Rondelle libre

Jeff Gorton laissait ses recruteurs travailler à New York

Le vice-président aux opérations hockey du Canadien, Jeff Gorton, vivra sans doute ses moments les plus cruciaux depuis son embauche par le CH au repêchage de juillet.

Même s’il ne semble pas y avoir de McDavid ou de Crosby à l’horizon, le Canadien pourrait mettre la main, ou pas, sur un joueur d’impact pour les 10 ou 15 prochaines années.

L’ancien directeur-général des Flyers Ron Hextall a fait reculer les Flyers de plusieurs années en 2017 en refusant à ses dépisteurs de repêcher Cale Makar à la place de Nolan Patrick, nous a révélé Bobby Clarke cette semaine.

Hextall, comme certains directeurs généraux, s’impliquait activement dans le recrutement amateur, pour le meilleur et pour le pire.

Malgré sa vaste expérience comme dépisteur, d’abord à Boston, puis à New York, Gorton avait l’habitude de donner les coudées franches à ses recruteurs au cours de son règne de 2016 à 2020. Le responsable du recrutement, Gordie Clarke, jouissait d’une vaste expérience dans le domaine, il était en poste depuis 2005, après tout.

De mauvais choix

On ne peut néanmoins qualifier les repêchages des Rangers de succès, du moins pour l’instant, au cours de cette période.

New York détenait deux choix de premier tour, dont le septième au total, en 2017. Sous l’insistance du directeur du recrutement européen, les Rangers ont choisi Lias Andersson au septième rang, devant entre autres Nick Suzuki, Martin Necas, Josh Norris et Robert Thomas.

Andersson a constitué un échec retentissant. Gorton s’en est finalement débarrassé en octobre 2020 contre un choix de deuxième tour des Kings de Los Angeles. Il avait amassé 9 points à ses 66 premiers matchs à New York.

Dommage pour Gorton. Il avait fourni à ses recruteurs ce très haut choix des Coyotes de l’Arizona contre Derek Stepan et Antti Raanta.

Avec son propre choix, au 21rang, Clarke a choisi un autre joueur d’Europe, Filip Chytil. Le jeune homme de 22 ans joue pour les Rangers depuis maintenant quatre ans, mais dans un rôle plus limité. Il a 81 points en 220 matchs à New York.

L’année suivante, en 2018, Gorton avait accumulé trois choix de premier tour pour Clarke et sa bande. Celui des Rangers, au neuvième rang, celui des Bruins obtenu contre Rick Nash et un troisième du Lightning contre Ryan McDonagh et J.T. Miller.

Les Rangers se sont de nouveau tournés vers l’Europe et ont d’abord repêché Vitali Kravstov, dont Clarke était très entiché. Kravtsov, 22 ans, n’a pas réussi à percer la formation cette année et il est rentré dans la KHL en attendant un échange. Evan Bouchard, Oliver Wahlstrom, Noah Dobson et Joel Farabee, tous déjà dans la Ligue nationale, étaient disponibles à ce rang.

New York a eu plus de succès avec K’Andre Miller, déjà un membre habitué du top 4 en défense. L’autre choix de premier tour, Nils Lundkvist, 21 ans comme Miller, tente toujours d’obtenir un poste dans la LNH. On vient de le renvoyer dans la Ligue américaine au profit du premier choix de l’équipe en 2020, Braden Schneider.

Les Rangers ont remporté le deuxième lot de la loterie en 2019 et le premier choix en 2020. Gorton a encore laissé Clarke et ses recruteurs travailler, mais Kaapo Kakko au deuxième rang, et Alexis Lafrenière au premier, faisaient l’unanimité. Pour l’instant, Kakko est en retard sur Moritz Seider et Trevor Zegras, mais il est encore très jeune. Lafrenière, 20 ans, est en route vers une production de 24 points sur une saison complète, mais la majorité des recruteurs l’auraient choisi au premier rang en 2020.

Coups de maître de Gorton

Les Rangers, troisièmes au classement général, doivent plutôt leurs succès actuels aux coups de maître de Gorton. Les deux premiers centres de l’équipe, Mika Zibanejad et Ryan Strome, ont été acquis sur le marché des échanges. Les défenseurs Adam Fox, Jacob Trouba et Ryan Lindgren dans des transactions de Gorton également. Artemi Panarin a été embauché comme joueur autonome.

Le splendide gardien de 26 ans des Rangers, Igor Shesterkin, lui, est un produit du repêchage de 2014 par Gordie Clarke, en fin de quatrième tour. Douze gardiens ont été choisis avant lui.

Clarke et son bras droit en Europe ont perdu leur emploi l’an dernier avec l’entrée en poste du successeur de Gorton, Chris Drury.

Martin Lapointe directeur

Non seulement Martin Lapointe a survécu à la purge qui a coûté le poste à Trevor Timmins, il a aussi été promu directeur du recrutement amateur, en plus de porter le titre de directeur du personnel des joueurs qu’il détenait déjà.

Lapointe et Gorton ont un lien qui remonte à plus de 20 ans. Gorton était directeur général adjoint chez les Bruins lorsque Lapointe y a signé son contrat de quatre ans pour 20 millions après avoir quitté les Red Wings.

Il reste encore 12 recruteurs amateurs sous Lapointe, dont le directeur du recrutement européen, Christer Rockstrom, celui qui avait découvert Niklas Lidstrom à Detroit à l’époque.

Une différence marquée dans les stratégies de repêchage de Marc Bergevin et de Jeff Gorton : Bergevin refusait systématiquement d’offrir des choix supplémentaires pour gagner quelques rangs. Il faisait plutôt le contraire. Il n’hésitait pas à reculer pour amasser davantage de choix.

Gorton, lui, a toujours gâté ses recruteurs à New York. Braden Schneider et K’Andre Miller ont été repêchés plus tôt en première ronde parce que Gorton a accepté de céder des choix de troisième et de deuxième tour pour s’avancer.

Voyons sa stratégie à Montréal. En plus de repêcher dans le top 3, le Canadien risque d’accumuler un ou des choix de premier tour supplémentaires dans son rôle de vendeur, et probablement d’autres dans les tours subséquents. Il a déjà trois choix de troisième tour en banque. De quoi permettre à l’équipe de s’avancer en première ou en deuxième tour, qui sait ?

Nick Suzuki, une étoile par défaut

Un peu par défaut, malgré toutes ses belles promesses, Nick Suzuki représentera le Canadien au match des étoiles. Suzuki, 22 ans, est le premier compteur de l’équipe avec 19 points en 36 matchs, mais cette production le place néanmoins au… 160rang des compteurs de la Ligue nationale. Montréal ne méritait d’envoyer personne à ce match, mais il en faut un par équipe. Au moins, on évite l’humiliation d’envoyer un défenseur marginal à cette rencontre, Chris Wideman, comme la rumeur le suggérait à un certain moment.

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