Réchauffement climatique

L’aluminium pour piéger le CO2

Des chercheurs québécois de l’INRS et des collègues chinois ont mis en lumière le rôle bénéfique – et insoupçonné – de l’aluminium pour piéger le CO2 au fond de l’océan, ce qui pourrait contribuer à freiner le réchauffement de la planète.

La quête est mondiale : comment limiter les changements climatiques ?

L’un des alliés dans cette lutte est le phytoplancton qui vit dans les océans. Comme le font les arbres à la surface de la Terre, ces algues captent le gaz carbonique (CO2) – l’un des gaz à effet de serre responsables du réchauffement du climat – et relâchent de l’oxygène.

Les récents travaux menés à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) ont évalué comment l’aluminium aide le phytoplancton à jouer son précieux rôle de « pompe biologique » des océans.

Ceux-ci sont nés d’une collaboration entre des chercheurs du Québec, Claude Fortin et Peter Campbell, ce dernier étant un expert en géochimie et en écotoxicologie aquatique, et un collègue chinois les ayant contactés après avoir obtenu des résultats prometteurs. Linbin Zhou, premier auteur de l’étude publiée le mois dernier, a ainsi poursuivi son travail en sol québécois.

« J’étais un peu sceptique au départ. Mais je trouvais ça intrigant. »

– Claude Fortin, chercheur spécialisé en biochimie des métaux

Il explique que l’aluminium avait toujours été considéré comme un élément non essentiel à la vie, voire nuisible.

Ensemble, les chercheurs ont conçu de nombreuses expériences scientifiques, menées au centre Eau Terre et Environnement de l’INRS, afin de vérifier leurs hypothèses en soumettant des algues à différentes concentrations d’aluminium sous forme dissoute dans l’eau.

Leurs résultats suggèrent que l’aluminium joue deux rôles : il favorise la croissance du phytoplancton qui assimile le CO2 et il retarde aussi « de façon significative » la dégradation des algues – parfois de plus de 50 % –, reportant ainsi le relâchement du gaz carbonique.

L’aluminium pourrait ainsi contribuer à améliorer la séquestration du CO2 par le phytoplancton, résume le professeur Fortin.

Cet élément se retrouve naturellement dans les eaux marines : il n’est pas la conséquence de déchets jetés dans l’océan, comme des canettes de boissons gazeuses, précise-t-il.

« Dans les faits, l’aluminium est parmi les éléments les plus abondants dans la croûte terrestre. »

Pas de piste d'action concrète

Cette découverte n’offre toutefois pas de piste d’action concrète « ni de solution industrielle », dit-il, mais elle permet de comprendre que l’aluminium joue un rôle dans le piégeage du gaz carbonique, poussant plus loin la compréhension de ce phénomène naturel bénéfique à la planète.

Selon les chercheurs, ces résultats pourraient aussi avoir un impact sur les modèles climatiques en intégrant l’effet « positif » de l’aluminium dans les profondeurs océaniques. Il s’agit donc d’une nouvelle variable à considérer.

Cette étude, qui est le fruit de travaux menés par les professeurs Tan Yehui et Linbin Zhou, du South China Sea Institute of Oceanology (SCSIO) de la Chinese Academy of Science, et des professeurs Campbell et Fortin, de l’INRS, a été publiée en mai dans la revue scientifique Limnology and Oceanography.

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