La débattomanie

C’est fou le nombre de débats thématiques qui réunissent en ce moment les candidats à la mairie de Montréal. Il n’y a pas une semaine qui se passe sans qu’un tel évènement ait lieu.

Il y a d’abord eu celui de l’Institut du Nouveau Monde (INM), puis ceux du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), de Tourisme Montréal, des Amis de la montagne et de Culture Montréal.

Mardi soir, Valérie Plante et Denis Coderre ont accepté l’invitation du Forum jeunesse de l’île de Montréal et d’autres organismes pour venir discuter des enjeux de la jeunesse, un thème qu’ils avaient déjà abordé lors de la soirée avec l’INM.

Un débat organisé par le Conseil régional de l’environnement (CRE-Montréal) aura lieu le 14 octobre.

Étonnamment, les candidats à la mairie ont délégué un représentant de leur parti pour parler de leur vision des quatre prochaines années au sujet de ce thème majeur (Alan DeSousa pour Ensemble Montréal, Laurence Lavigne Lalonde pour Projet Montréal, Marc-Antoine Desjardins pour Mouvement Montréal).

Quant à celui de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), il se déroulera le 18 octobre. Il est intéressant de noter que pour cette rencontre offerte en présentiel ou en mode virtuel, on doit se procurer des billets dont le prix varie entre 25 $ et 75 $, selon si on est membre ou pas.

Même si les billets pour le débat Priorités jeunesse de mardi soir coûtaient moins cher (10 $), je ne peux m’empêcher de tiquer sur ce détail : payer pour se faire une opinion au sujet de candidats, n’est-ce pas un peu bizarre ?

Après quelques semaines de campagne, nous en sommes donc à un total de huit débats sur autant de thèmes. Du jamais-vu ! Les candidats et leurs conseillers ne savent plus où donner de la tête. Car pour chacune de ces rencontres, les candidats doivent se préparer. Cela augmente la charge de travail de tout le monde.

Et attendez, ce n’est pas terminé, les vrais débats télévisés sont à venir. Un premier est prévu à TVA le 21 octobre, un deuxième à Radio-Canada le 26 octobre et un troisième en anglais le 28 octobre.

Après ces innombrables tête-à-tête, il ne faudrait pas s’étonner de voir Denis Coderre et Valérie Plante à l’émission Si on s’aimait devant la psychothérapeute Louise Sigouin.

Et il n’y a pas qu’à Montréal que cette débattomanie fait rage. Mon collègue François Bourque, chroniqueur au Soleil, me disait que pas moins de 11 débats sont prévus dans la campagne qui se joue à Québec. Sachant que le taux de participation aux élections municipales est famélique, on se demande bien à quoi tout cela peut rimer.

J’utilise le mot « débat », mais on se rend bien compte, en découvrant les formules adoptées, que les organisateurs sont frileux et basent leur concept sur le principe d’allocutions ou d’échanges bien ordonnés.

C’est dommage, parce qu’à deux ou trois candidats, on pourrait créer des débats très intéressants. Et des moments plus enlevants.

Au bout du compte, ces évènements sont surtout créés pour amener les candidats à sceller des engagements souhaités par les organismes à l’origine de ces soirées. Ce fut le cas avec Culture Montréal et les Amis de la montagne (où les candidats étaient carrément invités à venir signer un document).

Bref, ces débats qui n’en sont pas ont remplacé les grands ralliements mis de côté par la pandémie. Ils sont pour les candidats une occasion de parler à des gens reliés qui sont des leaders d’opinion dans leur milieu.

Qu’est-ce que le citoyen moyen retire de tout cela ? Ma foi, pas grand-chose. À moins de suivre scrupuleusement le calendrier de ces rencontres et d’accepter de consacrer une partie de ses soirées à ces moments retransmis sur le web ou sur les réseaux sociaux, une infime minorité de gens prennent connaissance des propos et des idées des candidats.

C’est dommage, car c’est parfois enrichissant. J’ai particulièrement apprécié la soirée de l’INM, où les questions étaient formulées par des jeunes.

Ces évènements assurent une visibilité aux candidats, car si une petite poignée de citoyens assistent à ces échanges, les journalistes (qui commencent à trouver que les candidats se retrouvent très souvent assis sur des tabourets) rapportent ce qui s’y passe. C’est ça que visent les candidats.

C’est aussi pour eux l’occasion de dévoiler des morceaux de leur plateforme.

D’ici au 7 novembre, Valérie Plante et Denis Coderre auront participé au total à une douzaine de débats. Où cela va-t-il s’arrêter ? Sur combien de sujets les candidats vont-ils devoir se prononcer ? Si on consacre des rencontres entières à l’économie et au sort du mont Royal, pourquoi pas le logement, la mobilité, l’itinérance ou l’urbanisme ?

Pour les équipes qui entourent les candidats, il est extrêmement difficile de contrôler le nombre de demandes. Comment refuser ? Tu reçois un appel d’un organisme qui te dit que ton adversaire a accepté l’invitation. Tu fais quoi ? Tu dis oui.

En 2017, Denis Coderre a préféré se concentrer sur quelques « vrais » débats. Cette année, il accepte toutes les invitations. Ça tombe bien, il fait face à une adversaire qui a de l’énergie à revendre et qui a envie de se battre.

Ces nombreux évènements nous font voir à quel point une course à la mairie dans une ville comme Montréal est une bataille féroce. C’est un long et exigeant marathon.

L’époque dans laquelle nous vivons offre un extraordinaire arsenal aux candidats. Ceux-ci seraient fous de s’en priver. Surtout quand cela sert la démocratie.

Le calendrier des prochaines semaines

Au-delà des nombreux débats locaux ou orientés vers un enjeu en particulier, quatre grands débats doivent se tenir dans les prochains jours à Montréal.

• Débat de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) : le lundi 18 octobre

• Débat de TVA : le jeudi 21 octobre

• Débat de Radio-Canada : le mardi 26 octobre

• Débat anglophone (organisé par CBC, CTV, The Gazette, CJAD et City TV) : le jeudi 28 octobre

Jours du scrutin : les 6 et 7 novembre prochains. À Montréal, il sera aussi possible de voter par anticipation les 30 et 31 octobre.

— Henri Ouellette-Vézina, La Presse

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