Contrecoups et représailles

Au 79e jour de l’invasion russe en Ukraine, d’importants évènements ont eu lieu à l’extérieur du champ de bataille : Moscou prépare des représailles contre la Finlande et le procès pour crimes de guerre d’un militaire russe s’est ouvert à Kyiv.

Guerre en Ukraine

La Russie coupe le courant à la Finlande

Dans un geste qui a toutes les apparences de premières représailles contre la Finlande qui projette de se joindre à l’OTAN, la Russie, par l’entremise de la compagnie de distribution RAO Nordic, devait couper l’alimentation en électricité à son voisin à compter de samedi, à 1 h, heure locale.

Une première en 20 ans, la situation survient en raison de vagues problèmes de paiement évoqués par RAO Nordic. Du côté finlandais, le réseau de distribution Fingrid a indiqué que cette décision ne mettait pas en péril la capacité de distribuer toute l’électricité nécessaire à travers le pays.

La baisse peut être compensée en augmentant les importations d’électricité de la Suède, pays voisin à l’ouest, et en augmentant la production locale.

En temps normal, l’achat de l’électricité russe représente environ 10 % de la consommation de la Finlande.

Rappelons que jeudi, la Finlande et la Suède ont manifesté leur désir de grossir les rangs de l’OTAN. On s’attend à ce que la Finlande, qui partage une frontière de 1340 kilomètres avec la Russie, annonce officiellement dimanche son intention de se joindre à l’organisme de défense mutuelle transatlantique. La question doit cependant être débattue en début de semaine par les parlementaires.

En réponse, la Russie a indiqué qu’elle prendrait des mesures « militaro-techniques » pour faire face à cette « menace à sa sécurité nationale ».

Zelensky relance Poutine

Comme il l’avait fait à plusieurs reprises depuis le début du l’invasion russe, le 24 février, le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, a tendu la main vendredi à son homologue, Vladimir Poutine, réitérant sa volonté de tenir des pourparlers face à face.

En entrevue à la chaîne italienne Rai 1, M. Zelensky a déclaré : « En tant que président, je suis prêt à parler à Poutine, mais seulement à lui. Sans intermédiaires. Et en adoptant un canevas de dialogue, et non d’ultimatums. »

Le leader ukrainien avertit toutefois qu’il ne fera aucune concession territoriale à la Russie. La base de la discussion devrait être le retrait des troupes russes de l’Ukraine, a-t-il dit.

Échec d’une traversée russe

Sur le terrain, au 79e jour du conflit, les forces russes ont essuyé un échec quand elles ont tenté de traverser le Donets, une rivière, dans le secteur de Severodonetsk, dans le Donbass. Diffusée par les officiels ukrainiens, l’information a été validée, images à l’appui, par les services de renseignement britanniques, rapporte The Guardian. Les Britanniques estiment que les militaires russes ont perdu des blindés et des éléments de ponton devant servir à traverser la rivière. Les Ukrainiens affirment aussi avoir infligé des dommages à un autre navire russe, le Vsevolod Bobrov, dans la région de l’île des Serpents, face à Odessa. Les forces russes continuent par ailleurs à pilonner l’aciérie Azovstal de Marioupol, où près d’un millier de combattants ukrainiens, dont de nombreux blessés, sont toujours terrés.

Céréales : vers une crise ?

Le non-dénouement de la guerre en Ukraine pose par ailleurs de plus en plus d’inquiétudes quant à la « sécurité alimentaire » de plusieurs pays, constate-t-on. Vendredi, Adalbert Jahnz, porte-parole de la Commission européenne, a averti que l’incapacité pour l’Ukraine d’envoyer le fruit de ses récoltes de céréales à l’étranger pose un « défi gigantesque ». Selon lui, 40 millions de tonnes de céréales sont actuellement stockées en Ukraine et il faudra faire de la place d’ici la fin du mois de juillet, car les stocks de la prochaine récolte ne pourront être entreposés. Environ 75 % du blé ukrainien est destiné à l’exportation à raison d’un tiers en Europe, un tiers en Chine et un tiers en Afrique. L’Italie compte tenir un sommet ministériel sur la question en juin.

