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L’émoticône qui pleure de rire devenue ringarde

Après des années à dominer le palmarès des émoticônes les plus utilisées, la populaire émoticône qui pleure de rire n’est plus dans le vent, selon CNN Business. Après un débat enflammé sur les réseaux sociaux, le verdict est finalement tombé : la génération Z rejette cette émoticône, symbole de la culture des milléniaux, qu’elle qualifie de ringarde. La raison ? Elle est devenue trop populaire. En 2020, elle était au sommet d’Emojipedia, la liste des émoticônes les plus tweetées. Trois ans plus tôt, Apple l’a classée première émoticône aux États-Unis, loin devant le cœur rouge. Aujourd’hui, même les grands-parents en font usage quotidiennement. Pour la génération Z, c’est le signal qu’il faut trouver de nouveaux moyens originaux pour exprimer les fous rires. Par exemple, l’émoticône de la tête de mort, traduction libre de l’expression « mourir de rire ». — D’après CNN Business

La carte des plaisirs solitaires

L’application Club Solo propose une façon ludique et on ne peut plus visuelle (mais sans contenu graphique !) d’aborder les plaisirs solitaires : une carte spatio-temporelle, qui répertorie anonymement les séances de masturbation de ses utilisateurs. Quelques milliers de personnes ont déjà contribué en deux semaines à cette cartographie interactive, parfait prétexte pour élargir la conversation sur un sujet encore tabou.

La masturbation est la pratique sexuelle la plus sécuritaire en période de pandémie. Ce sont les autorités gouvernementales qui l’ont dit. Et le média spécialisé en sexualité positive Club Sexu a bien reçu le message. Si c’est la masturbation que la Santé publique prône, c’est de masturbation qu’ils vont parler. L’occasion est idéale.

« C’est venu d’un constat un peu amusé de voir que la masturbation devenait une action explicitement recommandée », explique Sara Mathieu-C., administratrice de Club Sexu et chercheuse dans le domaine de la santé sexuelle. Elle a parlé de son idée à la cofondatrice du média, Geneviève Bergeron : une appli qui permettrait de cartographier les séances de masturbation des gens.

Pourquoi donc ? Pour que les utilisateurs se sentent moins seuls, voient que beaucoup d’autres se masturbent, dans leur quartier, dans leur ville. Pour ouvrir la porte à une discussion décomplexée autour des plaisirs solitaires, surtout.

« Il fallait saisir l’occasion pour non seulement parler de masturbation comme comportement de protection face à la COVID-19, mais aussi de jouer sur les normes sociales, d’aborder le côté tabou associé à la masturbation. »

— Sara Mathieu-C.

Car tabou il y a. « La gêne est encore présente et à mes yeux, elle reflète que la masturbation est encore vue comme un comportement de remplacement, de compensation, comme quelque chose de juvénile aussi, note la chercheuse. Ce tabou est plus présent pour les personnes qui s’identifient comme femmes. Comme si c’était un comportement en attendant de rencontrer quelqu’un. Il ne faut pas tant en parler, ou sinon en utilisant l’humour et la distance. » Elle constate tout de même une certaine transformation sociale. La masturbation est discutée de plus en plus ouvertement. Et plus on en parle, moins c’est tabou.

C’est pourquoi Club Sexu diffuse sur ses réseaux sociaux des informations sur le bien-être sexuel, les raisons de se masturber, les contextes et techniques, ainsi que la place qu’on lui accorde en éducation sexuelle. On tente ainsi de déconstruire certains a priori qui génèrent souvent de la honte.

Un stunt populaire

Quelque 2000 personnes ont enregistré une séance de plaisir solitaire sur Club Solo dans la première semaine après son lancement. C’est sans compter ceux qui sont allés consulter la carte, sans y contribuer. « C’est parti d’un petit stunt, surtout, mais on voit qu’il y a une fréquentation constante encore maintenant. Il y a des petits points qui apparaissent presque tous les jours », constate Sarah Mathieu-C. L’application est bilingue et l’équipe a constaté que ces petits points indiquant qu’une séance a été enregistrée apparaissent partout dans le monde (bien que la fréquentation soit bien sûr très concentrée au Québec).

L’âge et le sexe des participants sont demandés, sans être rendus publics. Un coup d’œil aux données dévoile que les gens de 18 ans à plus de 65 ans ont recours à l’application. « On a 50 % des utilisateurs qui ont de 25 à 34 ans. Mais ensuite, c’est réparti de 5 à 10 % dans chacune des tranches d’âge. On a une centaine de gens dans les 35 à 55 ans, par exemple. »

Et si « les femmes sont généralement plus présentes dans les activités d’éducation à la sexualité », l’application repère qu’un peu moins de 50 % des utilisateurs s’identifient comme femmes et 35 %, comme hommes. Cette forte participation masculine se traduit aussi par une hausse des témoignages d’hommes sur le sujet sur le site de Club Sexu, qui offre un « confessionnal » où chacun peut faire part de ses réflexions et de ses expériences.

La fonction de géolocalisation temporelle de Club Solo permet d’enregistrer les séances de plaisir solitaire sans que l’endroit précis de la personne qui contribue soit visible. Les utilisateurs peuvent indiquer si la séance s’est déroulée avec ou sans jouet sexuel et pornographie. Une minuterie permet de consigner le temps que dure l’activité sexuelle.

« On ne s’est jamais dit que les gens allaient se masturber pour vrai, mais une personne sur trois reste sur la minuterie plus de deux minutes. Probablement que certains saisissent vraiment l’occasion pour s’offrir du temps de qualité avec eux-mêmes. »

— Sara Mathieu-C

On peut même, à la toute fin, indiquer son degré de satisfaction.

La baisse du désir

Il semble que la pandémie ait quelque peu freiné les ardeurs sexuelles, constate Sara Mathieu-C., qui s’est plongée dans les recherches sur le sujet durant les deux semaines nécessaires à l’élaboration de l’application. « Il ne faut pas être alarmiste », mais la libido diminue avec l’isolement, le stress, la fatigue ou l’ennui que le confinement provoque chez beaucoup de gens. Les jouets sexuels et la pornographie, eux, sont en hausse de popularité, un autre des effets de la pandémie, selon Sara Mathieu-C.

« En étant confiné, très concrètement, il y a le fait qu’on n’ait rien à faire, mais il s’agit aussi d’une stratégie de gestion du stress, observe-t-elle. On remarque aussi une hausse de la masturbation le matin ou le midi, parce que les gens sont à la maison. »

Club Sexu souhaite créer une carte fixe qui permettra de visualiser toutes les données récoltées par son application. « Ça ouvre aussi la porte à une application mobile, dit Sara Mathieu-C., consciente toutefois du défi de l’anonymat et de la saisie de données. On sent qu’il y a de l’intérêt, peut-être influencé par le contexte pandémique. Les gens ont envie de rester connectés. »

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