Jour 1

Douces retrouvailles !

Klô Pelgag, Élage Diouf et Vendou ont été de la soirée d’ouverture des premières Francos depuis le début de la pandémie. Il est en format miniature, il se déroule sous le ciel frisquet de septembre, mais le festival est bien là, fidèle à sa renommée. La Presse a assisté à quelques prestations de cette première soirée plaisante. Compte rendu.

Klô Pelgag la magnifique

Commençons par la fin. La soirée lancée par l’auteur-compositeur-interprète et percussionniste Élage Diouf s’est close avec la tête d’affiche de cette édition miniature des Francos : Klô Pelgag. C’était époustouflant. Klô Pelgag et son groupe ont surtout interprété des pièces tirées de l’album Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, chef-d’œuvre paru à l’été 2020. Rendre ainsi le disque sur scène donne lieu à des moments d’excellence instrumentale à couper le souffle. Le visage maquillé d’une maison bordée d’un champ de fleurs (qu’elle a fini par barbouiller), Klô Pelgag s’est présentée aux Francos avec cette énergie qui n’appartient qu’à elle. Elle a déambulé sur scène, s’est agitée sur son piano, à la guitare, elle est montée sur son banc, elle a fait virevolter ses cheveux teints en blond dans tous les sens, s’est jetée au sol à plusieurs reprises. Klô Pelgag est une bête de scène, dans ce style qui lui est propre. Elle vous convoque dans son univers et ceux qui désirent s’y aventurer n’en ressortent certes pas déçus.

Si elle s’est très peu adressée à la foule, la musique a parlé d’elle-même. Les envolées musicales étaient superbes, portées par les musiciens et les trois choristes (dont Laurence-Anne, qui venait de se produire sur la même scène). Le spectacle de Klô Pelgag offre une mise en scène captivante. C’est déjanté et délicieux. La performance a duré une heure pile et on aurait aimé qu’elle se prolonge. Alors qu’elle interprétait la chanson Rémora, en fin de spectacle, comme si elle l’avait convoquée par sa danse insensée, une pluie battante s’est invitée à la fête. La foule a applaudi plus fort que jamais, alors que l’averse se déchaînait de plus en plus. « On a plus le temps, on peut plus jouer parce qu’il y a des condos qu’il faut qu’il se bâtisse », a-t-elle dit, avant d’offrir encore cinq minutes de spectacle, au terme duquel, à 23 h, tout le monde a fui le déluge.

Le maître Élage Diouf

Sur la scène du Parterre symphonique, Élage Diouf a animé avec brio ce début de soirée, inaugurant les 32Francos de la plus belle des façons : dans l’allégresse. Alors que le soleil tentait une percée à travers les nuages sombres, Diouf a offert un moment lumineux, qui a permis au public de se déhancher, de chanter à tue-tête. Sa somptueuse voix, ses textes en wolof, en français et en anglais – dont plusieurs étaient puisés dans son récent album Wutiko – ont résonné à travers le Quartier des spectacles. Pendant un trop court segment de 45 minutes, il a capté l’attention des festivaliers qui avaient réservé leur place pour ce premier spectacle des Francos. Les sections du parterre n’étaient pas pleines, mais la prestation n’a pas manqué d’entrain pour autant. Le Sénégalais est même descendu se mêler à la foule, en fin de spectacle, pour la chanson Nelson Mandela. En plus de leur faire scander le nom du leader sud-africain sur les notes entraînantes du morceau, il a entraîné les festivaliers dans une séance de danse exaltée. Entre la magnifique performance d’Élage Diouf, ses solos de percussions (de toute beauté !), l’essentielle présence de ses musiciens (et de sa choriste !) et l’énergie qui a voyagé entre le public et la scène, la soirée a été lancée sur une superbe note.

Les premières Francos de Vendou

Le plus grand avantage de Vendou sur scène est la présence de son groupe de musiciens. Un DJ, un guitariste, un bassiste et un batteur l’accompagnent et on se dit en les voyant que le rap devrait toujours être présenté de cette façon. C’est organique, ça ne manque jamais d’énergie (il n’est pas facile d’habiter seul une large scène). Dans son t-shirt orné de tournesols, Vendou a présenté ses chansons où le rap côtoie le chant, des pièces qui font sauter sur place aux ballades larmoyantes. On sent chez lui l’influence du défunt Mac Miller, dans la mélodie de ses compositions et même dans sa présence sur scène. Le tout à la sauce rap québ ! On a particulièrement adoré les moments plus lents (une majorité de son répertoire), voir sur scène la jolie Jupiter ou encore Nectar (qui revisite la Petite Marie de Cabrel), issues de l’album Millénium (2021). Son acolyte FouKi a fait une apparition surprise le temps d’une chanson, pour le plaisir de tous. Plus tard, c’est Rymz qui s’est présenté sur scène pour #Numéro, un autre beau moment. « Cheers à la culture québécoise, cheers à la musique, c’est ce qui fait battre notre cœur », a lancé Vendou aux festivaliers à mi-chemin dans sa prestation. Beaucoup ont d’ailleurs levé la main lorsqu’il leur a demandé s’il s’agissait de leur premier spectacle depuis le début de la pandémie. Il s’agissait sans aucun doute d’une très agréable façon de renouer avec la musique live. Plus tard, une panne d’électricité a donné du fil à retordre à Alaclair Ensemble, qui a pris beaucoup de retard mais a finalement pu monter sur scène. Les problèmes techniques, l’acharnement de la météo, tous les imprévus, c’est aussi cela, un festival.

Un déroulement fluide

Les Francos sont le premier grand festival à se tenir à Montréal depuis l’implantation du passeport vaccinal obligatoire. Son application sur le site s’est faite rondement lors de la soirée d’ouverture, a constaté La Presse sur le terrain. C’est aussi ce que nous ont confirmé plusieurs employés. Afin d’éviter les attroupements à l’entrée des scènes extérieures, les festivaliers devaient d’abord faire valider leur preuve vaccinale aux kiosques prévus à cet effet, qui roulaient à bon train. Bracelet au poignet, il leur était ensuite possible d’assister aux prestations des artistes. Quelques personnes se sont présentées à l’accueil sans passeport vaccinal, mais on leur a simplement refusé l’accès du site. Pour respecter la distanciation sociale, les parterres des scènes sont divisés en plusieurs sections. Au total, les Francos ne pouvaient accueillir que 2500 personnes par scène.

— Léa Carrier, La Presse

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