Comment trouver 600 médecins d’un coup

Quatre jours par semaine, les médecins de famille pratiquent leur métier. Ils traitent des patients.

Puis la cinquième journée, les 6000 médecins de famille au Québec se transforment… en fonctionnaires.

Ils doivent remplir les innombrables formulaires des compagnies d’assurances. De la CNESST et des autres organismes gouvernementaux. Des employeurs pour justifier les congés de maladie.

Certains CPE et écoles demandent même une ordonnance du médecin pour… donner du Tempra, du Tylenol ou de la crème solaire aux enfants. (Ce n’est pas une blague, ça arrive de temps à autre.)

Entre autres paperasses, les médecins doivent aussi gérer les fax (ex. : des pharmaciens), les labos, les suivis avec les médecins spécialistes et l’administration de leur groupe de médecine familiale (GMF).

Résultat : les médecins de famille du Québec passent 24 % de leur temps dans la paperasse (9,7 heures de paperasse par tranche de 40 heures de travail), selon un sondage réalisé l’an dernier par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). Le problème n’est pas propre au Québec : on en est arrivé sensiblement aux mêmes chiffres en Nouvelle-Écosse et au Massachusetts.

La FMOQ veut interpeller le gouvernement du Québec et les différents intervenants (compagnies d’assurances, employeurs, CNESST, SAAQ) au cours de la prochaine année.

Il est temps de réunir tout ce beau monde-là dans une salle pour leur dire : ça suffit le niaisage !

Environ 20 % des Québécois n’ont pas de médecins de famille. Ceux qui en ont un ne peuvent pas toujours le voir rapidement. Et les médecins passent le quart de leur temps à remplir de la paperasse souvent inutile au plan médical ?

Le gouvernement Legault, qui n’a pas la réputation d’aimer la bureaucratie inutile, doit se mettre le nez là-dedans. Comme gestionnaire du système de santé et comme plus important employeur de la province.

Il faudra aussi trouver une façon de discipliner les compagnies d’assurances et les employeurs pour qu’ils cessent de demander systématiquement des billets du médecin. Bonne chance, ça ne sera pas simple. À moins que tout le monde fasse preuve de bonne volonté.

Ce n’est pas normal que le gouvernement du Québec, comme employeur, exige un billet du médecin ou un rapport d’invalidité de l’employeur pour toute absence de plus de trois jours. Vraiment, un billet du médecin pour une gastro qui vous cloue au lit quatre jours ?

Ce n’est pas normal que des assureurs exigent parfois un billet du médecin pour rembourser des frais de physiothérapie. Quand vous avez des assurances dentaires, le diagnostic du dentiste suffit. Pourquoi est-ce différent pour d’autres professionnels de la santé comme les physiothérapeutes et les psychologues ?

Ce n’est pas normal que tous les employeurs et compagnies d’assurances n’utilisent pas les formulaires standardisés pour les assurances. Par exemple, certains CIUSSS et CISSS ne les utilisent pas pour leurs employés.

Ce n’est pas normal qu’un médecin soit parfois obligé de remplir le nouveau formulaire de 16 pages (!) afin qu’un patient puisse obtenir le crédit d’impôt fédéral pour personnes handicapées.

Au moins, la SAAQ n’exige plus de billet du médecin pour tous les conducteurs de plus de 75 ans. « La SAAQ vient de nous épargner 100 000 consultations par année », dit le DMarc-André Amyot, président de la FMOQ. C’est 100 000 consultations de plus pour de « vrais patients ».

Bien sûr, les médecins de famille auront toujours un peu de paperasse à remplir. La FMOQ aimerait réduire le temps qui y est consacré de 24 % à 10 %. C’était la norme il y a 15 ans, rappelle la Dre Sophie Bernier, qui pratique la médecine de famille au Lac-Saint-Jean.

Si on y arrivait, toutes les heures économisées reviendraient à engager 600 médecins de famille supplémentaires, calcule la FMOQ. Rappel : on forme environ 400-450 nouveaux médecins de famille chaque année au Québec.

Ça vaut vraiment la peine d’éliminer la paperasse inutile des médecins.

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