88e Congrès de l’Acfas

Les caméras corporelles, matière à distorsion

Les caméras corporelles que portent les policiers ne sont pas neutres. Comparées à des images de caméras de surveillance ou de téléphones portables, elles accentuent l’impression de brutalité policière, constate un criminologue de l’Université de Montréal.

Manipulation

« Dans n’importe quel manuel de cinéma, vous lirez que la vue subjective est une très bonne façon de manipuler le spectateur, explique Rémi Boivin, de l’Université de Montréal. Nous avons demandé à des étudiants et à des aspirants policiers leur opinion sur une intervention policière fictive avec une personne menaçante, parfois armée d’un bâton de baseball, et des policiers qui intervenaient avec un bâton ou alors tiraient des coups de feu. Les résultats sont clairs : les policiers sur les vidéos des caméras corporelles ont l’air plus condamnables. En particulier, les personnes menaçantes ont l’air de bouger moins rapidement, d’être moins menaçantes. » Il y avait par contre plus de différences entre les vidéos des caméras corporelles et celles des caméras de surveillance chez les aspirants policiers. « Avec les caméras de surveillance, les aspirants policiers parlaient de l’intervention en termes plus techniques, alors que chez les étudiants, il y avait un a priori négatif envers la police. »

Téléphones portables

La première étude portait sur 200 cobayes. M. Boivin en fait maintenant une deuxième, en ajoutant le point de vue d’un téléphone portable, auprès de 600 personnes. « Les premières données montrent qu’il n’y a pas de différence entre la perception des vidéos de caméras de surveillance et de téléphones portables. » Pourquoi est-ce important de faire ce type d’études ? « On veut mettre des caméras corporelles pour augmenter la transparence, mais si la population a un point de vue plus négatif des policiers à cause de cette technologie, c’est négatif. »

S’habituer à la violence

Détail important, quand on montrait la même scène d’intervention policière deux fois aux étudiants, à quelques jours d’intervalle, ils avaient une opinion moins négative du travail des policiers. « Dans certains cas, ils changeaient d’idée complètement, dit M. Boivin. Au début, ils trouvaient la violence policière inacceptable ; ensuite, ils la trouvaient appropriée. » Selon le criminologue montréalais, cela pourrait être dû au fait que la population canadienne est peu en contact avec la violence. « Quand on a l’impression que la violence n’existe pas, la violence policière est inacceptable. » Il est intéressant de noter que dans ce cas, la violence des films d’action ne semble pas avoir le même effet que le fait de regarder à deux reprises une vidéo décrivant de manière réaliste le travail des policiers. « Oui, c’est vrai, c’est intéressant dans le contexte où on s’inquiète de l’impact des films violents sur le niveau de tolérance envers la violence », dit M. Boivin.

Interrogatoires

Le travail de M. Boivin s’inspire d’études similaires sur des vidéos d’interrogatoires. « Quand on met la caméra derrière l’interrogateur, il a l’air plus menaçant, plus manipulateur, dit-il. Il y a même eu des études qui ont montré que des juges pouvaient être influencés par le point de vue de la caméra d’interrogation. »

Les cas de traite des personnes en hausse marquée au Canada

Les cas de traite des personnes ont augmenté de 44 % en 2019 à l’échelle du pays, montre un nouveau rapport de Statistique Canada paru mardi. Cette hausse marquée constitue un sommet inégalé depuis 2009.

« En raison de la nature cachée de ce crime, la traite des personnes est difficile à détecter », affirme d’ailleurs l’organisation fédérale, en insistant sur le fait que les « données recueillies constituent une sous-estimation de son ampleur réelle ».

Dans le détail, les corps policiers ont enregistré 511 affaires de traite des personnes en 2019. L’année précédente, ce sont 315 cas qui ont été rapportés. Les données de 2019 s’inscrivent dans une tendance à la hausse observée depuis de nombreuses années. En fait, seule l’année 2018 fait exception, une baisse de 33 affaires de traite des personnes ayant alors été observée.

La traite des personnes est le fait « d’exercer un contrôle, une direction ou une influence sur les mouvements d’une personne en vue de l’exploiter ou de faciliter son exploitation », précise-t-on. Les personnes qui en sont victimes sont fréquemment aux prises avec des actes de violence physique, psychologique ou sexuelle.

L’Ontario et la Nouvelle-Écosse en tête

L’Ontario est particulièrement touché par la traite des personnes ; 62 % des cas ont été rapportés sur son territoire. De son côté, la Nouvelle-Écosse est aux prises avec le plus haut taux de cas de traite des personnes par habitant, soit 5,3 infractions pour 100 000 habitants.