Un sénateur freine l’aide américaine

À Washington, le sénateur républicain du Kentucky Rand Paul s’est opposé à un appui unanime du Sénat endossant l’envoi d’une aide de 40 milliards à l’Ukraine. L’initiative du président Joe Biden est largement appuyée tant par les démocrates que par les républicains. Or, Rand Paul a bloqué l’accord unanime du Sénat nécessaire pour accélérer le processus en exigeant des garanties qu’un inspecteur général s’assure que l’argent est correctement dépensé. Sur Twitter, il a reçu l’appui de Donald Trump fils. Le Sénat réessaiera de faire passer la mesure la semaine prochaine.

Moscou expulse 10 diplomates roumains

Moscou a annoncé vendredi l’expulsion de dix diplomates roumains et d’un Bulgare. Le Kremlin agit en représailles à une décision annoncée le 5 avril par Bucarest d’expulser dix diplomates russes « dont les activités étaient contraires à la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques ». La Russie condamne la Roumanie pour ses « tentatives infondées […] de rejeter la faute de crimes de guerre en Ukraine sur la Russie ».

— Avec The Guardian, NBC News, The Washington Post, l’Agence France-Presse, Franceinfo et l’Associated Press

Ce qu’il faut savoir

• La Russie coupe la distribution d’électricité à la Finlande.

• Le président Volodymyr Zelensky veut des pourparlers face à face avec Vladimir Poutine.

• Les soldats russes échouent à traverser une rivière.

• La guerre risque de mettre en péril la sécurité alimentaire.

101

Dans une vidéo diffusée vendredi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que depuis le début de la guerre, 570 établissements de santé, dont 101 hôpitaux, avaient été détruits par les Russes. « C’est de la barbarie », a-t-il ajouté.

Source : Associated Press

Ukrainiens évacués en… Russie

Après avoir survécu aux bombardements, de nombreux réfugiés ukrainiens sont évacués – et parfois même déportés de force – en Russie. Plus d’un million d’Ukrainiens ont foulé le sol russe, selon les autorités du pays. Trois d’entre eux ont accepté de témoigner.

Prague, République tchèque — Dans Marioupol assiégé, Lioubov Golovtchenko, sa fille et leurs voisins cuisinaient le peu de nourriture restante sur un feu improvisé dans la rue. Un avion russe a soudainement largué sa bombe sur le groupe, tuant plusieurs personnes sur le coup et blessant gravement Lioubov Golovtchenko à la tête et au cou.

« Je me suis réveillée dans la cave deux jours plus tard, j’avais perdu beaucoup de sang », dit-elle au téléphone. Quand les Russes ont pris son quartier, ils ont forcé les habitants à monter dans des bus en direction de la Russie.

Lioubov Golovtchenko raconte la « filtration » qu’a subie sa fille à la frontière, quand les soldats russes l’ont interrogée et ont appris que son copain était dans l’armée ukrainienne. « Elle ne m’a pas raconté pour m’épargner, mais j’ai compris que c’était terrible, dit la mère. Elle en est sortie toute pâle. »

Arrivées à Taranrog, du côté russe de la frontière, mère et fille ont été forcées, avec d’autres réfugiés, de monter dans un train sous la garde de soldats. « Ils ne nous ont pas donné le choix, ils ne nous ont même pas dit où ils nous emmenaient », s’insurge la femme. Ce n’est qu’au moment du départ qu’ils leur ont annoncé que le train partait pour Penza, en Russie, à près de 1000 kilomètres.

« À Penza, ils nous ont installés dans des casernes militaires gardées par des soldats armés, des murs, du fil barbelé », relate Lioubov Golovtchenko. Elle a cependant pu être emmenée à l’hôpital pour que les chirurgiens lui retirent les éclats de bombe logés dans sa tête.

Lioubov Golovtchenko a réussi à garder son passeport et celui de sa fille, alors que les soldats confisquaient les papiers des autres réfugiés. « Les réfugiés étaient paniqués, ils se sentaient comme pris en otage, sans issue », se souvient-elle.

Alors que les autorités locales mettaient de la pression sur les réfugiés pour qu’ils demandent l’asile en Russie, Lioubov Golovtchenko a trouvé des bénévoles russes sur l’internet. Ceux-ci lui ont fourni un document de la Croix-Rouge permettant de gagner Saint-Pétersbourg, puis l’Estonie.

