZeneca injectées.

— Mathieu Perreault, La Presse

Un vaccin saisonnier contre la grippe et la COVID-19

Moderna a lancé le développement d’un vaccin protégeant à la fois contre la grippe saisonnière et contre la COVID-19, a annoncé la société américaine par voie de communiqué jeudi. Cela pourrait permettre de donner une dose de rappel annuelle, avec possiblement des modifications pour tenir compte de nouveaux variants.

— Mathieu Perreault, La Presse

Des écoles interdites aux parents, mais ouvertes aux électeurs

Si les parents ne sont pas admis dans l’école de leurs enfants à cause de la COVID-19, ils pourront y mettre les pieds pour voter le lundi 20 septembre dans un grand nombre d’établissements. Voilà une contradiction de plus dans les règles sanitaires auxquelles la pandémie nous a habitués.

Élections Canada a en effet réquisitionné des écoles primaires et secondaires pour la tenue du scrutin.

Au centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), où des réunions de parents ont lieu sur Teams pour prévenir la propagation du virus, 90 établissements primaires et secondaires seront transformés en bureaux de vote. Au centre de services scolaire de Laval (CSSDL), il y en aura une cinquantaine, alors qu’au centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSSPI), c’est plus de 25.

Au centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSSMB), seules les écoles ayant une entrée extérieure menant directement au gymnase ont été choisies, soit 37 sur 102.

En revanche, aucune école du centre de services scolaire Marie-Victorin, à Longueuil, n’a été réquisitionnée, « Élections Canada ayant été en mesure d’établir des bureaux de vote dans d’autres emplacements facilement accessibles au public sur le territoire », fait savoir le porte-parole Alexandre Kozminski Martin.

Journée pédagogique

Le 20 septembre sera-t-il une journée pédagogique ? Dans la majorité des écoles, non.

Au Québec, la Loi électorale impose la fermeture des écoles pour éviter la cohabitation entre les élèves et les électeurs, le jour du scrutin. La Loi électorale du Canada, elle, permet aux écoles de demeurer ouvertes.

Le CSSPI a néanmoins décidé de décréter une journée pédagogique.

« Après consultation, nous avons décidé de déplacer une journée pédagogique “force majeure” du mois d’avril vers le 20 septembre », précise Valérie Biron, directrice des services pédagogiques, communications et secrétariat général. « Le tout dans l’objectif d’assurer la sécurité de nos élèves. »

À Laval, le CSSDL a prévu une journée pédagogique le jour du vote « dans certaines écoles et lorsque cela est possible », explique Annie Goyette, directrice adjointe du service des communications. « Il faut savoir que les calendriers scolaires avaient déjà été adoptés lorsque les élections ont été annoncées, ne permettant donc pas à toutes nos écoles de placer une journée pédagogique à ce moment. »

« Débrouillardise » nécessaire

Comment assurer la sécurité des élèves et du personnel dans les écoles qui seront ouvertes ?

« Un contrôle rigoureux des accès sera effectué et nous veillerons à ce qu’il n’y ait pas de contact entre les électeurs et les élèves ou membres du personnel », indique Mme Goyette du CSSDL.

« Mais pour certaines écoles, ça va demander de la débrouillardise, surtout les écoles primaires », reconnaît Alain Perron, du CSSDM.

« Au secondaire, le gymnase est souvent à part. Les gens entrent par une porte de côté, ça va bien. Dans les écoles primaires, le gymnase ou la salle polyvalente sert aussi pour les dîners. À ce moment-là, les enfants devront dîner en classe. C’est une logistique dont certaines directions d’école se seraient passées. »

— Alain Perron, porte-parole du CSSDM

Le CSSDM prévoit en outre de retenir les services d’un agent de sécurité et d’un concierge dans les écoles où des bureaux de vote seront installés. La facture sera ensuite envoyée à Élections Canada qui verse déjà de l’argent aux établissements en fonction de la superficie des locaux occupés.

Au CSSMB, un grand ménage sera effectué après le départ d’Élections Canada. « Des membres de notre personnel seront responsables de désinfecter tous les espaces qui auront été réservés au scrutin, [y compris les toilettes] réservées à cet effet », détaille Annie Bourassa.

Les directions d’école avaient le choix, dit Élections Canada

Élections Canada assure que les directions d’école avaient le loisir de refuser de louer des espaces pour la tenue du scrutin.