Les grandes villes représentent le lieu où le plus de cas de traite des personnes sont recensés. Ce sont 85 % de ces crimes qui ont été rapportés dans les centres urbains de plus de 100 000 habitants en 2019.

Cette conclusion s’explique par la plus grande demande pour des services sexuels dans ces lieux, selon le rapport. « Il a par ailleurs été constaté que la vaste majorité des infractions liées au commerce du sexe au Canada sont commises dans les grandes villes », énonce le document.

La plupart des dossiers de traite des personnes ne sont pas liés à « d’autres infractions criminelles », selon le rapport. « Dans environ les deux tiers (65 %) des affaires de traite des personnes déclarées par la police, la traite des personnes représentait la seule infraction liée à l’affaire, tandis que l’autre proportion de 35 % mettait en cause d’autres crimes », note-t-on.

Les femmes davantage touchées

Ce sont deux victimes de traite des personnes sur trois qui sont des femmes, énonce Statistique Canada. La grande majorité d’entre elles, 89 %, sont âgées de moins de 35 ans. À l’opposé, ce sont 83 % des auteurs présumés de ce crime qui sont des hommes, selon l’étude de 2019. De ce nombre, 65 % sont de jeunes adultes âgés de 18 à 34 ans.

Enfin, la majorité des victimes de la traite des personnes connaissaient préalablement leur agresseur. Ce sont uniquement 11 % des infractions qui sont commises par un individu étranger à la victime.

Il y a deux ans, Ottawa s’était engagé à verser 14,5 millions sur cinq ans pour lancer la Ligne d’urgence canadienne contre la traite des personnes, un service multilingue du Canadian Centre to End Human Trafficking. « Il y a encore énormément de gens qui croient que la traite des personnes se passe ailleurs, avait déclaré la directrice de l’époque, Barbara Gosse. En réalité, elle se produit dans des communautés de partout au pays. Et c’est une menace pour toutes les filles, les femmes, les hommes ou les garçons vulnérables. »

— Avec La Presse Canadienne

Inconduites sexuelles dans l’armée

Le sénateur Boisvenu demande à Louise Arbour de se désister

Ottawa — Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu exhorte l’ancienne juge de la Cour suprême Louise Arbour à renoncer à mener l’examen sur les inconduites sexuelles dans les Forces armées canadiennes (FAC), afin de « préserver sa réputation ».

Selon lui, la juge Arbour, « dont la réputation dépasse les frontières de notre pays, ne peut accepter de jouer dans cette cynique parodie puisque les victimes ont été sacrifiées pour protéger l’image du premier ministre et celle de son ministre de la Défense ».

Il lui demande ainsi, dans un communiqué publié mardi, de « faire preuve de professionnalisme, de se retirer du mandat et de préserver sa réputation » en renonçant à accomplir le mandat que lui a confié le gouvernement Trudeau la semaine dernière.

Cette annonce a suscité une avalanche de critiques, car l’examen indépendant que l’on a commandé à Louise Arbour succédera à un autre examen réalisé il y a plus de six ans par une autre ancienne magistrate du plus haut tribunal au pays, Marie Deschamps.

Or, sa recommandation clé, « créer un centre indépendant de responsabilisation en matière de harcèlement sexuel et d’agression sexuelle à l’extérieur des FAC », est restée lettre morte – l’appareil militaire y était réfractaire, et les libéraux ont préféré créer un centre d’intervention dénué de pouvoir de surveillance.

Les deux anciennes juges de la Cour suprême du Canada ont néanmoins dit juger l’exercice pertinent.

Mais le sénateur Boisvenu estime qu’il s’agit d’un affront pour les victimes d’inconduites sexuelles ; dans le communiqué qu’il a transmis mardi, il invite Louise Arbour à ne « pas accepter ce mandat en tout respect pour les femmes qui œuvrent au sein des FAC ».

La principale intéressée n’a pas commenté la sortie du sénateur, mardi.

Motion de congédiement

Pendant ce temps, dans l’autre chambre du Parlement, l’opposition ne lâche pas non plus le morceau : le Parti conservateur a décidé de consacrer sa journée d’opposition à un débat sur le congédiement de Katie Telford, cheffe de cabinet de Justin Trudeau.

