Filière des batteries

Québec tend la main à l’Ontario

Le Québec se résout à faire équipe avec la province voisine dans le cadre de sa stratégie de création d’un pôle mondial de la batterie.

« Le Québec et l’Ontario en équipe pourraient faire un tandem assez redoutable », a suggéré Hubert Bolduc dans une allocution prononcée à la conférence Québec mines et énergie mardi. Il préside Investissement Québec International (IQI), division du bras investisseur du gouvernement provincial chargée de convaincre les acteurs étrangers de s’implanter au Québec.

Selon ce partage, le Québec serait actif dans la chaîne des batteries aux étapes de la mine jusqu’à la cellule. Pour sa part, l’Ontario, où sont réunis les constructeurs automobiles, se concentrerait sur les usines de batteries comme telles.

« L’Ontario est aussi dans la course, a reconnu le président d’IQI. En revanche, au niveau de l’énergie et des minéraux, elle n’a pas le même avantage que le Québec. » Outre ses ressources minérales abondantes, le Québec a l’immense avantage de son hydroélectricité abordable, une énergie carboneutre recherchée par les acteurs de la filière batterie.

En juin dernier, le grand patron d’Investissement Québec, Guy LeBlanc, indiquait à La Presse prévoir investir dans la filière de 1 à 2 milliards de fonds publics avec de 4 à 6 milliards d’investissements privés d’ici 2023. À cette époque, IQ ciblait l’ensemble des maillons : de la mine à la batterie. « On espère être en mesure de faire des annonces importantes au cours des 6 à 12 prochains mois avec de l’expertise internationale dans chacune des composantes de la chaîne », soutenait alors M. LeBlanc.

Le premier ministre Legault a réitéré son objectif de créer un pôle mondial de la filière batterie dans son discours inaugural, le 19 octobre.

Le Québec est toutefois loin d’être seul dans cette ruée vers la batterie. Les États-Unis, on l’a vu avec le dossier des subventions à l’achat de véhicules électriques la semaine dernière, ont l’ambition de bâtir une chaîne d’approvisionnement made in USA.

Dernièrement, le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a reconnu à La Presse Canadienne que son gouvernement n’avait pas l’assurance de pouvoir tout mettre en place pour disposer d’une filière complète.

La province voisine, cœur de l’industrie de l’automobile canadienne, n’a nullement l’intention de manquer sa chance. Son premier ministre, Doug Ford, a en effet dévoilé le 16 novembre une stratégie pour les véhicules électriques qui vise à ce que la province produise 400 000 voitures et camions électriques par an d’ici 2030 et attire 2 ou 3 usines de batteries.

« On pense souvent que, dans le domaine de la batterie, tout va se faire en Ontario, parce que c’est là que les OEM [original equipment manufacturers, les manufacturiers automobiles] sont. Peut-être […], mais il ne faut pas oublier qu’on a Lion Électrique, BRP, Taiga. Il y a d’autres joueurs qui sont en train de bouger, comme Volvo. »

– Hubert Bolduc, président d’Investissement Québec International

Si le défi d’attirer des usines de batteries s’annonce périlleux, le Québec continue de susciter beaucoup d’intérêt dans les segments de la transformation des métaux en produits chimiques et de la fabrication d’anodes et de cathodes, les deux pôles de la batterie.

Cinq donneurs d’ordre sur le terrain

Le Québec est séparé des donneurs d’ordre par une distance de 1200 à 1800 kilomètres. « De manière générale, on a un accès par rail de manière compétitive à peu près à 65 % des usines de cellules nord-américaines, et aussi à 80 % dans le domaine des batteries », a indiqué Hubert Bolduc.

« Il y a cinq grands donneurs d’ordre qui sont actuellement rendus dans la sélection de sites d’implantation pour des projets de transformation et de cellules », a souligné M. Bolduc dans sa conférence.

Mardi, La Presse a révélé que le géant brésilien du fer et du nickel Vale s’intéressait à la filière québécoise des véhicules électriques.

Hubert Bolduc a donné l’exemple de la Suède, qui parvient à tirer son épingle du jeu dans la filière avec le fabricant NorthVolt, bien que le pays soit éloigné géographiquement des manufacturiers automobiles français et allemands.

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