« Je ne pense pas retourner à Marioupol tant que [la ville] est sous occupation russe, je ne veux pas revenir là où les Russes nous ont bombardés et tués », indique Lioubov Golovtchenko, qui a déjà trouvé un travail en Estonie.

« Il y a eu une fusillade dans notre cour »

Ksenia, qui préfère taire son vrai nom par peur de représailles envers ses parents restés en zone occupée, a elle aussi survécu au siège de Marioupol. La jeune mère de 25 ans se souvient des bombes et des tirs. « Il y a eu une fusillade dans notre cour. Cachés dans la cave, nous entendions les bruits de course sur les toits et les grenades qui explosaient. »

Après la prise de son quartier par les forces russes, Ksenia et plusieurs de ses proches ont décidé de quitter la ville. « Nous avons appris que le chemin vers l’Ukraine était coupé et que la seule option était la Russie », raconte-t-elle.

À la frontière russe, Ksenia et les siens ont entendu parler d’un bus emmenant les réfugiés en Russie, sans poser de questions. « Monter dans un bus sans connaître sa destination, c’était un risque énorme, se souvient-elle. Beaucoup de gens ont préféré attendre. »

Ksenia et sa fille ont ensuite quitté la Russie par l’Estonie, où elle a reçu un accueil chaleureux, mais elle a préféré partir pour l’Allemagne. « Je ne peux pas rester dans un pays situé à la frontière avec la Russie, je ne veux pas revivre tout ça », fait-elle valoir.

Devoir se déshabiller devant les soldats

Joint au téléphone quelques heures après avoir traversé la frontière russo-estonienne, Roman Agachkov, employé du port de Marioupol avant la guerre, ne cachait pas sa joie d’avoir pu quitter la Russie avec sa femme et leur nourrisson.

Après la destruction de leur appartement et l’occupation de leur quartier, la famille a vécu les difficultés d’approvisionnement et les contrôles incessants. « Nous avons compris qu’il fallait partir, mais nous ne voulions pas aller en Russie », explique Roman Agachkov.

Les forces d’occupation en ont décidé autrement.

« Ils ne nous ont pas laissés aller vers l’Ukraine, seulement vers la Russie. En fait, c’est une déportation. »

— Roman Agachkov

Avant de monter à bord d’un autobus, les Agachkov ont entendu parler de l’inspection qui attendait les réfugiés. « Les gens racontaient que les Russes allaient vérifier les tatouages ou des traces de participation aux combats, sur les mains, les genoux. »

En chemin, Roman Agachkov a subi de nombreux contrôles. Il ne compte plus les fois où il a dû se déshabiller devant les soldats. Il s’était préparé à l’inspection des téléphones. « J’avais tout effacé, supprimé toutes les photos où je posais avec un drapeau ukrainien ou pendant les fêtes nationales. »

Arrivés à Taranrog, en Russie, les Agachkov ont été accueillis par un proche. Aidés par des bénévoles, ils ont pu gagner l’Estonie après un dernier interrogatoire serré. La famille a depuis trouvé refuge en Finlande.

1,1 million

Près de 1,1 million de personnes originaires d'Ukraine et des républiques populaires de Donetsk et de Louhansk, dont près de 200 000 enfants, ont été évacuées vers la Russie en date du 2 mai, selon le ministère russe de la Défense.

Source : Agence de presse russe interfax

772 121

Afflux total de réfugiés d’Ukraine dans la Fédération de Russie, en date du 10 mai

Source : Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR)

Premier procès d’un militaire russe à Kyiv

« J’ai reçu l’ordre de tirer »

« J’ai reçu l’ordre de tirer », a déclaré Vadim Chichimarine, un sergent de l’armée russe âgé de 21 ans seulement, à l’ouverture de son procès, hautement médiatisé, à Kyiv, capitale de l’Ukraine, dans la foulée de l’invasion russe.

Ce procès qui s’est ouvert vendredi est le premier à mettre en cause un accusé pour crimes de guerre depuis le début de l’offensive russe.

Vadim Chichimarine est accusé d’avoir tué un civil ukrainien qui faisait du vélo dans le village de Choupakhivka, dans le nord-est, en l’abattant d’une balle dans la tête. L’affaire remonte au 28 février, quatre jours après le début du conflit.

