Adieu Monsieur Haffmann

Drôle de drame

Adieu Monsieur Haffmann. De Jean-Philippe Daguerre. Mise en scène : Denise Filiatrault. Au Rideau Vert à Montréal, jusqu’au 16 octobre. Deux étoiles et demie.

Couronnée de quatre prix Molière en France, Adieu Monsieur Haffmann prend enfin l’affiche au Québec sous la direction de Denise Filiatrault, après avoir été reportée deux fois. La directrice artistique rêve encore, à 90 ans, de monter une dernière comédie musicale au Rideau Vert, même si la pandémie a chamboulé sa programmation depuis 18 mois. Pour l’instant, la grande dame du théâtre de la rue Saint-Denis met en scène (assez sagement) cette comédie dramatique de Jean-Philippe Daguerre ; et dirige un peu mollement ses acteurs, dans la première partie du spectacle du moins (on y reviendra).

La pièce se déroule au début de la Seconde Guerre mondiale, à Paris, sous l’occupation allemande. Craignant pour sa vie et sa fortune, Joseph Haffmann (Ariel Ifergan), un diamantaire de confession juive, offre à son employé, Pierre Vigneau (Renaud Paradis), la direction de sa bijouterie de luxe. En retour, sa femme et lui devront le cacher dans la cave du commerce pour l’aider à échapper aux camps nazis. Or voilà, Pierre impose aussi une condition à Haffmann… qui aura des répercussions sur son couple.

Les erreurs du passé

La première heure de la pièce met en scène le trio de personnages composé de Joseph, de Pierre et de sa femme Isabelle (Julie Daoust). Ce « ménage à trois » aura des difficultés à faire respecter son « contrat social » et à vivre dans ce huis clos où chacun craint la menace extérieure. Le texte de Daguerre valse entre le sérieux et l’humour, la noirceur et la lumière.

L’auteur s’intéresse surtout à la petite histoire des humains en marge de la grande Histoire de l’humanité. Il expose avec tendresse autant le bien que le mal caché au fond du cœur humain. La pièce nous rappelle aussi le devoir de mémoire. L’importance de ne pas reproduire les erreurs du passé, pour éviter que l’histoire se répète sans cesse.

Le sujet n’est pas nouveau et le texte abuse des formules usées. Avec des répliques comme : « l’argent n’a pas d’odeur », « le courage est plus fort que la peur », « il faut faire face à son destin », ou encore « la lumière au bout du tunnel ». Ces répétitions du récit sont accentuées par celles dans la mise en scène de Denise Filiatrault. Elle multiplie les intermèdes avec des noirs et une petite musique doucereuse de piano, entre chacune des scènes, ce qui devient lassant…

Toutefois, la production se réajuste dans le dernier tiers, avec l’arrivée de deux invités de marque pour un souper hilarant, malgré le contexte horrible. Le couple reçoit l’ambassadeur d’Allemagne (Roger La Rue) et sa femme, une Française collabo et parvenue. Celle-ci est défendue avec brio par une Linda Sorgini en très grande forme le soir de la première. La comédienne a fait éclater de rire le public à plusieurs reprises.

Question linguistique

Une note en terminant. La pièce se passe à Paris au début des années 1940, mais est-ce vraiment nécessaire de demander aux interprètes québécois de prendre ce « faux » accent parisien ? Plutôt que de parler un français normatif, ce que tout bon acteur québécois sait faire à merveille… Il nous semble qu’on a dépassé le complexe de notre langue au Québec. Et qu’on peut cesser d’imiter au théâtre le titi-parisien.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.