Jack Johnson

La belle histoire des séries

Denver — L’histoire de Jack Johnson, c’est comme le classique de LMDS : un beau roman, une belle histoire*.

Floué financièrement par ses parents il y a huit ans, présent au camp de l’Avalanche du Colorado simplement sur invitation, il a finalement décroché un contrat pour la saison, a joué son 1000e match pendant ladite saison, a atteint le deuxième tour des séries pour la première fois de sa carrière et joue maintenant en finale.

Ce parcours lui a d’ailleurs valu d’être le candidat de l’Avalanche pour le trophée Bill-Masterton cette saison.

Il s’est ajouté une couche à ce récit, samedi, quand le vétéran défenseur a tout bonnement révélé en conférence de presse qu’il venait d’obtenir son diplôme de l’Université du Michigan. À 35 ans. Mais surtout, 15 ans après avoir quitté l’alma mater d’Iggy Pop.

« Ça m’a pris quoi, 18 ans ? La plupart des gens sont médecins après autant d’années d’études ! a blagué le costaud défenseur. Les saisons où mon équipe ne participait pas aux séries, je m’inscrivais à la session de printemps, à distance. J’ai aussi profité de la pandémie pour faire en ligne des cours qui étaient normalement offerts sur le campus. »

C’est en études générales (general studies) que Johnson a obtenu son diplôme. Pour lui, c’était une question de fierté. Il est arrivé à l’université en 2005, à 18 ans, avant de quitter les bancs d’école en 2007 pour signer un contrat avec les Kings de Los Angeles.

« Je rêvais de jouer au hockey à l’Université du Michigan et je voulais obtenir un diplôme de cette école. C’est l’université publique la mieux classée au pays. Quand j’ai quitté l’école, j’ai promis à Red Berenson [l’entraîneur-chef à l’époque] que j’allais terminer ma scolarité et je l’ai appelé dès que je l’ai complétée. »

À contre-courant

Ce bon vieux Berenson, qui a joué pour le Canadien dans les années 1960, est aujourd’hui officiellement à la retraite, bien qu’il demeure actif dans le hockey à titre de consultant pour les Wolverines, mais aussi pour la conférence Big Ten.

« En 2007, quand on s’est fait éliminer, Jack est parti pour Los Angeles, se souvient l’homme de 82 ans, au bout du fil. Il m’a dit : “Je pense que c’est le temps de partir.” Je comprenais très bien, je n’étais pas déçu ou fâché. Mais il m’a rappelé, 15 ans plus tard, pour m’annoncer qu’il avait respecté sa promesse. »

« Il savait que c’était important pour moi, mais aussi pour lui. »

— Red Berenson, entraîneur de Jack Johnson à l’Université du Michigan

Ce qui frappe surtout Berenson, c’est l’indépendance d’esprit du jeune homme de 18 ans à l’époque. C’est que Johnson a été le 3e choix au total en 2005, deux rangs derrière Sidney Crosby, deux rangs devant Carey Price.

« Il était un espoir très en vue au repêchage, et plusieurs équipes lui disaient de ne pas aller à l’école, rappelle Berenson. Il aurait pu être repêché au 2e rang par les Ducks, mais Brian Burke lui demandait de venir directement à Anaheim. Donc, ils ont pris Bobby Ryan. Dès le début, il a dû aller à contre-courant et faire des choix pas toujours populaires pour des joueurs d’élite.

« Ça lui a permis de gagner en maturité, de se développer, et il est devenu un coéquipier populaire. Quand il a joué son 1000e match cette saison, plusieurs de ses coéquipiers sont allés à Denver pour assister au match. Il s’y est fait des amis pour la vie. »

« J’y ai finalement passé les plus belles années de ma vie », a confirmé Johnson, samedi.

Pour Berenson, c’est simplement une belle histoire de persévérance, pour un joueur qui a connu sa part de difficultés à l’extérieur de la patinoire, en raison du conflit avec ses parents.

« Il était fasciné par l’école. Je le connaissais depuis la naissance. Il était un ami de l’université, ses parents vivaient dans le secteur. Dès qu’il est devenu professionnel, il a commencé à suivre des cours d’été. Je ne te dirai pas que c’est un étudiant qui aurait pu aller dans un collège de l’Ivy League, mais il a eu la volonté de le faire. Malgré la COVID-19, malgré sa situation familiale, il a persévéré. »

* C’est une blague. Avant d’envoyer une plainte à la FPJQ, sachez que l’auteur de ces lignes est conscient qu’il s’agit d’une œuvre de Michel Fugain et le Big Bazar.

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