« Après avoir arrêté les travaux du comité par de l’obstruction, vendredi dernier, pour éviter une motion convoquant Katie Telford au comité de la défense, les libéraux de Trudeau ont carrément annulé la réunion d’hier », a pesté le chef Erin O’Toole dans une déclaration écrite.

« Justin Trudeau veut désespérément empêcher la chute de son gouvernement marqué par les scandales. Si le premier ministre dit la vérité, et s’il veut que les Canadiens croient qu’il ignorait la preuve de l’inconduite sexuelle du général Vance, il va congédier Katie Telford », a-t-il conclu.

Les scandales ayant éclaboussé l’armée, dont les allégations entourant l’ancien chef d’état-major Jonathan Vance, sont étudiés au comité de la défense ainsi qu’à celui de la condition féminine. Dans le premier, les libéraux ont fait de l’obstruction parlementaire, vendredi dernier.

La présidente du comité de la défense, la libérale Karen McCrimmon, a annulé la réunion suivante, lundi.

Allégation d’agression sexuelle

Poursuite civile pour des propos jugés diffamatoires sur les réseaux sociaux

Un étudiant de l’Université Concordia poursuit en diffamation une Montréalaise qui a allégué sur les réseaux sociaux qu’il l’avait agressée sexuellement, ce qu’il nie catégoriquement. Estimant sa réputation entachée, il réclame 60 000 $ en dommages et intérêts.

En octobre 2020, une étudiante aurait publié sur Instagram et sur Facebook des messages disant que Peter Delis était « misogyne » et qu’il l’avait « agressée sexuellement en lui agrippant un sein en février 2020 ».

« Des publications qui ont été partagées plusieurs fois et vues par potentiellement des milliers de personnes », peut-on lire dans la poursuite civile déposée au palais de justice de Montréal, vendredi dernier. Il est ajouté que « la défenderesse demande à tous ses amis de partager et encourage ceux-ci à répandre de fausses rumeurs ».

L’étudiant en génie à l’Université Concordia allègue qu’il n’a jamais agressé sexuellement cette femme. Il l’aurait rencontrée pour la première fois lors des Compétitions québécoises d’ingénierie (CQI) de janvier 2020. Il aurait noté qu’elle semblait avoir été offensée par des propos qu’il aurait tenus à l’endroit de joueurs d’une équipe adverse.

En février 2020, il l’aurait rencontrée de nouveau dans un bar. Dans une conversation qui aurait duré « moins de 2 minutes », il serait revenu sur les évènements des CQI pour tenter de s’expliquer, en évoquant entre autres qu’ils devraient « mettre leurs différences d’opinions de côté et être amis », écrit MVanna Vong dans le document judiciaire. Son client n’aurait eu aucune autre interaction ou communication avec l’étudiante avant la publication des allégations, neuf mois plus tard.

« Une excellente réputation » entachée

Toujours selon Peter Delis, il était très actif dans la vie étudiante à l’Université Concordia et jouissait d’« une excellente réputation ». Cependant, à la suite des allégations, il affirme qu’il a dû démissionner de son poste au sein de l’association étudiante, puisque des membres du comité exécutif n’étaient pas à l’aise avec la situation.

En plus de ressentir de la honte, il aurait aussi eu de la difficulté à poursuivre ses études. Il vivait « à l’écart de tous ses proches et amis, se sentant coupable pour une déclaration que la défenderesse savait totalement fausse », lit-on.

Une mise en demeure a finalement été envoyée à la jeune femme, le 4 février 2021, pour lui demander de retirer les publications et commentaires diffamatoires et de publier des excuses sur les réseaux sociaux. Elle aurait répondu qu’elle refusait de se rétracter.

Peter Delis s’est ainsi tourné vers la Cour pour qu’elle ordonne le retrait de tous les messages, publications et commentaires diffamatoires le concernant. Il souhaite aussi que la jeune femme publie une lettre d’excuses publique sur ses comptes personnels de réseaux sociaux. Il réclame également 60 000 $ en dommages-intérêts.

REM de l’Est

CDPQ Infra se défend de favoritisme

La sélection de la firme Lemay pour remplacer les architectes œuvrant jusqu’ici sur le Réseau express métropolitain (REM) de l’Est s’est faite « de façon rigoureuse et transparente », a assuré mardi la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). La firme est étroitement liée à la Caisse de dépôt, et a notamment effectué des investissements importants dans l’organisation. La réalité, dit Harout Chitilian, vice-président affaires corporatives, développement et stratégie de la filiale CDPQ Infra, est qu’un appel d’offres a été effectué sans succès. « Partant de là, on a donné un contrat à la compagnie Systra pour aller recueillir les meilleurs talents. » Ainsi, l’embauche de Marc Choquette, ancien associé chez Lemay récemment nommé « directeur, architecture et intégration urbaine », chez CDPQ Infra, n’a « aucun lien » avec la sélection de la firme d’architecture.