« Au Québec, on a laissé libres les centres de services scolaires d’accepter, oui ou non, qu’il y ait des bureaux de vote dans leurs écoles, note le porte-parole Pierre Pilon. De ce que j’en sais, la grande majorité continue de collaborer. On a à peu près trouvé tout ce dont on a besoin. »

Une série de mesures sanitaires, dont le port du masque, la distanciation physique, l’utilisation de barrières physiques et le nettoyage fréquent des surfaces, ont été prévues dans le contexte de la COVID-19.

Les électeurs pourront apporter leur propre stylo pour marquer leur bulletin de vote s’ils le désirent, mais des crayons à usage unique seront fournis. « Compte tenu de l’échéancier de l’élection, des besoins en matière de recrutement et des défis logistiques, Élections Canada n’obligera pas les travailleurs électoraux à être vaccinés », peut-on lire sur le site d’Élections Canada.

En tout, il y aura 14 438 bureaux de vote au pays, le 20 septembre, dont plus de 3000 au Québec.

Mort d’une élève du secondaire

Des militants antivaccins interpellent des élèves en deuil

La mort tragique d’une élève montréalaise de quatrième secondaire, mardi, à la suite d’un malaise physique survenu en classe à l’école secondaire Louis-Riel, a fait monter la tension, mercredi, entre un groupe d’opposants à la vaccination et des enseignants qui tentaient de les empêcher de s’adresser aux élèves.

L’affrontement verbal est survenu aux abords de l’établissement scolaire de l’est de Montréal, à l’heure du repas, le jour même où commençait la campagne de vaccination des élèves à l’intérieur de l’école.

Le petit groupe de militants antivaccins soutient que la mort de l’élève est survenue après l’inoculation du vaccin contre la COVID-19 et que l’école cache la vérité. Or, la vaccination à l’école n’a commencé que mercredi, au lendemain de l’intervention des techniciens d’Urgences-santé, confirme le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

« Concernant les rumeurs qui circulent en lien avec le décès d’une jeune femme à l’école Louis-Riel, le 7 septembre dernier, nous tenons à préciser que notre équipe de vaccination COVID-19 était présente à cette école [mercredi], le 8 septembre, soit le lendemain du décès de la jeune femme », a confirmé le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, dans un communiqué publié jeudi matin.

Sur Twitter, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’est dit « scandalisé par ces manifestants qui ont instrumentalisé le décès tragique d’une jeune fille pour alimenter la désinformation ». « C’est un geste irresponsable et j’offre toutes mes condoléances aux proches de la victime et au personnel scolaire », a-t-il écrit.

« Les opposants à la vaccination peuvent manifester, mais s’il vous plaît, n’allez pas dans les écoles. Laissez les élèves tranquilles », a pour sa part réagi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en marge du caucus présessionnel de la Coalition avenir Québec, au Centre des congrès de Québec.

Investigation

Les causes précises de la mort de l’élève demeurent pour l’instant inconnues. Le Bureau du coroner a confirmé à La Presse que l’évènement « fait l’objet d’une investigation afin de faire la lumière sur les causes et circonstances du décès », a indiqué son porte-parole Jake Lamotta Granato.

Urgences-santé a été appelé vers 15 h mardi pour réanimer l’adolescente de 14 ans, après qu’elle se fut effondrée en classe à la suite d’un arrêt cardiorespiratoire. Selon nos informations, elle avait un stimulateur cardiaque.

« Compte tenu de l’état critique dans lequel elle se trouvait, elle a été transportée à l’hôpital », a confirmé le porte-parole d’Urgences-santé, Jean-Mari Dufresne. Son décès a été confirmé à La Presse par le centre de services scolaire de Montréal mercredi.

Un enseignant outré

« C’est tout à fait inacceptable que des gens instrumentalisent le décès tragique d’une élève pour faire avancer leur campagne de mensonge et de désinformation », déplore l’enseignant Xavier Watso, qui est intervenu auprès des militants antivaccins qui abordaient les élèves.

« Ils étaient une petite gang à interpeller les élèves et à leur dire de ne pas se faire vacciner parce que c’est dangereux. J’étais choqué comme je l’ai rarement été. L’école est en deuil, et ces gens-là sont arrivés alors que des élèves étaient en pleurs. Ils approchaient n’importe quel élève, qu’il ait été concerné ou non par la situation. C’est du harcèlement », dénonce l’enseignant.

Selon nos informations provenant de différentes sources, l’élève aurait en fait reçu sa deuxième dose de vaccin il y a plus de deux mois.

La Presse a tenté de communiquer avec la famille de la victime de différentes façons depuis mercredi soir, mais sans succès.

— Avec Hugo Pilon-Larose, La Presse

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