« J’ai reçu l’ordre de tirer, a déclaré le jeune homme, qui s’est présenté mine basse, crâne rasé et vêtu d’un survêtement dans le box des accusés entouré de verre. Je lui ai tiré dessus. Il est tombé. Et nous avons continué. »

Ce procès risque d’être le premier d’une très longue liste, s’il faut en croire les autorités ukrainiennes.

Mardi, le procureur de la région de Kharkiv, Olexandr Filchakov, indiquait que près de 10 000 enquêtes pour crimes de guerre avaient été ouvertes depuis le 24 février et que 622 suspects avaient été identifiés.

Questions en suspens

Or, plusieurs questions juridiques complexes restent à résoudre dans de tels cas. À commencer par savoir qui va défendre l’accusé.

« Quel avocat ukrainien va avoir le courage de faire ça ? se demande Philippe Larochelle, avocat en droit pénal international depuis 20 ans. Cet avocat va avoir beaucoup de pression ! Ça va être très difficile. Et qui va le payer ? Et le juge qui entend cette preuve-là ? Il a toute une pression aussi. Qu’on imagine le juge acquitter un soldat russe. Bonne chance pour avoir une future nomination. Nous sommes dans une situation plus difficile que dans des procès normaux. »

Comme le veut la Troisième Convention de Genève, le sergent Chichimarine sera jugé devant une cour militaire. Et, rappelle Moussa Bienvenu Haba, conseiller juridique à Avocats sans frontières, section Québec, il bénéficie des droits inhérents à cette convention.

« Lorsqu’une telle procédure est enclenchée, l’accusé a le loisir de choisir son avocat, rappelle M. Haba. Sinon, l’État peut aider l’accusé à trouver un avocat. Et à défaut de remplir une des deux premières options, l’État va désigner d’office un avocat. Si un État prive un accusé de son droit à une défense pleine et entière, c’est une violation grave. »

Avocat de la défense, Philippe Larochelle estime qu’une telle cause doit être examinée sous plusieurs angles.

« On entre dans un test difficile avec toutes sortes de nuances à faire, estime-t-il. On peut se demander par exemple si la victime avait un lien avec les forces ukrainiennes. Était-elle en mission ? Participait-elle aux hostilités ? Il existe peut-être des éléments de preuve, comme des échanges de textos, pour étayer une éventuelle participation aux hostilités. Si le soldat russe veut monter une défense, il pourrait avoir de la difficulté à obtenir de l’information des forces ukrainiennes. Il y a tellement de scénarios ! »

Même chose avec d’éventuels témoins. Si l’accusé et son avocat veulent appeler des militaires ukrainiens qui étaient près des lieux de l’évènement à témoigner pour bâtir leur défense, vont-ils être capables de les retrouver et de les faire comparaître ?

Selon MLarochelle, il y a encore beaucoup de données à éclaircir.

Pourquoi pas la CPI ?

Depuis plusieurs semaines, on sait que la Cour pénale internationale (CPI) a lancé une enquête sur des allégations de crimes de guerre commis en Ukraine. Cette semaine, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a aussi ouvert sa propre enquête.

N’y a-t-il pas surdose d’enquêtes judiciaires menées en même temps ? Non, répond Amissi Manirabona, professeur agrégé à la faculté de droit de l’Université de Montréal.

« La CPI n’a pas à juger tout le monde, dit-il. Elle va souvent chercher à limiter sa recherche de responsabilités chez les plus hauts responsables des crimes de guerre. »

Un pays qui possède un système judiciaire adéquat va s’occuper de cas comme celui du sergent Chichimarine.

« Pour l’Ukraine, ce procès est important, croit M. Manirabona. Ça va aider le pays à consolider le droit à l’interne, l’aider à mieux outiller son dispositif judiciaire. J’imagine que ça va se faire de façon équitable, sans influence politique. Même si ce n’est pas évident ! »

Selon les textes publiés vendredi par les agences de presse, si l’accusé est reconnu coupable, il risque la prison à vie. Il n’a pas été question de peine de mort.

