À BIEN Y PENSER

Question de respect

Franz-Olivier Giesbert, célèbre auteur français contemporain, a déjà écrit : « Une société qui ne respecte pas ses professeurs est une société qui n’a pas le respect d’elle-même ».

Les politiciens sont aussi des citoyens.

— Yvan Germain, Saint-Jérôme

Opinion  Énergie

Quelle rigueur électrique ?

Mettre de l’argent gouvernemental dans des véhicules est une insulte à tous ceux qui subissent les coupes actuelles

Le gouvernement Couillard voulait sans doute prouver aux Québécois que nous ne sommes pas en période d’austérité. Au contraire : les millions pleuvent ! 420 millions investis en transport. On veut aider les Québécois à acheter 100 000 voitures de plus, ainsi que des centaines de bornes électriques d’ici 2020.

100 000 véhicules électriques de plus sur les routes, c’est beaucoup, pourrions-nous penser. Des voitures sans émissions de gaz à effet de serre (GES), alors que la cible de réduction du gouvernement est ambitieuse pour 2020, cela semble être une excellente stratégie. En plus, nous avons des surplus d’électricité, qui n’est pas importée comme le pétrole. Inutile donc de réfléchir davantage : le plan est parfait, ou peut-être même pas assez ambitieux. C’est ce que clame déjà l’opposition péquiste.

Malheureusement, loin d’être parfait, le plan d’électrification des transports est non seulement inutile, il est dommageable.

Il coûte cher, il ne produira presque aucun résultat, et il nous éloigne des solutions qu’il est impératif de mettre en place si l’on veut avoir une chance d’atteindre nos cibles de réduction de GES de 2020.

Il coûte cher parce que nous ne sommes pas en période de vaches grasses. Tous les budgets sont coupés, notamment en santé et en éducation. Mettre de l’argent gouvernemental dans des véhicules est une insulte à tous ceux qui subissent les coupes, que ce soit parce qu’ils perdent leur emploi, ont moins de services, ou ne peuvent plus travailler normalement parce que leur environnement de travail est amputé. 

C’est de l’argent gouvernemental d’autant plus mal dépensé que s’il y a un secteur où les Québécois aiment dépenser de l’argent, sans aide du gouvernement, c’est dans l’achat de nouveaux véhicules. Durant les sept premiers mois de 2015, les Québécois ont ainsi acheté pour plus de 8 milliards de véhicules neufs, un record, soit 4,6 % de croissance par rapport à 2014. Si l’économie croissait à ce rythme, le gouvernement pourrait peut-être se permettre ces dépenses inconsidérées. Mais la croissance est sous le 1,5 %. Pire, les Québécois confirment leur désir de gros véhicules (camions légers), dont le nombre d’unités vendues a cru de 15,6 % pendant les 7 premiers mois de 2015 comparé à la même période un an plus tôt. Ils délaissent les simples voitures, dont le nombre d’unités vendues a diminué de 2,6 %.

Ce plan ne produira presque aucun résultat, parce que les 100 000 véhicules électriques ne représenteront que 2 % du parc automobile de 5 millions de véhicules individuels. Ils ont émis plus de 18 millions de tonnes de GES en 2013. Le plan d’électrification du gouvernement vise une réduction de 0,15 million de tonne en 2020. Cela fait une réduction de 0,8 %, quand on vise 20 %. De plus, rien ne garantit que les véhicules électriques réduisent effectivement les émissions : ce sont des véhicules supplémentaires sur les routes. Si les autres véhicules continuent de rouler, on aura tout autant de GES.

Enfin, et c’est là le cœur du problème, encourager les véhicules électriques, c’est encourager la voiture individuelle. C’est encourager l’étalement urbain, c’est promouvoir la congestion. C’est saper les efforts de covoiturage, c’est ne pas aider l’autopartage et le transport collectif autant qu’on aurait pu. Bref, c’est s’enfoncer dans nos problèmes plutôt que de tenter d’en sortir. C’est aussi une initiative socialement inéquitable, parce que les subventions aux véhicules et aux bornes vont être inaccessibles aux ménages à faible revenu, puisque les voitures électriques sont trop chères, même après la subvention de Québec.

Alors que le gouvernement donne au Québec des cibles ambitieuses de réduction des GES et qu’il clame la rigueur budgétaire, il est consternant de le voir investir dans le problème plutôt que dans les solutions.

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