5e Biennale d’art numérique Elektra

Rien ne se perd, rien ne se crée…

La crise sanitaire a forcé le directeur d’Elektra Alain Thibault à reporter d’un an la Biennale d’art numérique qui se déroule jusqu’en janvier prochain à Arsenal art contemporain. Intitulé Metamorphosis, l’évènement fait écho aux changements que la pandémie a occasionnés dans nos modes de vie.

La 5e Biennale d’art numérique Elektra remet le mot « humanisme » dans l’expression « post-humanisme ». Entre la nature et la technologie, le chaos et la robotique, Metamorphosis démontre que l’humain reste au centre de tout ce qui se transforme sur notre planète.

« Nous présentons cette année une série d’œuvres de 15 artistes, note le directeur Alain Thibault. Après la France, la Wallonie-Bruxelles, la Suisse et l’Allemagne, la région invitée cette année est l’Asie de l’Est. Nous avons développé la programmation avec la commissaire invitée, la Coréenne Dooeun Choi. Metamorphosis se réfère au Yi Jing, le livre des transformations chinois. »

Artistes québécois

La plupart des créations d’artistes québécois ont voyagé à travers le monde avant de se retrouver à la Biennale. C’est le cas de Liminal de Louis-Philippe Rondeau, une installation interactive qui invite le public à performer dans un cerceau lumineux afin de laisser une trace sur un écran géant. La création évoque le passage du temps dans un esprit tout à fait ludique.

« Si tu veux avoir du plaisir, il faut y mettre l’effort, dit l’artiste. Ce n’est pas une œuvre contemplative. Le spectateur peut créer des images qu’il n’a jamais vues grâce à une caméra faite pour les chaînes de montage. »

Le spécialiste en robotique Bill Vorn présente une toute nouvelle œuvre, I.C.U. (Intensive Care Unit), une impressionnante installation comprenant quatre robots branchés à l’aide de tuyaux à des équipements médicaux. Impossible de ne pas penser à ce qui s’est passé dans les hôpitaux dans les derniers mois en voyant ces créatures de métal et de plastique bouger gauchement.

De son côté, Michel de Broin présente pour la première fois à Montréal une machine qui fabrique des châteaux de sable, Castles Made of Sand, construits et détruits selon l’heure des marées.

« Le château évoque la fragilité de nos systèmes, qu’ils soient économiques ou sociaux. Cette métaphore signifie aussi que, malgré l’accumulation de richesses, tout peut s’écrouler rapidement. »

– Alain Thibault, directeur général et artistique d’Elektra

Présent lors de la visite de presse, Samuel St-Aubin expose Prosperity II, un dispositif autonome qui manipule des grains de riz afin de les déplacer et de les disposer dans un ordre établi.

« Prosperity, explique-t-il, c’est parce que le riz est symbole de richesse chez certains peuples. Dans certaines rizières aussi, les travailleurs disent travailler en silence pour respecter l’esprit du grain de riz. »

L’humain en contrôle

Autre preuve que l’humain contrôle le numérique et non l’inverse, l’artiste canadienne Cadie Desbiens-Desmeules a piraté Instagram pour Alter Ego. Elle offre un aperçu de l’activité humaine en utilisant des millions d’images. On assiste ainsi à la composition numérique de visages d’influenceurs web… qui n’existent pas !

L’humour sert également aux artistes Daniel Iregui et Exonemo à déconstruire le présent et l’avenir numérique. Avec Antibodies, le Montréalais Iregui imite la forme d’une vidéoconférence dans laquelle le spectateur peut s’inscrire en se laissant filmer. À l’écran, des centaines de participants sont réunis en un portrait désincarné de « réunion » virtuelle. Pour sa part, le Japonais Exonemo (Kiss or Dual Monitors) fait s’embrasser les visages de plusieurs humains vus sur deux écrans collés l’un à l’autre. Les relations amoureuses ne seront-elles un jour que virtuelles ?

Les trois tableaux animés du Turc Refik Anadol se basent également sur des millions d’images captées à partir de stations spatiales internationales et de satellites. Ce qu’on peut définir comme étant des « rêves » de machine provient, en fait, de souvenirs humains, d’images de New York et de Berlin, ainsi que de la nature. Un triptyque d’une grande beauté.

Pièces monumentales

La vidéo du Montréalais Herman Kolgen, LifeFORM, impressionne par la profondeur de sa réflexion sur la place de l’humain entre le microscopique et l’interstellaire. Ce vétéran de la scène numérique sait composer avec des formules mathématiques et chimiques pour les relier brillamment aux formes de vie sur Terre.

Enfin, véritable point culminant de cette 5e Biennale, deux œuvres plus grandes que nature : Doku-Human de la Chinoise Luyang et Unfold du Japonais Ryoichi Kurokawa.

La première est une vidéo filmée en contreplongée qui présente un post-humain géant déambulant dans les rues d’une ville virtuelle. Jeu vidéo ou rêve de robot ? Dans la deuxième, trois écrans penchés vers le spectateur, qui prend place sur un grand plateau vibrant, évoquent la formation et l’évolution des étoiles. Une création fascinante.

La 5e Biennale d’art numérique Elektra est présentée jusqu’au 2 janvier 2022 à la galerie Arsenal art contemporain.

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