Loi 96 et immigration

Legault veut remettre les pendules à l’heure

Djerba — François Legault profitera de sa présence au Sommet de la Francophonie pour remettre les pendules à l’heure au sujet de sa loi controversée sur la protection du français « loi 96 » et ses politiques d’immigration. Le premier ministre estime que des « médias à l’extérieur du Québec » ont « peut-être mal interprété » ses visées. Il fera aussi passer le message à Justin Trudeau.

François Legault a atterri vendredi après-midi sur l’île tunisienne de Djerba où s’ouvre ce samedi le 18Sommet de la Francophonie, sa première mission à l’étranger depuis sa réélection. C’est un retour attendu de cet évènement international après quatre années d’absence.

Le premier ministre a rapidement mis la table lors d’un entretien avec les journalistes québécois : il veut « expliquer le contexte » de ses politiques pour la protection du français au Québec et revenir « sur ce qui s’est dit à l’international » auprès de ses vis-à-vis de la Francophonie.

M. Legault croit même nécessaire de rappeler à ses partenaires que le Québec est « accueillant ».

« On a parlé [à l’étranger, dans les médias] de la loi 96, on a parlé du nombre de places qu’on voulait limiter dans les cégeps en anglais, de l’intégration, du choix des immigrants. »

— François Legault

« Je pense que c’est important d’expliquer le contexte, de dire d’abord que le Québec a été, est et sera toujours un peuple accueillant », a-t-il ajouté lors d’une mêlée de presse.

Les propos récents de M. Legault sur l’immigration ont fait grand bruit en campagne électorale. Le premier ministre a notamment affirmé qu’il serait « un peu suicidaire » pour le français d’accueillir plus d’immigrants au Québec. Il a aussi affirmé que l’immigration non francophone, si elle n’est pas contrôlée, est une menace pour la « cohésion nationale ».

« On a vu certains médias à l’extérieur du Québec peut-être mal interpréter notre loi 96 ou les objectifs qu’on se donne en termes du nombre d’immigrants », a déclaré M. Legault.

Il a aussi évoqué « des commentaires » à l’international au sujet de loi 96, sa réforme de la loi 101, « qui ne respecterait pas les droits des anglophones ».

Le premier ministre veut ainsi « prendre l’opportunité » d’aborder le sujet avec les chefs d’État et de gouvernement « parce que s’il y en a qui sont bien placés pour comprendre le défi qu’on a au Québec de protéger le français, ce sont bien les États francophones ».

Il veut aussi aborder le sujet avec Justin Trudeau. La première rencontre entre les deux hommes depuis la réélection de M. Legault aura lieu en matinée ce samedi, en marge du Sommet.

« On va sûrement se parler de bien appliquer la loi 101 aux entreprises de charte fédérale », a fait savoir M. Legault.

« Je veux que M. Trudeau comprenne qu’à 48 % de francophones sur l’île de Montréal, la situation est inquiétante. Il va falloir qu’on travaille ensemble. »

— François Legault

Le premier ministre faisait référence aux derniers constats de l’Office québécois de la langue française qui indiquent que 48,3 % des Montréalais parlaient le français à la maison en 2021, un recul.

Justin Trudeau a émis plusieurs réserves quant à l’adoption de la loi 96, qui inclut la disposition de dérogation, et n’a toujours pas fait savoir si son gouvernement a l’intention de s’impliquer dans une contestation judiciaire. La loi du gouvernement Legault a également provoqué l’ire de certaines communautés anglophones qui y voient une limitation de leurs droits.

Entretien avec le président tunisien

François Legault a déclaré que le président tunisien Kaïs Saïed a sollicité un entretien avec lui, à titre de pays hôte du Sommet. Contrairement à ce qu’affirmait jeudi sa ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Québec abordera la question de la démocratie. Les deux hommes se rencontreront ce samedi en soirée.

« On est sur le même message », a rétorqué M. Legault en évoquant les propos de Martine Biron.

« Ce qu’on dit, c’est que ça nous interpelle. On n’ira pas s’en mêler, mais on va quand même le mentionner que c’est important pour nous, la démocratie et les droits de l’homme. »

— François Legault

Le gouvernement canadien a fait campagne l’été dernier auprès de son allié français pour demander un nouveau report du Sommet, en raison des politiques contestées de M. Saïed, élu démocratiquement en 2019. Ce dernier s’est emparé de tous les pouvoirs en 2021 au motif que le pays était devenu ingouvernable.

« Il faut donner une chance au coureur », a soutenu M. Legault, rappelant que des « élections démocratiques » se tiendront le 17 décembre en Tunisie.

François Legault a terminé sa journée vendredi en rencontrant la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo. Seule candidate à sa succession, celle-ci devrait d’ailleurs être reconduite dans ses fonctions au cours du Sommet.

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