Des métros de nouveau bondés

Les usagers montréalais des transports en commun renouent avec des voitures de métro et des autobus bondés depuis le début de 2023. La Société de transport de Montréal (STM) dit observer une « progression de l’achalandage » dans le métro depuis une semaine en particulier. Mais ce n’est pas encore le retour de la « classe sardine » : la fréquentation demeure jusqu’ici bien en deçà du niveau prépandémique.

« Effectivement, nous observons cette semaine une progression de l’achalandage. […] Le nombre de déplacements a progressé d’environ 6 % comparativement à la semaine dernière. Cette croissance est légèrement plus importante que la croissance habituellement observée à cette période », affirme le porte-parole de la société, Philippe Déry, en réponse à nos questions.

Au total, les données préliminaires concernant l’achalandage du mardi 17 janvier se situent à « 71 % du niveau prépandémique, soit une légère augmentation de 2 points de pourcentage comparativement à un jour ouvrable moyen de l’automne 2022 (69 %) », poursuit M. Déry. Il s’agit d’un chiffre assez stable par rapport aux derniers mois ; en 2023, l’organisation veut toutefois retrouver de 75 % à 80 % de son achalandage.

Il faut comprendre que la STM est encore dans « une période de retour de vacances », les cégépiens – une partie importante des usagers du métro et des autobus – n’étant pas encore tous de retour. Néanmoins, « c’est encourageant et nous souhaitons voir cette tendance se concrétiser à plus long terme », dit le porte-parole.

À quoi faut-il s’attendre ?

En novembre, la STM avait révélé que son trou budgétaire continuait de se creuser : il était de 43 millions l’an dernier ; il atteint maintenant près de 78 millions. À ce moment, le groupe avait fait savoir que le niveau de service serait encore une fois en baisse sur certaines lignes de bus et de métro en 2023.

Deux scénarios étaient alors sur la table : des lignes de bus à haute fréquence et des dessertes du centre-ville qui verraient leur fréquence diminuer ; et des « réajustements » sur les lignes orange et verte, avec dans le premier cas un service en heure de pointe réduit d’une trentaine de minutes, et dans le second, un temps d’attente entre les rames allongé d’une quinzaine de secondes.

On refuse pour l’instant à la STM de dire si ces « réajustements » ont un impact sur le remplissage des trains ou des autobus aux heures de pointe.

« L’offre de service hivernale étant en place depuis peu et alors que nos données d’achalandage pour janvier ne sont pas encore complètes, nous ne sommes pas en mesure d’effectuer une analyse plus poussée. Nous ne nous prononcerons donc pas sur cette question, mais sommes conscients de l’importance de maintenir un bon niveau de service pour assurer l’attractivité du transport collectif », répond Philippe Déry.

À ce jour, précise-t-il au passage, l’offre de service en vigueur cet hiver et celle de l’automne dernier sont « très similaires ». « Nous surveillons la charge à bord des véhicules [bus et rames de métro] et les tendances qui se dégagent afin d’optimiser l’offre de service en place pour continuer de répondre adéquatement aux besoins de mobilité », rappelle encore la STM.

Le financement, nerf de la guerre

Il est toutefois évident que les coupes sont une réalité à la STM. Mardi, l’Alliance TRANSIT – un regroupement d’organismes promobilité – déplorait que le financement insuffisant des gouvernements entraîne des réductions de service « évitables », citant le récent exemple de l’annulation du service d’autobus « toutes les 10 minutes max » de la Société de transport de Montréal sur les huit lignes qui l’offraient encore aux heures de pointe.

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Pour Catherine Morency, titulaire de la Chaire mobilité à Polytechnique Montréal, la « principale question devrait être d’identifier comment mieux financer les services de mobilité rapidement ».

« C’est sûr que ça va revenir à 100 % [de l’achalandage prépandémique] éventuellement. Les comportements vont se stabiliser. C’est juste que la pandémie est beaucoup plus longue qu’on le pensait, mais là, il faut quand même s’assurer que le transport collectif demeure une bonne option, ce qui n’est pas le cas », conclut la spécialiste à ce sujet.

En décembre, La Presse rapportait que le manque à gagner causé par la pandémie dans les finances des sociétés de transports en commun risquait d’atteindre 900 millions d’ici cinq ans, selon l’Association du transport urbain du Québec.

À l’Autorité régionale de transport métropolitain, le manque est de 500 millions, et à la STM, il est de près de 80 millions. La ministre des Transports et de la Mobilité durable du Québec, Geneviève Guilbault, avait reconnu dans la foulée qu’à long terme, « on ne peut pas fonctionner comme ça d’année en année, avec des aides d’urgence à la dernière minute ». Son cabinet a réitéré mardi que de trouver une solution est une priorité en ce moment.

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