Changements climatiques

S’attaquer à la chaîne d’approvisionnement

On le voit bien, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques ne donnera pas lieu à de grandes avancées qui nous permettraient d’espérer le ralentissement du réchauffement planétaire à court terme. La COP27 a toutefois permis à certaines entreprises québécoises actives dans la transition énergétique et la réduction des émissions de carbone de présenter leur expertise pour faire partie de la solution de décarbonation globale de l’économie.

Plus de 30 000 personnes ont participé à la dernière COP27, dont essentiellement des représentants des gouvernements de plus de 110 pays, des organisations non gouvernementales, des organismes à but non lucratif, des représentants de la société civile, tous des gens hautement préoccupés par les changements climatiques.

Un nombre important de représentants d’entreprises de partout dans le monde étaient également sur place pour présenter les solutions qu’ils ont développées pour participer à la décarbonation de l’économie ou pour exposer les efforts qu’ils ont déployés pour réduire leur empreinte carbone.

Les grands investisseurs du monde étaient aussi présents, notamment la Caisse de dépôt et placement du Québec, parce qu’ils souhaitent tous aligner leur stratégie de placement avec des objectifs de développement durable et responsable.

La société Optel de Québec était également sur place, son président Louis Roy ayant été invité à l’évènement par l’International Chamber of Commerce.

Louis Roy a été actif durant les 10 jours de son passage à la COP27 où il a dirigé un panel sur l’importance de mieux contrôler la chaîne de valeurs des entreprises, puisqu’Optel a développé une plateforme unique de traçabilité de la chaîne d’approvisionnement des entreprises.

Il a aussi notamment été invité à un panel pour discuter du rôle de la traçabilité sur la décarbonation de la chaîne d’approvisionnement. Dans un autre atelier présenté par Bain Capital, il a abordé le thème de l’innovation technologique environnementale pour s’attaquer à la décarbonation. Bref, il a été très actif, comme en témoignent les 300 rencontres individuelles qu’un autre dirigeant d’Optel et lui ont eues durant la COP27.

« Une entreprise comme Tesla ne peut pas affirmer qu’elle est carboneutre parce qu’elle produit des véhicules électriques à partir d’énergie solaire. Elle doit tenir compte de toute sa chaîne d’approvisionnement pour dresser son bilan carbone en tenant compte de tous les intrants, sinon c’est du greenwashing. »

— Louis Roy, PDG d’Optel

Optel, qui est devenu un leader mondial de la traçabilité des médicaments à partir de ses installations au Québec, au Brésil, en Irlande et en Inde, a entrepris en 2017 de se lancer dans la traçabilité de la chaîne de valeur des entreprises.

« On a développé une plateforme qui connecte les données des différentes activités d’un fabricant à toutes les étapes de la production.

« On commence à mesurer l’empreinte carbone à la mine pour une entreprise manufacturière ou à la ferme pour une entreprise du secteur alimentaire, puis on fait la même chose à l’usine de première transformation, en évaluant la consommation d’énergie à chaque étape.

« On mesure aussi l’empreinte carbone de toute l’activité logistique. On se rend jusqu’à la fin de vie utile du produit fini en évaluant son potentiel de recyclage », résume Louis Roy.

Ce qui tombe bien puisque cette expertise d’Optel est tout à fait en ligne avec l’une des grandes préoccupations de la COP27, celles regroupées sous le scope 3, dans le jargon de la conférence climatique.

Le scope 1 touche les émissions directes de gaz à effet de serre liées au chauffage d’une usine, la combustion de carburants. Le scope 2 englobe les émissions liées à la production d’électricité comme celles produites par une centrale à gaz. Le scope 3 regroupe toutes les émissions liées à l’activité d’une entreprise, telles que les achats de marchandises et de matières premières, les déplacements des employés…

« La Conférence sur les changements climatiques veut maintenant s’attaquer à cette troisième catégorie d’empreinte carbone et on est capable de la mesurer », souligne Louis Roy.

On a beaucoup critiqué la tenue d’un évènement comme la COP27, en lui reprochant d’être le lieu où les gens cherchent à s’acheter une bonne conscience, qu’il est devenu le théâtre des beaux et grands discours qui ne débouchent jamais sur des actions concrètes. »

« Moi, ça me donne espoir de voir ainsi les gens de la société civile et les organismes qui cherchent activement à réduire notre empreinte carbone travailler ensemble à chercher des solutions. Ça me donne envie de continuer. »

— Louis Roy, PDG d’Optel

Lorsqu’Optel a décidé en 2017 de se lancer dans la numérisation de la chaîne d’approvisionnement pour arriver justement à mesurer son empreinte carbone à tous les stades de développement d’un produit, l’entrepreneur n’a pas eu un grand écho des financiers.

« Personne ne voulait embarquer dans cette voie-là. Depuis 2017, on a investi 80 millions de nos fonds propres pour développer notre plateforme qui commence à intéresser de plus en plus de grands acteurs industriels, que ce soit dans le secteur alimentaire, de l’automobile et même de la batterie verte », observe Louis Roy.

Aujourd’hui, souligne-t-il, les grands financiers qui cherchent à investir dans des projets ou des entreprises qui ont la plus faible empreinte carbone possible souhaitent tous avoir la mesure la plus fiable possible pour évaluer l’impact environnemental de leur engagement financier.

D’autres entreprises québécoises de la délégation commerciale à la COP27 qui regroupait 17 sociétés de chez nous, dont Biothermica, Viridis Terra, BrainBox AI ou WSP, ont, elles aussi, profité de cette immense conférence qui devra donner le plus tôt possible des résultats tangibles.

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