Chronique

Une licorne libre de son destin

Difficile à dire à combien serait évaluée l’entreprise GSoft si ses trois actionnaires fondateurs décidaient de réaliser un premier appel public à l’épargne. C’est que l’entreprise de technologies de l’information, qui célèbre dimanche son 15e anniversaire, a été profitable dès sa première année d’activité et enregistre aujourd’hui des revenus annuels qui approchent les 100 millions sans qu’elle ait jamais contracté de dette ni obtenu de financement externe. Une licorne indépendante ou une anomalie technologique, pourrait-on dire.

J’ai rencontré pour la première fois Simon De Baene, PDG de GSoft, en 2013 lorsqu’il venait tout juste d’être nommé Jeune entrepreneur de l’année lors du Gala du Grand Prix de l’entrepreneur Ernst & Young.

À l’époque, l’ambition de l’entrepreneur de 28 ans était de faire de GSoft une firme de génie logiciel pure qui allait se consacrer au développement de ses propres produits sans avoir à réaliser des contrats sur mesure pour différents clients.

« On voulait apporter un vent de fraîcheur dans le monde des TI, que l’on trouvait un peu gris, lorsqu’on a fondé GSoft en 2006. On avait quelques idées de grandeur, mais pour nous, juste de se rendre à 10 employés, c’était un rêve », explique Simon De Baene.

Lui et ses associés Guillaume Roy et Sébastien Leclerc ont poussé beaucoup plus loin l’aventure puisque GSoft occupe aujourd’hui quelque 300 personnes – des développeurs, des designers de produits, des spécialistes du marketing et des ventes – qui s’activent toutes à porter sur le marché des outils modernes pour les travailleurs et les organisations.

GSoft a d’abord développé et commercialisé ShareGate, un outil qui facilite la migration des entreprises et leurs employés sur l’infonuagique de Microsoft. Ce produit est utilisé par 10 000 clients à travers le monde qui paient un abonnement annuel pour son utilisation.

« Nos principaux marchés sont le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni, mais on a des clients dans 110 pays. On assure le soutien technologique et on améliore continuellement la plateforme. »

— Simon De Baene, PDG de GSoft

En 2014, GSoft a lancé un nouveau produit, Officevibe, qui permet de bâtir des indicateurs d’engagement dans les entreprises, un outil de ressources humaines pour optimiser la mobilisation des équipes.

« Officevibe est utilisé par plus de 4000 clients qui vont de l’entreprise d’extermination de 15 travailleurs en Floride au Mouvement Desjardins qui compte plus de 50 000 employés », souligne l’entrepreneur techno.

Si les activités ont légèrement ralenti durant la pandémie alors que les entreprises ont réduit leur budget de TI, elles enregistrent un bond considérable depuis le début de l’année alors que la mobilisation et le télétravail doivent apprendre à se conjuguer.

Une croissance soutenue et autonome

Si GSoft a longtemps fait partie du palmarès des 50 entreprises qui affichent la plus forte croissance au pays, elle enregistre aujourd’hui une progression soutenue de ses revenus de l’ordre de 10 à 25 % par année.

L’entreprise est installée dans l’édifice Le Nordelec, à Pointe-Saint-Charles, l’ancienne usine Northern Electric, où elle occupe depuis deux ans l’ensemble des 100 000 pieds carrés du rez-de-chaussée, réaménagés à grands frais, mais avec un souci de préserver l’authenticité patrimoniale des lieux.

GSoft a tout rénové et construit notamment un auditorium en mezzanine, équipé d’écrans DEL qui est attenant aux cafétérias pour les réunions de groupe. Un environnement de travail unique et léché.

« On a fini les travaux lorsque la pandémie a éclaté. On a décidé de permettre à tous nos employés de travailler dorénavant de la maison. Ceux qui voudront venir prendre une pause au bureau pourront le faire, ce qui est totalement à l’inverse de l’ancienne réalité », observe Simon De Baene.

L’entreprise de TI travaille au lancement d’un nouveau produit, Softstart, qui servira à l’embauche et à l’intégration de nouveaux employés. Il a été conçu et développé à la demande des clients de GSoft.

Simon De Baene est satisfait du chemin parcouru. L’entreprise a toujours été rentable, et il ne s’émeut pas devant les valorisations qu’obtiennent les entreprises technos qui font leur inscription en Bourse avec des revenus embryonnaires et sans historique de rentabilité, mais qui récoltent des centaines de millions d’investisseurs qui veulent en faire encore plus.

« Nous, on aime bâtir des produits. Dès le départ, on voulait suivre notre chemin et le faire à notre façon. Notre modèle d’affaires a toujours été d’optimiser le développement de nos propres produits avec nos moyens. On avait du plaisir à le faire et on en a encore. Je ne supporterais pas la pression de lever des capitaux sans être certain d’être rentable. »

— Simon De Baene

À l’heure où plusieurs entreprises technos québécoises ont levé des centaines de millions en réalisant un premier appel public à l’épargne, il ne voit pas la nécessité de le faire.

« On n’a pas besoin de prendre de l’expansion en réalisant des acquisitions. On préfère développer de façon organique, bâtir une belle entreprise, rester indépendants », insiste-t-il.

Régulièrement, si ce n’est pas chaque semaine, GSoft reçoit des offres d’investisseurs ou d’entreprises. « Des offres avec trop de zéros, je ne les compte plus », laisse-t-il tomber. Il y a de ces modèles que l’on adopte et qu’on poursuit simplement parce qu’on y croit.

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