La Québécoise Meaghan Benfeito reçoit de nouvelles médailles après avoir perdu les siennes dans un incendie

De précieuses « petites affaires »

« C’est là que je pleure ? » Meaghan Benfeito s’apprêtait à déballer le paquet cadeau que lui avaient préparé les gens du Comité olympique canadien, mardi midi, à la place Nadia-Comaneci du Stade olympique.

Finalement, elle n’a pas pleuré en ouvrant le boîtier contenant trois médailles olympiques, témoins de ses réussites à Londres en 2012 et à Rio en 2016. Il renfermait aussi trois médailles des Jeux panaméricains.

La plongeuse de 32 ans a plutôt éclaté en sanglots en remerciant ses parents, sa famille du plongeon et son conjoint. « Honnêtement, c’est vraiment grâce à eux que je suis capable de continuer à plonger, de continuer à faire ce que j’aime », a-t-elle lâché après s’être donné une contenance.

Sur le parterre chauffé, par une température « tokyoesque », sa mère Maggie, son père Arthur, son chum Alexandre Dupuis et sa partenaire de synchro Caeli McKay ont tous essuyé leurs larmes pendant le petit discours.

Le 28 janvier, Benfeito a perdu toutes ses possessions dans l’incendie accidentel de son condo de Mirabel, y compris ses trois médailles olympiques exposées près de la porte d’entrée. Le coup a porté. « Plus qu’on peut l’imaginer », ont témoigné ses parents, Maggie Correia et Arthur Benfeito.

« Pour une personne qui ne fait pas de sport, une médaille, c’est une médaille, a acquiescé Benfeito. Mais pour nous, on se bat tellement tous les jours pour ces petites affaires-là. Ça montre vraiment tout ton travail durant ta carrière. »

« Ça fait 25 ans que je plonge. Mes 25 ans de carrière sont vraiment dans ces médailles-là. »

— Meaghan Benfeito

Dès le lendemain du sinistre, survenu un jeudi soir, les gens du COC se sont activés, a raconté le chef du sport Eric Myles, délégué pour remettre les médailles. Les ex-olympiennes Tania Vicent et Sandra Sassine et la chef de mission pour Tokyo, Marnie McBean, ont remué ciel et terre pour que le Comité international olympique lui trouve des pièces de remplacement identiques aux originales.

« Ça ouvre la porte à ce qui s’en vient », s’est réjoui Eric Myles, soulignant que le décompte vers les Jeux de Tokyo était rendu à 44 jours. « Je voyais ses émotions tantôt. Ce n’est pas mauvais. Il faut que ces étapes-là se passent. »

À son retour de la Coupe du monde, où elle a gagné l’or en synchro avec McKay à la fin d’avril, Benfeito a appris que ses trois médailles de bronze étaient rendues à Montréal.

« Ça arrive au bon moment, a noté la Montréalaise. On vient d’aller à la Coupe du monde. Ça a bien été. C’est comme un boost d’énergie pour la dernière ligne droite jusqu’aux Jeux. »

« Ça fait partie de l’histoire »

Bien sûr, ces médailles, orphelines de ruban distinctif, au contraire de celles des Panams de Toronto 2015, ne remplacent pas les vraies, qui ont fondu dans le brasier comme son automobile garée au sous-sol de l’immeuble.

« Ce ne sont pas les médailles que je me suis fait mettre autour du cou. Quand même, j’aime mieux en avoir que de ne pas en avoir du tout. Si je fais une conférence une journée, je peux au moins en apporter et expliquer exactement pourquoi ce sont des médailles que j’ai reçues et non celles que j’ai gagnées. Ça fait partie de l’histoire. »

À quelques pas de là, un sac de glace sur le triceps droit, McKay était remuée. Elle s’est souvenue que sa partenaire était de retour sur la plateforme quatre jours après l’incendie.

« Cet entraînement a été émotif, mais il y a eu plus d’une journée où les émotions étaient tout simplement trop intenses, a indiqué l’Albertaine d’origine. Ça la brisait. C’est là que j’essayais d’être là pour elle. Ce n’était pas toujours possible physiquement. Mais je ne mentirai pas, je l’ai prise dans mes bras à quelques reprises. »

Son conjoint partageait lui aussi sa fierté et son admiration.

« On a vécu une panoplie d’émotions ensemble », a souligné Alexandre Dupuis, qui attend encore la confirmation de la reprise des activités des Elks, nouveau nom de l’équipe d’Edmonton de la Ligue canadienne de football.

« On se soutient beaucoup à travers tous ces évènements-là, ces émotions-là. Qu’elle en soit reconnaissante et qu’elle n’ait pas peur d’en parler en public, c’est sûr que c’est touchant. »

Les deux amoureux ont fait un pacte : sortir « gagnants » de ce drame. « L’une des choses qu’on se dit tout le temps, c’est qu’on va rebâtir, mais en mieux, a expliqué Dupuis. On ne va pas être juste résilients, on va aller encore plus loin que juste ravoir le condo. On essaie de s’acheter une maison. On veut que ce soit un tremplin vers quelque chose de vraiment mieux. »

Benfeito a justement conclu en disant qu’elle fera tout ce qu’elle peut « pour gagner d’autres médailles à Tokyo pour qu’on puisse célébrer encore plus ».

D’ici là, les nouvelles médailles iront chez ses parents à Laval. « Ma mère va s’en occuper, je lui fais confiance… »

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