Analyse

Pourquoi la troisième vague est-elle moins mortelle ?

Les chiffres ne mentent pas : la troisième vague est nettement moins mortelle au Québec et le nombre de nouveaux cas de COVID-19 suit une tendance à la baisse depuis quelques semaines déjà. De la vaccination aux mesures en place, en passant par l’adhésion à celles-ci, plusieurs facteurs peuvent expliquer ce bilan moins sombre.

Plus de cas, moins de décès

Quand on se concentre sur les cas, on constate que la troisième vague de contamination à la COVID-19 s’est amorcée à la fin de mars au Québec. Dès le début du mois d’avril, la moyenne mobile calculée sur 7 jours est vite repassée au-dessus des 1000 cas par jour pour l’ensemble de la province, avec une pointe à 1614 cas le 13 avril. Depuis, les cas sont en légère – mais assez constante – baisse. Or, la variation du nombre de décès quotidien est beaucoup moins grande. Au plus fort de cette troisième vague, cette moyenne est grimpée à 10 décès par jour, soit à peine plus qu’à la fin de la deuxième vague. En fait, depuis la fin de la deuxième vague, cette courbe varie peu, la moyenne oscillant entre 6 et 10 décès par jour.

Moins de morts chez les plus âgés

Pour bien comprendre ce qui distingue la troisième vague, il faut regarder les décès chez les 60 ans et plus, population parmi laquelle 98 % des morts ont été enregistrées depuis le début de la pandémie. Or, ceux-ci ont été beaucoup moins nombreux à décéder depuis le mois de mars. Au sommet de la deuxième vague, on déplorait en moyenne 40 décès par jour chez les 80 ans et plus. On en comptait une douzaine chez les 60 à 79 ans. Pendant la troisième vague, la hausse du nombre de décès chez les 60 à 79 ans a été très légère, à cinq par jour. Chez les 80 ans et plus, la hausse a été encore plus faible.

L’effet des vaccins

Au Québec, la campagne de vaccination a débuté à la mi-décembre, mais a réellement pris son envol en février, d’abord chez les personnes âgées. Il faut compter de deux à trois semaines entre l’administration d’une dose et le moment où elle atteint son plein effet. Au début d’avril, quand la troisième vague a pris de l’élan, la couverture vaccinale effective des 80 ans et plus dépassait 50 %. Elle approche aujourd’hui ce seuil chez les 60 à 79 ans. « On a aujourd’hui une bonne couverture vaccinale, surtout chez les plus de 60 ans », explique le Dr Alex Carignan, microbiologiste et infectiologue au CIUSSS de l’Estrie.

Peu de cas chez les plus vieux

La couverture vaccinale a eu un effet évident chez les 60 ans et plus, qui avaient été durement touchés pendant la deuxième vague. On recensait alors 350 nouveaux cas par jour chez les 60 à 79 ans et 200 chez les 80 ans et plus. Mais quand la troisième vague a frappé, les cas ont été nettement moins nombreux chez les 80 ans et plus, la tranche de la population qui était la plus vaccinée. Au plus haut de cette vague, on a recensé 35 nouveaux cas par jour. Début avril, les 60 à 79 ans étaient nettement moins protégés : à peine 5 % avaient reçu une dose de vaccin depuis 21 jours ou plus. Les 60 à 79 ans ont donc connu la troisième vague, mais avec seulement 175 nouveaux cas quotidiens au sommet. Depuis la mi-avril, moment où la couverture vaccinale a atteint 33 % pour ce groupe d’âge, les cas sont toutefois en nette baisse.

Une vague plus jeune

Ce sont surtout les plus jeunes qui sont encore touchés par la transmission. À la fin d’avril, 60 % des nouveaux cas concernaient des personnes de moins de 40 ans. Et ces jeunes adultes « sont malades plus longtemps et attendent plus avant de se présenter à l’hôpital », avait soulevé le ministre de la Santé, Christian Dubé, en soulignant que personne n’était réellement à l’abri de complications liées au virus. Selon le Dr Carignan, la progression de la vaccination, conjuguée à la baisse des cas et des hospitalisations chez les plus âgés, laisse croire que le Québec « est dans la dernière ligne droite ». « J’espère qu’on va regarder ça dans le rétroviseur à partir de maintenant », dit-il.

Des règles généralement bien respectées

Selon bien des observateurs, c’est aussi et surtout la discipline des Québécois qui « paie aujourd’hui ». « Si on se compare plus directement à l’Ontario, par exemple, ça n’a rien à voir. Doug Ford a plutôt misé sur le fait de garder un semblant de vie normale avec les commerces et les restaurants ouverts, pendant qu’ici, il n’y avait presque plus d’activité, surtout avec le couvre-feu », rappelle Marie-Pascale Pomey, spécialiste en politiques publiques à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Par ailleurs, les mouvements de contestation des règles sanitaires au Québec « sont très faibles par rapport à ce qu’on voit ailleurs dans le monde », insiste l’experte. Une récente étude de l’Institut national de santé publique du Québec a d’ailleurs conclu que le port du masque, notamment, obtient un appui marqué de 94 %, tout comme le lavage des mains plusieurs fois par jour (73 %) et l’interdiction des rassemblements privés avec des personnes qui ne proviennent pas du même ménage (72 %). Le télétravail, à l’inverse, est de moins en moins une réalité pour la population ; 46 % des répondants disent qu’ils n’en font plus.

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