Agroalimentaire

Les hauts et les bas du lait au temps de la COVID-19

Une étude démontre toute la résilience dont a fait preuvre l’industrie laitière québécoise durant la pandémie

La crise sanitaire a mis à rude épreuve la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Fermeture des écoles et des restaurants, achats « de panique », stockage : les mesures prises en réaction à la pandémie de COVID-19 ont « complètement » transformé les tendances de vente au détail des produits laitiers.

C’est ce que montre une analyse réalisée par les Producteurs de lait du Québec rendue publique mercredi, lors d’une assemblée réunissant ses membres.

Malgré un marché laitier qualifié de « volatil » en raison de besoins « instables » et « chaotiques », il est demeuré en très légère croissance en 2019-2020.

Qui n’a pas été marqué par les fameuses scènes de consommateurs dévalisant les étals de papier de toilette ou de farine en mars 2020 ?

Lorsque le Québec s’est mis « sur pause », le réflexe d’emmagasinage a aussi touché les produits laitiers, avec des effets qui se sont fait ressentir jusque dans les étables.

Les ventes de lait destiné à la production de « lait à boire » ont augmenté de 14 % en mars 2020 par rapport à mars 2019.

Le bond a été encore plus spectaculaire dans le yogourt, avec une augmentation de 24 % durant la même période.

Mais comme le dit l’adage, tout ce qui monte redescend. La fermeture du secteur HRI (hôtellerie, restaurants et institutions), qui représente environ 35 % des ventes de produits laitiers au Canada, a frappé l’industrie de plein fouet. La chute a été particulièrement brutale en avril.

« Le 15 mars, on parlait d’une croissance historique pour le lait à boire. Deux semaines plus tard, tous les autres produits, que ce soit la crème, le fromage ou le yogourt, ont connu des diminutions importantes qui dépassent toutes les prévisions qu’on aurait pu faire », a raconté le président des Producteurs laitiers du Québec, Daniel Gobeil, en entrevue avec La Presse.

Avril : un mois historique

En avril, les ventes de lait pour la fabrication de yogourt sont tombées de 12 % par rapport à l’année précédente, un phénomène attribué à la fermeture des écoles.

Après une hausse de 6 % en mars 2020, les ventes de lait pour la fabrication de crème ont diminué de 21 % en avril 2020 comparativement à avril 2019. Ici, c’est la fermeture des restaurants qui est montrée du doigt.

La dégringolade la plus impressionnante est survenue dans le fromage.

Après une légère diminution de 1,4 % en mars 2020 par rapport 2019, la quantité de lait vendue pour devenir du fromage a plongé de 30,5 % en avril. Les fromages fins sont surtout consommés dans les restaurants.

Le « plan C »

Ces impressionnantes fluctuations expliquent une autre scène qui a frappé l’imaginaire durant la pandémie : celle des millions de litres de lait jetés à la ferme.

Selon des données révélées mercredi, durant les mois de mars et d’avril, les producteurs québécois ont dû se départir de près de 14,7 millions de litres de lait et de 6,6 millions de litres de lait écrémé et de sous-produits.

En revanche, grâce à la mise en place d’un programme d’achat-rachat et d’entreposage de fromage mis en place par le gouvernement fédéral, baptisé « plan C », 17 millions de litres ont échappé au gaspillage.

Les transformateurs ont aussi misé sur un autre produit moins périssable et qui peut être entreposé plus longtemps : le beurre.

Les ventes de lait pour la fabrication de beurre ont augmenté de 17 % en mars, de 30 % en avril et de 27 % en août.

Marché en croissance

Selon les Producteurs de lait du Québec, la croissance de la demande canadienne a été de 0,56 % pour les 12 mois se terminant en septembre 2020, alors qu’elle avait été de 3,76 % pour la période précédente.

Il s’agit d’une déception pour les agriculteurs qui ont investi dans leurs entreprises en fonction des prévisions de croissance du marché, explique M. Gobeil.

« La résilience : la pandémie a amené ce mot-là, dit M. Gobeil. Elle nous a habités tout au long de l’année. Il a fallu prendre acte assez rapidement de l’ajustement de marché.

« Quand j’ai commencé mon mandat, on s’en allait sur une croissance de 3 % et une augmentation de prix de 2,30 $, et je finis l’année six mois plus tard et l’on parle d’une croissance de 0,5 % et d’une hausse de prix de 50 cents. Donc c’est clair que la croissance n’a pas été au rendez-vous. »

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