Valérie Grenier

Prête à dompter la « bête de l’Est »

Killington — Il n’y a pas épais de neige à Killington. En fait, il n’y en a pas du tout, à part sur les quelques pistes ouvertes de la « bête de l’Est », surnom de la station vermontoise.

Grâce aux canons à neige Killington est ouverte de haut en bas depuis cette semaine. Il était temps, car les meilleures techniciennes de la Coupe du monde de ski alpin sont arrivées mardi en prévision des deux épreuves de la fin de semaine : un slalom géant samedi et un slalom dimanche.

Jeudi soir, une immense projection lumineuse du logo de la montagne brillait sur la piste Superstar, où seront tracés les parcours. Quelques Québécois mettaient la main à la pâte depuis lundi.

Le temps trop doux ne permettra pas d’injecter de l’eau dans la neige, nous a dit l’un d’eux. Peut-être sera-t-elle arrosée en surface pour maintenir son intégrité.

Présentée depuis 2016 dans le cadre du traditionnel week-end de l’Action de grâces, la Coupe du monde de Killington a dû faire une pause l’an dernier, le cirque blanc s’étant limité à l’Europe à cause de la pandémie.

Pour Valérie Grenier, ce sera une rare occasion de skier devant son chum et sa mère, qui ont fait le voyage depuis l’Est ontarien.

« J’ai des amis qui devaient venir, mais il faut passer un test de COVID-19 pour rentrer au Canada », a-t-elle fait remarquer, jeudi soir, près du foyer du Grand Resort Hotel. « À presque 200 $, ça revient cher. Comme l’obligation du test ne sera levée que le 30 novembre, plusieurs ont changé d’idée à la dernière minute. »

Malgré la limitation du nombre de spectateurs, qui devront montrer une preuve de vaccination ou un test négatif, des milliers de personnes sont attendues au bas de la piste.

Tous les yeux seront encore tournés vers la grande vedette locale Mikaela Shiffrin, qui s’est formée dans le Vermont à la Burke Mountain Academy. Mais les autres skieuses ne seront pas en reste.

« C’est l’une de mes Coupes du monde préférées parce qu’il y a une belle ambiance. »

— Valérie Grenier

« On se sent un peu comme en Europe, a fait remarquer Grenier. La foule est tellement grosse. Et ce qui est cool ici, c’est qu’ils encouragent tout le monde, peu importe qui arrive en bas. En Europe, ils crient plus pour les Européennes. »

Une question de confiance

La skieuse de Saint-Isidore en sera à sa cinquième présence à Killington. Son meilleur résultat : 24e en slalom géant à son premier essai en 2016. Âgée d’à peine 20 ans à l’époque, elle participait alors aux quatre spécialités : slalom, géant, super-G et descente. Depuis, elle a laissé tomber les piquets. Les disciplines de vitesse ont également été mises de côté depuis un grave accident subi aux Mondiaux de 2019, où elle s’est cassé une jambe à quatre endroits.

Elle se concentre donc sur le géant jusqu’à nouvel ordre. « Pour vrai, j’ai vraiment très hâte. Ça fait longtemps que j’ai couru ici, et j’arrive en étant plus confiante. Les dernières fois, j’étais moins une spécialiste de slalom géant. Après ma septième place à Sölden, j’ai juste vraiment hâte. Ça pourrait bien aller. À voir. »

Le 23 octobre, Valérie Grenier a en effet signé le meilleur résultat de sa carrière en slalom géant, se classant septième à l’épreuve d’ouverture sur le glacier de Sölden. Cet excellent résultat lui a mis les larmes aux yeux. « Ça a vraiment gonflé ma confiance. »

Après deux semaines et demie passées chez elle à sa nouvelle résidence de L’Orignal, en Ontario, elle avait donc très hâte de rechausser ses skis.

Or, la représentante du club de Mont-Tremblant a dû faire preuve de patience. Le stage prévu à Vail, dans le Colorado, a été annulé faute de pistes adéquates. Elle s’est rabattue sur Nakiska, au nord de Calgary, où les conditions n’ont pas été fameuses.

« La neige n’était malheureusement pas très bonne. Ça n’a pas été facile. Je ne skiais pas vraiment bien. Chaque jour, ma confiance diminuait, et je finissais un peu déçue. »

Avec son entraîneur italien Laurent Platz, elle devait venir skier en début de semaine dans une station du Vermont, mais aucune n’offrait des conditions de neige aptes à les accueillir. À la dernière minute, ils se sont rabattus sur Panorama, en Colombie-Britannique, où ils se sont joints aux Suissesses et à quelques membres de l’équipe masculine canadienne.

« C’était le fun d’avoir des amis et de pouvoir se mesurer ! Ç’a été vraiment excellent à Pano. En particulier la dernière journée. Ç’a super bien été à la toute dernière descente. J’ai eu de bonnes sensations. J’ai été solide. J’avais besoin de retrouver de la confiance et un peu de constance. Tout est bien qui finit bien. »

Après une nuit à l’aéroport de Calgary, Grenier, son entraîneur et un technicien ont enregistré leurs 27 (!) bagages pour prendre la direction de l’est. Maintenant, s’il pouvait neiger un peu, comme la dame du motel nous l’a annoncé, ça mettrait un peu d’ambiance.

Pas de super-G avant un bout

Pendant deux jours, Valérie Grenier a renoué avec le super-G à Nakiska. Sur une piste plutôt clémente, elle a repris « un peu confiance ». Mais pas assez pour s’aligner à Lake Louise, la semaine prochaine. De toute façon, l’entraîneur-chef de l’équipe féminine, Manuel Gamper, l’avait déjà prévenue qu’elle passerait son tour en Alberta. « Sur le coup, j’étais un peu déçue, mais je suis d’accord avec lui. Ce n’est pas deux jours de vitesse qui vont tout changer au point d’être extrêmement prête. Je ne veux pas aller faire une Coupe du monde pour faire une course moyenne. Je préfère prendre mon temps. » L’an dernier, la Franco-Ontarienne a souffert d’un « blocage mental » en super-G, séquelle de sa chute aux Mondiaux. Selon toute vraisemblance, elle ne sera pas prête pour les deux super-G de Saint-Moritz le mois prochain. Elle lorgne plutôt Cortina en janvier.

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