Mot du DG

Il fait froid… rien de nouveau

Les 15 premiers jours de l’année 2022 ont été rock and roll pour tout le monde. Confinement, couvre-feu, mesures qui se prennent et s’annulent... À ce rythme, j’ai une grande appréhension pour les jours à venir. Parce que nous venons de vivre nos 48 premières heures de froid intense et malheureusement, un membre de la grande famille montréalaise est décédé.

Pour les personnes extérieures à notre milieu, le mot « famille » n’a peut-être pas la même signification, mais pour nous à L’Itinéraire, les personnes marginalisées font partie de notre famille. Enfin, elles ne sont pas une statistique ou une manchette dans les journaux. Nous les côtoyons et nous les connaissons. Malheureusement, encore une fois, le froid a réclamé une personne sans-abri, une personne de trop.

Je l’ai souvent écrit et verbalisé et, depuis quelques jours, le milieu au complet l’exprime haut et fort, mais nous écoute-t-on réellement ?

Les besoins dépassent les capacités des organismes, qui font de nombreux petits miracles. Ils se doivent d'être très proactifs et de faire preuve d’innovation, voire d’imagination.

Le milieu communautaire a la passion et l’amour de bien s’occuper de ses membres, de sa famille.

Nous déplaçons des montagnes avec peu de moyens. Cependant, l’environnement politique est trop souvent au ralenti. La peur d’agir rapidement devient un frein. Parce que, et je ne vous apprends rien de neuf, l’hiver et les périodes de grands froids arrivent tous les ans au Québec. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas une surprise et ça se prépare, comme le fait de faire poser ses pneus d’hiver, de préparer sa saison de ski, d'aménager sa maison pour l'hiver.

Sachant que l’itinérance et les besoins des plus vulnérables sont en progression, je ne comprends pas que nous soyons encore à réagir et à mettre des actions en place seulement à la mi-janvier. Mieux vaut tard que jamais, mais pensez-y : si nous faisions la même chose avec le déneigement, je ne suis pas certain de la satisfaction des gens devant des trottoirs et des pistes cyclables glacées et enneigées.

La COVID-19 a fait et continue de faire mal. Il y a une pénurie de personnel spécialisé en santé et en services sociaux. L’itinérance est en croissance et, pour certains organismes, cela dépasse leur capacité actuelle à bien répondre à leur clientèle. Bien que le milieu se soit adapté, ait innové et se soit davantage professionnalisé, il tente de répondre à des besoins de plus en plus complexes. Mais je crains qu’on en vienne à des ruptures de service.

Ce n’est pas parce que tu es marginalisé, que tu es en itinérance, que tu dois être relégué aux oubliettes. Une personne sans-abri, c’est un enfant, un ado, un papa, une maman, un frère, une sœur, le parent de quelqu’un.

On annonce encore du froid et de la neige dans les prochains jours. J’ai peur.

Je lève mon chapeau à tous les organismes, tels que Chez Doris, Projets autochtones du Québec, Résilience Montréal, The Open Door, CARE-Montréal, La maison du père, La mission Old Brewery, la Mission Bon Accueil, l’Anonyme, pour ne nommer que ceux-là. Bravo à vous d’avoir pris les devants – encore une fois – dans le but d’améliorer le sort de milliers de personnes qui ne l’ont pas facile.

Je lève également mon chapeau à nos camelots, à nos participants et à toute l’équipe de L’Itinéraire. Et n’oublions pas nos participants autochtones du projet unique du Café de la Maison ronde.

Bonne année 2022 !

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