Critique

Montréal fête Kent Nagano

C’est avec de vibrants applaudissements que le chef émérite de l’Orchestre symphonique de Montréal Kent Nagano a été accueilli sur la scène de la Maison symphonique, mardi soir, pour son retour dans la métropole. Un concert qui faisait la part belle à Mozart, mais aussi au jeune Schubert.

L’OSM pouvait s’estimer heureux d’avoir une salle aussi bien garnie (peut-être aux deux tiers) en étant en concurrence, le même soir, avec l’Opéra de Montréal et une des vedettes du Festival Bach.

L’ancien directeur artistique de l’ensemble, qui a dirigé sous l’œil attentif de son successeur Rafael Payare, placé à la corbeille, était d’autant plus à l’honneur qu’il célébrait le soir même son 71e anniversaire, que l’orchestre a souligné en fin de concert sur l’air de Gens du pays.

L’enthousiasme du public, visiblement content de revoir son ancien maestro, s’est également manifesté en cours de concert par des applaudissements entre la plupart des mouvements des deux symphonies (la Troisième de Schubert et la « Jupiter » de Mozart). Au contraire de la plupart des chefs, qui restent alors plutôt de marbre pour privilégier une certaine continuité, Kent Nagano a été bon prince et s’est chaque fois tourné vers les spectateurs pour les remercier.

On disait que le virtuose hongrois György Cziffra ne jouait bien du piano que vite. Se pourrait-il que Kent Nagano soit l’anti-Cziffra, à l’orchestre s’entend ?

À l’été 2021, au Festival de Lanaudière, il avait par exemple donné un splendide mouvement lent de la Symphonie no 4 de Mahler après deux mouvements rapides manquant singulièrement d’étincelles.

Il s’est un peu passé la même chose mardi avec la Symphonie no 41 en do majeur, « Jupiter », de Mozart. Après un premier mouvement où plusieurs respirations étaient trop brèves, où le suspense était aux abonnés absents et où les parties fuguées manquaient d’intensité, le chef états-unien nous a servi un Andante cantabile de rêve, comme en suspension.

Les mêmes reproches peuvent être servis pour le finale, dont la fugue finale passe un peu trop comme du beurre dans la poêle, mais aussi pour le menuet, qui manque singulièrement de bonhomie, Nagano semblant vouloir le faire plus en 6/8 qu’en 3/4.

Idem dans la Symphonie no 3 en ré majeur, D. 200, de Schubert. Même si le deuxième mouvement, qui sert habituellement de respiration dans une symphonie, est indiqué « allegretto » (un peu gai), on s’attend à quelque chose de plus posé, de plus espiègle pour souffler entre les premier et troisième mouvements, tous les deux rapides. Or, Nagano fonce à toute allure. Et le trio ne danse littéralement pas.

Le premier mouvement manque autant de couleurs que celui de la Jupiter. L’arrivée du deuxième thème, plus tendre, est en outre réalisée avec une impardonnable indifférence.

Il y a également le son. Kent Nagano cultive, dans le répertoire classique, une sonorité faisant un usage très économe du vibrato.

Difficile de dire si c’est la perte d’habitude des musiciens de l’OSM, mais ce parti pris produit un son souvent émacié manquant singulièrement de chaleur, quand ce n’est pas de justesse. C’est d’autant plus le cas pour les staccatos dans l’aigu aux cordes.

Les problèmes sonores sont autant plus patents dans l’entremets que fut l’Exultate jubilate, K. 165, de Mozart, notamment dans le deuxième air, « Tu virginum corona ». Heureusement, il s’agit d’un mouvement plutôt lent (un Andante), ce qui nous vaut un des beaux moments de la soirée.

La soliste, la soprano colorature néo-écossaise Jane Archibald, charme par sa voix souple et ductile. Le contre-do de l’« Alleluja », qui ne figure pas dans la partition, mais que la tradition a en quelque sorte consacré, ne lui pose pas l’ombre d’un problème.

Il lui manquerait peut-être un peu plus de personnalité vocale (un manque de résonance dans le masque ?) pour vraiment faire partie des plus grandes de sa catégorie, mais on savoure quand même sa prestation avec grand appétit.

Le concert est redonné ce mercredi et jeudi soir.

Consultez la page du concert

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.