Accueillir des étudiants dans sa résidence

Que ce soit pour un revenu d’appoint ou pour avoir de la compagnie, de nombreux voisins d’établissement scolaire reçoivent des étudiants chez eux pendant l’année scolaire. Coup d’œil sur ces résidences étudiantes d’un autre genre.

France Lorrain habite à quelques pas du cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu. Du devant de son terrain, on aperçoit la tourelle qui caractérise le bâtiment. Depuis 2010, elle accueille dans le bas de duplex qu’elle habite des jeunes venus étudier dans cet établissement.

« J’ai commencé après que mon conjoint est décédé, raconte-t-elle. Mon fils demeure à Saint-Jean, mais on ne se voit pas tous les jours. Si je tombe et qu’il m’arrive quelque chose… je trouvais que c’était une belle solution, que ça m’aidait et que ça aidait les jeunes. »

Elle a donc aménagé son sous-sol pour pouvoir louer des chambres à deux étudiants (un troisième a la sienne au rez-de-chaussée). Ils disposent d’une salle de bains et d’un petit espace cuisine incluant frigo, micro-ondes, grille-pain et évier. Au besoin, ils peuvent utiliser la cuisinière de la propriétaire. Une dame passe même faire le ménage de leur antre toutes les deux semaines.

« C’est la maison de mes parents, celle que j’habitais quand j’étais moi-même étudiante au cégep, précise France Lorrain. À l’époque, ma mère louait une chambre à un monsieur d’origine allemande. Certains ne sont pas capables de côtoyer chez eux des gens qui ne sont pas de leur famille, mais ça a toujours fait partie de ma vie et des mœurs de la maison. »

En consultant le répertoire des logements hors campus mis en ligne par le cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu sur son site web, on constate qu’ils sont des dizaines à offrir la location de chambres dans les environs, à des prix allant généralement de 240 $ à 400 $ par mois (tous frais et WiFi inclus). Plusieurs autres cégeps et centres de formation professionnelle de la province offrent également un service d’aide au logement qui permet de mettre en contact les étudiants et les locateurs.

Retraité des Forces armées canadiennes, Guy Bergeron a accueilli une étudiante chez lui pour la première fois il y a quelques années alors qu’il s’apprêtait à partir pour une mission de sept mois à l’étranger. « Je voulais quelqu’un à la maison qui puisse s’occuper de mon chat ! », confie-t-il.

Satisfait, il a répété l’expérience, jusqu’à aujourd’hui. À l’inverse d’autres résidences où un espace a été aménagé au sous-sol pour les locataires, ici, la cohabitation est complète. Cuisine, salle de bains, salon, tout est partagé. « Je choisis des étudiants qui ne sont là que la semaine et je charge moins cher, précise M. Bergeron. Quand tu es chez vous, tu veux quand même un minimum d’intimité. La semaine, l’étudiant est à l’école, je travaille. Je suis rarement à la maison. C’est facile. »

Fidèle locataire

Si certains jeunes ne restent que quelques mois, beaucoup occupent la même résidence pendant tout leur parcours scolaire. Comme Cauan Fida, un étudiant de 24 ans en soins infirmiers originaire du Brésil, qui, depuis son arrivée au Québec il y a cinq ans, réside chez France Lorrain.

« Je préfère habiter en chambre chez quelqu’un qu’en résidence, sur un étage avec 30 ados, affirme-t-il. J’aime ça avoir la paix. J’aime pouvoir étudier dans un endroit tranquille et dormir sans qu’il y ait du monde qui crie. » Ses colocataires et lui sont autorisés à recevoir des visiteurs, mais doivent prévenir la propriétaire si l’un d’eux reste pour la nuit.

Malgré quelques accrocs, France Lorrain qualifie son expérience de « variée, mais surtout positive ». « Au fil du temps, dit-elle, j’ai appris à être plus claire. Peut-être que je n’avais pas pris soin de bien communiquer mes attentes certaines fois. »

À quelques rues de chez France Lorrain, Michèle Ladouceur a décidé cette année de se lancer dans la location. Elle a affiché une chambre meublée avec salle de bains privée, située dans le sous-sol de sa maison, qui a rapidement trouvé preneur. Son nouveau locataire, un étudiant dans la trentaine, père de deux enfants, avec qui elle a signé un bail d’un an, a emménagé à la fin du mois d’août. Elle a exigé qu’il soit pleinement vacciné.

« Ça fait cinq-six ans que je pensais louer cette chambre. Quand je me suis séparée, j’ai racheté la moitié de la maison, alors ça m’aide à payer l’hypothèque et ça me fait une présence aussi. »

— Michèle Ladouceur

Jusqu’à présent, elle qualifie son expérience de très positive. « Je ne l’entends pas. Mon chien fait plus de bruit ! »

« Un coup de dés »

Mais, comme dans toute expérience de location, des accros peuvent survenir. D’autant plus que les étudiants en sont souvent à leur première expérience de location, donc sans aucune référence à fournir. « C’est un coup de dés », résume Dominique Morissette, qui loue un 2 ½ situé en bas de son commerce à Joliette. Si elle a reçu plusieurs travailleurs extérieurs de passage et en a retiré une expérience positive, celle qu’elle a eue récemment avec une étudiante s’est terminée de façon abrupte. Le manque de propreté et le va-et-vient ont fait en sorte qu’elle lui a demandé de partir. « J’ai dû faire neuf heures de ménage pour un mois de location. »

La propreté a déjà aussi été un sujet de discussion chez France Lorrain.

« J’ai eu presque à faire face à la démission de notre perle Ginette [chargée de l’entretien]. Alors, je leur ai dit : “Vous vous prenez en main, parce que c’est plus facile de trouver des étudiants pour louer l’espace que de trouver quelqu’un pour faire le ménage !” »

— France Lorrain

Parfois aussi, c’est la santé mentale de l’un qui vacille, comme pour une jeune fille qu’elle a hébergée qui avait des pensées suicidaires. « Quand tu accueilles un jeune chez toi, tu ne penses pas que tu vas vivre quelque chose comme ça, observe Mme Lorrain. Mais ça peut arriver. On n’est pas préparé à toutes les situations auxquelles on va faire face. »

On n’est pas préparé à une pandémie non plus. « Ça me stressait énormément, confie-t-elle. On ne peut pas les empêcher de vivre leur vie, mais il faut être très prudent de qui on voit et comment on les voit. Au début, ce n’est pas tout le monde qui prenait bien ça. On se connaît, mais je ne suis pas leur mère. Je ne trouvais pas ça facile de faire cette job-là. Heureusement, personne n’a eu la COVID. Mais si l’un d’eux en était décédé, je ne me le serais pas pardonné. »

Car, au-delà du toit, c’est aussi un chapitre de leur vie que propriétaires et jeunes locataires partagent, le temps de quelques mois, ou plus si affinités.

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