Crise en Haïti

Un sénateur détenant une villa à Laval sanctionné par le Canada

Ottawa — La ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly a annoncé samedi des sanctions contre un sénateur haïtien qui possède une villa à Laval achetée à 4,25 millions de dollars l’an dernier. Ottawa dit avoir des raisons de croire que le riche politicien soutient illégalement les gangs armés qui terrorisent le pays des Antilles.

« Le Canada continue de faire pression sur les gangs armés et leurs partisans pour aider le peuple haïtien à sortir de cette crise et à rétablir la paix et la sécurité dans son pays. Nous envisagerons l’imposition de nouvelles sanctions contre des personnes et entités en Haïti ainsi que d’autres mesures pour mettre fin à la violence persistante », a déclaré la ministre, qui se trouve en Tunisie à l’occasion du Sommet de la Francophonie.

Trois personnes ont été ajoutées à la liste des sanctions canadiennes concernant les activités des gangs en Haïti samedi. L’une des personnes visées est le sénateur Rony Célestin, qui possède depuis longtemps un pied-à-terre à Laval.

« Le Canada a des raisons de croire que ces personnes utilisent leur statut d’ancien ou d’actuel titulaire d’une charge publique pour protéger et permettre les activités illégales de gangs criminels armés, notamment par le blanchiment d’argent et d’autres actes de corruption », précise un communiqué d’Affaires mondiales Canada.

Somptueuse villa

En février 2021, La Presse avait publié un reportage sur l’achat d’une somptueuse villa de 4,25 millions de dollars à Laval par Marie-Louisa Célestin, consule d’Haïti à Montréal et épouse du sénateur Rony Célestin. Le couple avait déjà depuis des années une autre résidence à Laval, qui a été vendue par la suite.

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L’achat de la villa au moment où Haïti était plongé dans une crise profonde avait semé la controverse dans la diaspora haïtienne. La diplomate disait avoir été intimidée jusqu’à sa porte par des opposants. Elle avait engagé pour sa protection la firme de sécurité Titan, qui compte parmi ses gestionnaires d’anciens agents de la Gendarmerie royale du Canada, du Service de police de la Ville de Montréal, du Service canadien du renseignement de sécurité et de la police militaire israélienne.

Mme Célestin avait initialement acheté elle-même la résidence au nom du couple, mais en mai 2021, elle fait don de la moitié de la propriété à son conjoint le sénateur.

La villa comprend quatre salles de bains, un espace pour dix voitures dans l’entrée, un terrain riverain de 66 000 pieds carrés avec fontaine et piscine. Dans un article publié lors de sa mise en vente, le site Narcity écrivait que le grand cellier à vin vitré était « plus comme un walk-in closet pour la boisson qu’un cellier ».

Après la publication du reportage de La Presse, l’Unité de lutte contre la corruption d’Haïti avait ouvert une enquête sur les finances du couple. Le dossier avait été fermé après que les Célestin eurent démontré la source légitime de leurs fonds. M. Célestin est un industriel important dans son pays alors que sa conjointe fait de l’import-export avec la Chine.

Pas de preuves, rétorque son avocat

Les sanctions imposées par le Canada samedi entraînent une interdiction de transaction, ce qui signifie que les avoirs du sénateur Célestin au Canada doivent être gelés.

Samedi soir, l’avocat québécois du sénateur, MAlexandre Bergevin, a déclaré que le Canada n’avait fourni aucune preuve de l’appui de son client aux gangs armés.

« Toutes les sanctions seront vigoureusement contestées, tant sur le plan du droit que des faits, puisque l’annonce des sanctions vient sans la moindre preuve. Nous sommes au début et non à la fin des procédures. »

– MAlexandre Bergevin, avocat québécois du sénateur Célestin

Outre M. Célestin, le Canada a imposé des sanctions samedi à Hervé Fourcand et Gary Bodeau, deux anciens élus haïtiens. Auparavant, des sanctions avaient déjà visé Joseph Lambert, président du Sénat d’Haïti, ainsi que Youri Latortue, ancien président du Sénat. Le chef de gang Jimmy Chérizier a aussi été frappé par les sanctions d’Ottawa.

« Les sanctions prises aujourd’hui visent à mettre fin au flux de capitaux et d’armes illicites ainsi qu’à affaiblir et à mettre hors d’état de nuire les gangs criminels d’Haïti », affirme Affaires mondiales Canada dans son communiqué.

« Ces gangs et leurs partisans continuent de terroriser en toute impunité les populations vulnérables en Haïti, et ils ont ainsi provoqué dans le pays une crise humanitaire », poursuit le texte.

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