Les combats font rage dans le Donbass

D’intenses combats sévissent dans la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, sur laquelle Moscou se concentre sans avancée significative. « Il y a des combats nourris à la frontière avec la région de Donetsk, près de Popasna », a affirmé vendredi soir sur Facebook Serguiï Gaïdaï, gouverneur ukrainien de la région de Louhansk, faisant état de nombreuses pertes en matériel et en personnel du côté russe. « C’est une horreur, mais ils essaient encore de parvenir à leurs fins. Mais d’après les interceptions [de communications téléphoniques], nous comprenons qu’un bataillon entier a refusé d’attaquer, car ils voient ce qui est en train de se passer », a-t-il relevé. Un responsable américain de la Défense, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a confirmé que l’activité russe la plus importante actuellement se déroulait dans le Donbass. « L’artillerie ukrainienne contrecarre les efforts russes pour gagner du terrain. » — Agence France-Presse

Une région séparatiste de Géorgie va vers la Russie

Les autorités de la région séparatiste géorgienne prorusse d’Ossétie du Sud ont annoncé vendredi organiser le 17 juillet un référendum sur son intégration à la Russie. « Le moment est venu de s’unir une fois pour toutes. L’Ossétie du Sud et la Russie seront ensemble, c’est le début d’une grande nouvelle histoire », a déclaré le « président » de cette « république » autoproclamée, Anatoli Bibilov. L’Ossétie du Sud a été au centre de la guerre russo-géorgienne de 2008, à la suite de laquelle le Kremlin a reconnu son indépendance et y a installé des bases militaires.

— Agence France-Presse

La députée Paule Robitaille se rendra en Ukraine

La députée libérale Paule Robitaille s’envolera ce samedi à destination de l’Ukraine, à la recherche d’éléments de preuve des crimes de guerre commis dans ce pays par l’armée russe au cours des derniers mois.

Son but : traduire devant la Cour pénale internationale les officiers et hauts gradés militaires russes ayant commis des atrocités en Ukraine.

« Ça va être très émotif, ce voyage-là, parce que quand j’y suis allée, c’était juste la joie partout et l’espoir » qui régnaient alors dans ce pays qu’elle affectionne, a confié la députée de Bourassa-Sauvé, en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne vendredi.

Dans son ancienne vie de journaliste, Paule Robitaille a séjourné plusieurs années en Russie et s’est rendue à maintes reprises en Ukraine. Elle était sur place, à Kyiv, quand le pays a conquis son indépendance du « joug soviétique » en 1991, dans l’euphorie et l’allégresse. Elle en garde de précieux souvenirs.

En Ukraine, elle se joindra pendant une dizaine de jours à une mission parrainée par l’organisme non gouvernemental International Partnership for Human Rights (IPHR), établi à Bruxelles. La présidente de l’organisme de défense des droits de la personne est une avocate québécoise, Brigitte Dufour.

Sur place, l’ex-journaliste, avocate de formation, se rendra dans quelques villes du nord du pays, rencontrer les victimes de l’invasion, pour tenter grâce à leurs témoignages d’identifier les auteurs des crimes de guerre commis et de recueillir le maximum d’éléments de preuve contre eux.

Mme Robitaille effectue cette mission bénévolement, en tant que citoyenne, et non de députée.

Cela ne l’empêchera pas de tenter, parallèlement, de rencontrer des élus ukrainiens à Kyiv, espérant s’entretenir avec le président de la Chambre pour lui remettre en mains propres la motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en février, en soutien et solidarité au peuple ukrainien.

Soldats d’une autre époque

Mme Robitaille dit avoir été surprise par « l’ampleur » de l’invasion russe en Ukraine, orchestrée par une armée qu’elle juge pourtant « mal formée, mal équipée », et des militaires au profil d’une autre époque, qui utilisent « les mêmes tactiques et les mêmes stratégies qu’ils utilisaient en Tchétchénie », n’hésitant pas à semer la terreur sur leur passage et à tuer les civils.

Dans ce contexte, selon elle, la victoire des Russes en Ukraine est loin d’être acquise. « Je ne les vois pas gagner ce conflit-là », dit-elle, persuadée que l’armée russe « en ce moment, est épuisée ».

Elle se dit par ailleurs impressionnée par la résistance des Ukrainiens depuis le début du conflit.

— La Presse Canadienne

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