— Coralie Laplante et Henri Ouellette-Vézina, La Presse

Masques défectueux achetés par Ottawa

La ministre Anand compte récupérer l’argent des contribuables

La ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, affirme avoir pris les moyens qui s’imposent afin de protéger l’intérêt des contribuables en annulant les contrats d’achat de millions de masques qui ne répondaient pas aux critères de qualité du gouvernement fédéral. La ministre a aussi affirmé que tous les efforts seront déployés afin de récupérer les 80 millions de dollars qui ont été versés à la firme Tango Communications Marketing, qui s’était vu accorder les contrats pour importer ces masques fabriqués en Chine et dont la qualité ne répondait pas aux critères attendus. Le gouvernement fédéral a annulé lundi les contrats et exige le remboursement des sommes payées à l’avance. « Nous entreprenons des recours juridiques. Nous n’allons pas payer pour des masques défectueux », a affirmé la ministre.

— Joël-Denis Bellavance et Vincent Larouche, La Presse

La Dre Joanne Liu devient professeure à l’Université McGill

La Dre Joanne Liu, ancienne présidente de Médecins sans frontières, devient professeure spécialiste des urgences pandémiques et sanitaires à l’Université McGill. Elle se joint à l’École de santé des populations et de santé mondiale (ESPSM) de l’établissement montréalais. Figure bien connue du public, la Dre Liu a elle-même reçu son diplôme en médecine de cette université en 1991. « Le rôle des universités est crucial pour améliorer la préparation et la riposte en cas d’urgence sanitaire. McGill a non seulement des réalisations remarquables, mais aussi un potentiel illimité à cet égard », a déclaré par voie de communiqué la Dre Liu. Elle est également membre du Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie, chargé d’évaluer la gestion de la COVID-19. Avec Médecins sans frontières, la Dre Joanne Liu a notamment effectué des missions en Afrique de l’Ouest, en pleine pandémie d’Ebola.

— Marie-Eve Morasse, La Presse

Ancienne bibliothèque Saint-Sulpice

Denis Coderre veut une Maison de la chanson

L’ancien maire et candidat à la mairie de Montréal Denis Coderre favorise l’installation d’une Maison de la chanson et de la musique dans l’édifice patrimonial de la bibliothèque Saint-Sulpice, située dans le Quartier latin de Montréal. Il s’engage à agir pour protéger ce bâtiment historique, laissé à l’abandon depuis 16 ans. « Il s’agit d’un bâtiment de calibre international, le seul en son genre à Montréal, et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger ce joyau », a affirmé Denis Coderre lors d’un point de presse tenu en face de la bibliothèque. Il évoque l’idée que la Ville de Montréal rachète l’édifice, qui appartient actuellement à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). La mairesse de Montréal, Valérie Plante, se défend pour sa part de délaisser le bâtiment. Denis Coderre « annonce des choses que la Ville fait déjà », affirme le cabinet de la mairesse, en demandant à son adversaire d’élever le débat public.

— Henri Ouellette-Vézina et Isabelle Ducas, La Presse

Autoroute Bonaventure et pont Honoré-Mercier

D’importants chantiers à prévoir

Des travaux importants se feront tout au cours de l’été et de l’automne sur l’autoroute Bonaventure, de même que sur le pont Honoré-Mercier, a annoncé la société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain. Au total, cette année, les travaux effectués sur les infrastructures routières fédérales dans la métropole sont estimés à 230 millions. Les principaux chantiers à surveiller incluent le planage et l’asphaltage de tronçons de la portion fédérale du pont Honoré-Mercier, ainsi que les travaux de réfection de la section surélevée de l’autoroute Bonaventure. Les automobilistes peuvent s’attendre à des chantiers qui ressembleront à ceux qu’ils ont connus l’an dernier, selon la Société. Du côté du pont Jacques-Cartier, le programme de renforcement d’acier et de peinture se poursuivra cette année et occasionnera des entraves partielles de deux voies par direction pour sept nuits. Le trottoir et la piste multifonctionnelle seront fermés, quant à eux, durant cinq nuits.

— Louise Leduc, La Presse

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